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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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PRÉCIS

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d’aller avec un corps d'armée dans le Brisgaw ,tandis que d’autres troupes se tiendroient aux en-virons île Metz. Tout cela avoit faii juger que l'o •rage toruberoit vraisemblablement duVôté de.l’Al-lemagne. Cette opinion augmente lorsque l’on voitarriver à Metz le maréchal , tout malade qu’iléloit, pour confirmer entièrement ce bruit. Leroi lui commande de marcher vers ïhionville , etfait semblant lui-même d’y vouloir aller. Les en-nemis , alarmés et incertains de sa marche , sontdans une continuelle agitation. Les Allemands,qui à peine avoirnl pris leurs quartiers d’hiver,sont contraints d’en sortir pour se rassembler. Laville de Strasbourg parle d’envoyer des députés ;Trêves se croit déjà voir au pillage ; Luxembourgne don le plus d’être assiégé.

Cependant le roi rebrousse chemin, et se rendà Verdun , faisant courir le bruit qu’il ailoit assié-ger Naniur. Le gouverneur des Pays-Bas ne saitplus de quel côté tourner : il voit aller et venir detoutes parts les armées françaises; il. voit que. de-puis 1** fond delà Flandre jusqu'au "Rhin , le roi apartout de» magasins ; il ne sait quelle place aban-donner ni défendre, il en assure une, il en exposevingt autres. H court enfin au plus pressé, et,rappelant toutes 1*« troupes qu’il avoit en Flandre,il en remplit toutes les villes du liainaut et duLuxembourg.

A peine il a pris ces précautions, qu’on vientlui dire que le maréchal d’Humières s’approched’Ypres : il y jette la meilleure garnison deGand.11 respire-dors , et pense avoir bien pourvu à ton-tes choses. Mais en un même jour il apprend, desix courriers différents, qu’il y a six grandes villesinvesties , Mons-, Naram-, Charleinnnt, Luxem-bourg, Ypres, et enfin que Gund même est as-siégé. Cette dernière nouvelle est pour lui uncoup de foudre: il est long-temps sans pouvoir yajouter foi. Quelle apparence que le roi , qu ilcroit en Lorraine-, vienne assiéger, au fort de l’hi-ver , la plus grande ville des Pays-Bas, et en-treprenne de faire une circonvallation de plusde huit lieues dans un pays de marécages et fa-cile à inonder , coupé de quatre rivières et dedeux larges canaux? Cependant la chose setrouve vraie. Plus de soixante mille hommes, par-tis de différents endroits , étoient arrivés à unemême heure devant cette grande ville, et l'a voientinvestie, sans savoir eux-mêmes qu’ils l’iuveslis-soient. Le roi ayant supputé le temps que ses or-dres pouroier/t être exécutés, laisse la reine à Ste-nay , monte à cheval , traverse en trois.jours plusde soixante lieues de pays, et joint son arméequi est devant Garni.

Il trouve en arrivant la circonvallation presqueachevée, et tous les quartiers déjà disposés, sui-vant le plan qu’il en avoit lui-même dressé àSaint-Germain. Les ennemis avoienl lâché leursécluses ; mais il y eut bientôt partout des digueseL îles ponts de communication. La tranchée estouverte dès le soir; bientôt les dehors sont em-portés l’épée à la main : la ville se rend ; et la ci-tadelle, quoique très forte et environnée do largesfossés , capitule deux jours après 26 . Ainsi le roi,par sa conduite, se rend en six jours maître de

cette ville si renommée , qui faîsoit autrefois la loià scs princes mêmes, et qui prètendoit égalerParia par la grandeur de son enceinte et par lenombre de scs habitants. A peine csl-cllc prise,que le maréchal de Lorges a ordre de s’avancer versBruges avec un corps de cavalerie. Aussitôt deuxbataillons espagnols de la garnison d’Ypros s yjettent : mais tout-à-coup voilà Je mi devant Y près.

Il y avoit long-temps qu’il avoit dessein sur cetteplace importante par elle-même, et pareeque saprise achevoit d'assurer toutes scs conquêtes. Il yrestoit encore trois mille hommes de guerre , quise défendirent d’abord courageusement, mais lesapproches étant faites, la contrescarpe bordéed’une double palissade est forcée en une nuit, etle lendemain dès la pointe du jour la citadelle etla ville envoyèrent des otages et signèrent la capi-tulation zz .

Ces deux dernières conquêtes changèrent toutela face des affaires. Le mi est à deux lieues desplaces des Hollandois, et ils pensent à toute heurele revoir encore aux portes de leur capitale, liaisquelle douleur pour les .Espagnol» de perdre toutun grand pays dont ilsliroieut toute leur subsis-tance , et de le voir en proie aux armées de leursennemis? Les Ànglois se troublent à cette nouvelle :c’est en vain qu’ils sont déjà dans Bruges et dansOstende. Par quel chemin iront-ils joindre les Es-pagnols? Tous les passages leur sont fermés; lesvoila désormais resserrés dans un très petit es-pace de pays : et le6 seules garnisons d’Ypres et deGarni sont capables de ruiner leur armée. On armepourtant à Londres ; on délivre des commissionspour lever des troupes ; on équipe des vaisseaux;on défend tout commerce avec la France, et onveut que les Hollandois fassent de pareilles dé-fenses chez eux. Mais les Hollandois ne veulentpoint renoncer aux avantages qu’ils tirent du com-merce. l.a dispute s’échauffe, l’alliance n’est pasencore signée , et les voilà déjà brouillés. Le roi,instruit de leur division, compte pour vaincus desennemis qui s’accordent si mal ensemble. Toute-fois comme il voit sa gloire au point de ne pouvoirplus croître , ses frontières entièrement assurées,son empire accru de tous côtés, il songe au reposet à la félicité de ses peuples. Cette seule ambi-tion peut désormais flaltm- son courage : il se ré-sout doue à donner la paix à l'Europe, mais c’estaux conditions qu’il veut bien imposer lui-même.Il trace un petit projet de paix et l’envoie à Ni-mègue. Ce projet rendu public fûitL’effet qu’il s’é-toit imaginé.

Les ennemis commencent à ouvrir les yeux. Lespeuples de Hollande, épuisés d’argent et de forces,cl las d’entretenir des armées qui peuvent les op-primer un jour, songent à assurer leur repos etleur liberté. Les propositions du roi sont dans lajustice , et il faut ou de l'aveuglement ou de l’opî-nialreté pour les refuser. Enfin , si on ne fait lapaix, fis déclarent qu’ils ne fourniront plus auxfrais de la guerre. Les ctals-généraux s’assemblent;mais le tenue que le roi leur a donné expire bien-tôt. Il leur semble à tout moment qu’il va parlir ,cl ils demandent du temps pour délibérer. Il leuraccorde trois semaines, et va lui-même attendre.