532
PRÉCIS
ïlollanrlois vaincus et détruits, et quelques moisaprès fit son traité avec eux.
Jamais la Fiance ne se vit à la lois tant d’en-nemis sur les bras 12 « Les Allemands la regardoientdéjà comme un butin qu’ils aîloicnl partager entreeux. O il crut que le roi se tierulvoit sur la défen-sive; et les étrangers l’estimoient assez heureuxs’il pouvoifsauver ses frontières de l’inondationqui les inenaroit.
Cependant il méditoit eu ce temps là même laconquête de la Fianehe-Comté. 11 s’éloit déjà em-palé une lois de celle province au milieu des gla-ces , des neiges et des rigueurs de l’biyer, avec unevitesse qui surprit toute l’Europe, liais comme ilne, l’avoit conquise que pour forcer ses ennemis àaccepter les conditions qu’il leur 0 IT 1 oit, il la leuravoit rendue par le traité d'Aix-la-Chapelle. LesEspagnols, devenus sages par l'expérience dupassé , avoienl tout de nouveau fait fortifier leursplaces, cl pens ient les avoir mises en état de neplus redouter une pareille insulte.
Surtout Besançon passoil alors pour une desmeilleures places du inonde; et la citadelle, bâtiesur un roc inaccessible, sembloit n’avoir rien àcraindre que la surprise et la trahison. L’élite deleurs troupes éloîl là : le prince de Vaudemonts’v étoit jeté avec plusieurs oifiviers , résolus de sedéfendre jusqu’aux dernières extrémités. La sai-son sembloit conspirer avec eux. Le roi ayant as-siégé cette ville , lo temps se rendit insupportable.La rivière du Doubs, qui passe au pied des rem-parts, devint extrêmement grosse et rapide, et ilfit de si grandes pluies , que , dans la tranchée etdans le camp , les soldats étoient dans l’eau jus-qu’aux genoux. J1 n’y a point de troupes qui ne sefussent rebutées : à peine les soldats pouvoient il»porter leurs armes. Le roi «voit soin que l’argentne leur fût point épargné: mais ils ne deman-doienl que du soleil. Enfin . l’exemple du roi, quis’exposoit à tous les périls et essuyoit toutes lesfatigues, leur lit vaincre ces obstacles.
La ville fut obligée de sc rendre , et la garnisonse renferma dans Ja citadelle. On n’en pouvoilapprocher qu’en sc rendant maître du fort Saint-Étienne. Ce fort étoit comme une autre citadelle ;on ne pouvoit l’aborder qu’à découvert et avecdes dillicultés incroyables. Une poignée de Fran-çois entreprend de 1 emporter en plein midi; ilsgrimpent sur le roc en se douuanf la inaîu les unsaux autres; ils rompent ou arrachent les palissa-des : les ennemis prennent l’épouvante, et cèdentplutôt à l'audace qu’à ta force. Le roi avoil si bienfait placer son artillerie, qu'elle balloit en ruinela citadelle et le fort. Il la fit tourner alors contrela citadelle seule : l’cll'et du canon fut si prodi-gieux , qu’en peu de temps une partie du roc enfut brisée : 1rs éclats en voloienl avec tant de vio-lence , que les assiégés n'osoient paroîlre sur lesremparts , et ne pouvoient même , dans lo place,trouver un lieu pour s’en garantir : tellementqu’au bout de deux jours ils furent contraints decapituler : et celte forteresse imprenable lut prisesans qu’il en coûtât un seul homme aux François.
Dole, Salins et toutes les autres villes de laprovince, furent attaquées avec le même succès ,
quoique l’armée du roi fut si fort diminuée par lesdétachements qu’il avoit été obligé de faire , queles assiégés étoient bien souvent, en nombre ,égaux aux assiégeants.
Voilà doue le roi encore une fois maître de laFranche-Comté , et pour comble de gloire il reçutla nouvelle que le vicomte de Tuicnne avoil battules ennemis à Sintzheim.
Cependant le comte de Souches, à la tête, destroupes de l’empereur , avoit joint en Flandre leprince d’Orange et le» Espagnols. Ces trois arméesfaisoient ensemble un corps de soixante millehommes, qui ne se promeiloil pas moins que deconquérir la Picardie et la Champagne; mais ilfailoil auparavant vaincre le prince de Coudé,qui commando!; l'armée de France. Ce princeayant grossi ses troupes des garnisons de plusieursplaces de Hollande, que le maréchal de Beliefond.par ordre du roi, avoit fait raser, vint se campervis-à-vis des ennemis proche le village de Senef 1et,s’élanl posé avantageusement, les fatigua detelle sorte qu’il les obligea de décamper. On nefait poiut impunément une fausse démarche enprésence d’un tel capitaine : à peine ils coinmen-çoient à marcher, qu’il fond sur leur arrière-garde et la taille eu pièces. Il poursuit sa victoire ;et c’éloit l'ait de leur nombreuse armée sans uneravine où le comte do Souches plaça dos troupeset fit mettre en diligence du canon. Par celte pré-voyance, il rnit scs soldais en clat d’cnti etenir locombat jusqu'à la nuit, qui étoit pioche. Alors ilsse lelirérent à grande hâte, laissant les Françoismaîtres du champ de bataille, de tout le bagage,et d’un fort grand nombre de prisonniers.
Les ennemis , honteux de celte déroute , la vou-loient faire oublier par quelque entreprise plusheureuse. Ils vont devant Oudenardc, et mènentun grand nombre de travailleurs pour presser lesiège : ils ne pensoiont pas que le prince île Coudépût arriver à temps pour la secourir ; mois il yfut presque.aussitôt qu’eux; et tout ce qu’ils pu-rent faire, ce fut de se retirer fort vile à la faveurd’un brouillard, auquel ce jour là ils furent rede-vables de leur salut. Ainsi tous ces beaux projetsde conquérir la Picardie et la Champagne s’en allè-rent en fumée, et ces trois grandes puissances,jointes ensemble, purent à peine résistera unepartie des forces du roi.
La division se mit parmi les généraux; ils seséparèrent; et le prince d’Orange, avec le restede ses troupes, s’eti alla devant Grave pour hâterla prise de cette ville , que les Hollamlois assié-geoieut depuis trois mois avt-c une lenteur et uneinfortune qui les exposoient à la risée de toutel’Europe. Ils ne faisoient point de travaux qui nefussent ruinés un moment après , point d’attaquesoù ils ne fussent repoussés. Les chose» vinrent àtel point, que les assiégeants élotenl devenus lesassiégés. La [ lace étoit pleine de déserteurs quine se croyoient pas en sûreté dans leur camp, ets’éloienl réfugiés dans la ville : ils dernanduienttous les jours des suspensions d’armes pour avoirla liberté d’enterrer leurs morts.
Le prince d’Orange étant donc arrivé , crut àson abord que tout alloit changer de face : il eut