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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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DU SIEGE

autre chose à faire qu’à s’établir paisiblement dansleur^nouveau camp,, et qui, dans ce moment-là,porloienl leurs tentes et leurs autres bardes surleurs épaules, jetèrent aussitôt à terre tout ce quiles embarrassoil, pour ne garder que leurs armes,et grimpant en bon ordre et sur un même front,malgré l'extrême roideur d’un terrain raboteux etinégal, arrivèrent sur la crête de la montagne, auIravcrs d’une grêle de coups de mousquels que lesennemis leur tiroient avec louL l’avantage qu’onpeut s’imaginer. Le soldat, quoique tout horsd'haleine, renversa leurs postes avancés, et lespoursuivit jusqu’à une seconde hauteur, non moinsescurpee que la première , où leurs bataillonsétoieiil rangés en bon ordre pour les soutenir :mais rien ne put aviêler la furie des François. Lesbataillons furent aussi chassés de ce second poste ,et menés battant, l’épée dans le» reins, jusqu’àleurs retranchements, qui même couroient risqued’être forcés , si le prince de Souhise , lieutenant-général de jour, et le sieur de Yauban, rappelantles (roupes , ne Je» eussent obligées de se conleDterdu poste qu’elles aToient occupé. Celte action, quifut fort vive et fort brillante dans toutes scs cir-constances, coûta à la brigade du roi douze ouquinze officiers , et quelqur cent ou six-VJDgls sol-dats, ou tués ou blessés.

Aussitôt on travailla à se bien établir sur cettehauteur, et on y ouvrit une tranchée, laquelle fut,tous les jours, relevée par sept bataillons.il ne futpas possible les jours suivants d’avancer beaucoupJe travail, tant à cause du terrain pierreux et dif-ficile qu’on rencontra en plusieurs endroits, quedes orages effroyables et de» pluies continuellesqui rompirent tous tes chemins, et les mirentpresque hors d’état d'y pouvoir conduire le canon.On ne put aussi achever les batteries qu’avec d’ex-trêmes difficultés. Cependant les assiégés profitè-rent peu de tous ces obstacles, et firent seulementquelques sorties sans aucun effet.

Enfin , le treizième juin, les travaux ayant étépoussés jusqu'aux retranchements, il fut résolu deles attaquer. La contenance Cère des ennemis,qu’on vovoit en bataille eu plusieurs endroits der-rière ces retranchements, et qui avoienl tout l’airde ee préparera une résistance vigoureuse, obligeale roi de leur opposer ses meilleures troupes, etde se transporter lui-mciue sur la hauteur > pourrégler l’ordre de l'attaque.

Le signal donné sur le midi, deux cents mous-quetaires du roi à la droite j les grenadiers à che-val à la gauche, et huit compagnies de grenadiersd’infanterie an milieu, marchèrent aux ennemisl’épée à la main , soutenus de» sept bataillons detranchée et des dix de la brigade du roi, qu’ilavoit fait mettre en bataille sur la hauteur, à latÇlle de leur camp -Les assiégés, jusqu’alors si fiers,s’effrayèrent bientôt ; ils firent seulement leur dé-charge, et, abandonnant la redoute et les retran-chements , se retirèrent en désordre dans les che-mins couverts des ouvrages qu’il» avoient derrièreeux- II» perdirent plus de quatre cent» hommes, laplupart tués de coups de main, et entre autresplusieurs officiers et plusieurs gens de distinction.Les François eurent quelque cent trente hommes,

DE NAMUR. 547

et quarante, tant officiers que mousquetaires, tuésou blessés.

Le comte de Toulouse, amiral de France, jeune* prince âgé de quatorze ans, reçut une contusionau bras, à côté du rai, et plusieurs personne» dela cour furent aussi blessées autour de lui. Le ducde Bourbon , qui étoît lieutenant-général de jour,donna ses ordres avec non moins de sagesse quede valeur. Les troupes, animées par la présencedu roi, se signalèrent à l’envi l’une «le l’autre : etles moindres grenadiers de l'aimée disputèrentd’audace avec les mousquetaires, de l’aveu desmousquetaires même. On accorda aux assiégésune suspension pour venir retirer leurs morts;mais on ne laissa pas, pendant cette trêve,d’assurer le logemeul et dans la redoute et danstous les retranchements qu’on venoit d’empor-ter.

Entre ces retranchements et la première enve-loppe du château, nommée par les Espagnols Ter-ra-Noua, on trouvoit, sur le côté de la montagnequi descend vers la Sambre, un ouvrage irrégulierque le prince d'Orange avoit fait construire l’annéeprécédente , et qu’on appeloit, à cause de cela ,le Fort-Neuf, ou le Fort-Guillaume : il ètoit situéde telle façon , que , bien qu’il parût moins élevéque les hauteurs qu’on avoit gagnées, il n’en étoitpourtant point commandé, et il sembloit se déro-ber et -Hi canon et à la vue des assiégeants, àmesure qu’ils s’en approdioient. Ce fut, de toutesles fortifications de la place , relie dont la prisecoûta le plus de temps et de peine , à cause de lagjande quantité de travaux qu’il fallut faire pourl’embrasser.

La nuit qui suivit l’attaque dont nous venons deparler, le travail fut avancé de plus de cinq centspas ver» la gorge de ce fort.Le quatorzième on s’é-tendit sur la droite, et l’on y dressa deux batteries,tant contre le Fort-Neuf que contre le vieux châ-teau. (le même jour les assiégés abandonnèrentune maison retranchée, qui leur restoit encore surla montagne; et ainsi on n’eut plus rien devantsoi que les ouvrages que je viens de dire.

Le quinzième , les nouvelles batteries démon-tèrent presque entièrement le canon drj assiégés ;mais elles ne firent que très peu d’effet contre leFort Neuf.

La nuit suivante on ouvrit, au-dessus de l’ab-baye de Salzenne, une nouvelle tranchée pour cm'brasser ce fort par la gauche , et Je travail futpoussé environ quatre cents pas.

Pendant qu’on pressoit avec cette vigueur lechâteau de Namur, le prince d’Orange était,comme j’ai dit, arrivé sur la àïéhuigne. Il donnad’abord toutes les marques d’un homme qui vou-loit passer celte rivière et attaquer l’armée du ma-réchal de Luxembourg , pour s’ouvrir un cheminà Namur. Plusieurs raisons ne laissaient pas lieu dedouter qu’il n’eût ce dessein ; son intérêt et reluide ses alliés, l’état de ses forces , sa réputation , àlaquelle la prise de Mous nvoil déjà donné quel-que atteinte , en un mot , les vœux unanimes deson parti , et surtout les pressantes sollicitations del’electeur de Bavière, qui ne ponvoit digérer l’af-front de se voir, à sou arrivée dans les Pays-Bas,