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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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HISTORIQUE.

Jeur furie contre le bourg de Binche , leur conso-lation ordinaire quand ils ont manqué Charleroî.

Ils employèrent le reste de la campagne à fairedes manifestes l’un contre l’autre.

Les Allemands, de leur côté , n’étoient pas plusheureux. Le maréchal de Créqui les suivoil tou-jours, campant à leur Tue, toujours maître dedonner bataille ou de Ja refuser; quelquefois sonCîiiion les foudroyoit jusque dans leurs lentes : illeur coupoit les vivres et arrêtoit leurs convois;il Jeur enlevoit leurs chevaux au fourrage : tout cequi s’écartoit du gros de l’armée tomboit entreles mains des soldats , ou des paysans , plus terri-bles encore que les soldats. Le prince Charles re-connut alors sou imprudence : son armée à demidéfaite repassa en diligence et la Moselle et JaSarre, et abandonna, en se retirant, une partiede son bagage.

Dans ce même moment l’armée des Cercles,commandée par le prince de Saxe-Kisenae, éloitde l’autre côté du Rhin • et ne pou voit se débarras-ser du baron de Montclar, qui la tenoit comme as-siégée en pleine campagne. Pour comble d’effroi,le maréchal de Créqui s’avance et repasse le Rhin,i L’armée des Cercles, entourée de tous côtés, seretire en hâte, et, laissant sur le chemin un grandnombre de morts et de prisonniers, arrive effrayéeau pont de Strasbourg , et se réfugie dans une îlequi est vers le milieu de ce pont. Les habitants deStrasbourg, touchés du péril des Allemands, qu’ilsvoyoient exposés à la boucherie , s’employèrentpour eux, ri demandèrent au maréchal un passe-port pour des malheureux qui ne cherchoientqu'à s’enfuir. La demande est accordée, et l’onvit l’heure que l’armée et le général sc metloienten chemin , conduits par un garde que le maré-chal avoit chargé du passe-port. Mais le princeCharles, qui éloit accouru au même temps, leurépargna cette honte. Toutefois il acheta cher lagloire de les avoir délivrés; car à quelques joursde là" l’aile droite de sa cavalerie fut taillée enpièces, et tout ce qu’il put faire fut de regagnerpromptement les lieux d'où il étoit parti, et desonger à couvrir Sarhrtick , que les François sem-bloient menacer. Le maréchal profile de cette er-reur; il fait semblant de mettre ses troupes enquartier d’hiver aux environs de Sehélestat; maisayant appris que les Allemands avoient déjà dis-posé les leurs en plusieurs quartiers, il passe en-core le Rhin , et va assiéger Fribourg.

Le prince Charles, étrangement alarmé de cettenouvelle , se représente [étonnement de toutel'Allemagne et l’indignation de l’empereur, si onlui enlève une place de celte importance. Quipourra désormais empêcher les François d’entrerdaus la Sonate et dans le Wirlemherg , et de rava-ger les terres impériales? Il rassemble donc sestroupes; il marche à grandes journées, et arriveà une lieue de Fribourg. Mais trouvant tous lespassages fermés , il demeure sans rien entrepren-dre : toutefois il ne voulut point s'en retourner ^qu’il n’eût vu de ses propres yeux que la placeétoit rendue 23 . Pour surcroît de malheur il arrivaque les troupes que le roi cntrclcnoil dans la Hon-grie avoieut battu celles de l’empereur, dont il

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étoit demeuré sur le champ de bataille plus detrois mille hommes.

Les ennemis, voyant approcher la fin de l’an-née, croyoient avec apparence être aussi à la finde leurs disgrâces. Ils comptèrent en une seulecampagne quatre de leurs meilleures villes em-portées , deux batailles perdues, un siège honteu-sement levé, deux grandes armées ruinées, et lepays de leurs alliés entièrement désolé. Le roipourtan I ne put se résoudre à les laisser en repos.II commande au maréchal d’IIumières d’assem-bler des troupes , et d’aller mettre le siège devantSaint-Guillain. Quand il n’y auroit pas eu dans laplace une garnison de douze cents hommes , lespluies , les neiges, et les marais dont elle est en-vironnée semblaient être seuls capables de la dé-fendre. Mais le soldat, animé par tant de victoi-res, l’emporte en moins de huit jours 54 ; et iléloit déjà maître des portes quand le gouverneurdes Pays-Bas donna le signal qu’il éloit arrivé àMous pour la secourir.

La prise de cette place acheva de consterner lesennemis. Ils commencèrent à changer de langage.Ce n’étoienl plus des menaces, comme autrefois,et des espérances de victoire ; ils reconnurent debonne foi leur foihlesse. Tant de puissances li-guées contre un seul homme, l’Espagne , la Hol-lande , l’Allemagne, 11e se croyoient pas assezfortes pour lui tenir tête. Ils vont mendier de nou-veaux secours; ils cherchent à faire pitié aux An-glois, et 11’ouhlienl rien de tout ce qui peut ré-veiller cette ancienne jalousie qui a tant de foisarmé l’Angleterre contre la France.

Le prince d’Orange, qui venoit d’épouser lafille du duc d’Yorck , et qui éloit regardé commel’héritier présomptif de la couronne , fait sa brigueauprès des grands et auprès du peuple. Il leur re-présente la perte infaillible des Pays-Bas, les Fran-çois maîtres bientôt de toutes les côtes de la Man-che , et en état de faire la loi à l’océan ; la religionprotestante en péril, l’Europe entière menacéed'une dangereuse servitude. Le peuple murmure,le parlement demande qu'on sauve la Flandre, leroi d’Angleterre lui-même est ébranlé. Les Espa-gnols , désespérant de pouvoir conserver leurs pla-ces, pavlent de les lui abandonner •. enfin on nedoute point qu’il ne quitte le personnage de mé-diateur pour prendre celui d’ennemi. Sur cetteespérance, les confédérés reprennent courage ; ilsveulent continuer la guerre, ou prescrire eux-mêmes les ennditions de la paix ; ils se flattent quele roi va laisser au moins la Flandre en repos, etqu’ils n'auront plus à couvrir que les provincesvoisines de l’Allemagne. Le roi contribue à lesentretenir dans celte erreur, fl venoit de prendreSaint-Guillain pour leur faire croire qu’il vou-loit attaquer Mous, et achever la conquête duHainaut.

Enfiu il se met en campagne, et part avec toutesa cour au commencement de février pour s’enaller à Metz as . Au bout de quelques jours il sem-ble tourner vers Nanci, puis tout-à-coup il se rendà Metz, où il avoit mandé au maréchal de Créquide le venir trouver. Il y avoit quelques jours quece maréchal avoit eu ordre de passer le Rhin, et

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