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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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enlever la plus forte place du gouvernement qu’ilvenoit d'accepter.

Ajoutes à toutes ces raisons les tonnes nouvel-les que les alliés avoient reçues de la bataille quis'éloit donnée sur mer; car,.bien que le combatn’eût pas été fort glorieux pour les Ilolliindois etpour les Anglais , .mais surtout pour ces derniers set qu’il fût jusqu'alors inouï qu'une armée de qua-irevitigi »dix vaisseaux, attaquée par une autre dequarante-quatre , n'eût fait, pour ainsi dire , quesoutenir le eboe , sans pouvoir, pendant douzeheures, remporter aucun avantage ; néanmoins,comme le vent, en séparant la flotte de France,leur a voit en quelque sorte livré quinze de ses vais-seaux qui avoient été obligés de se faire échouer ,et où ils avoient mis le feu , il y «voit toute sorted’apparence que le prince d’Ürange saisiroitle mo-ment favorable où il semblait que la fortune com-mençât à se déclarer contre les François. Tl recon-nut donc, en arrivant, tous les environs de laMébaigne, fit sonder les gués , posta son infanteriedans les villages et dans tous les endroits qui pou-voient favoriser son passage , et enfin fit jeter uneinfinité de ponts sur cette rivière. On remarquapourtant avec surprise que, dans le temps qu’ilfaisoit construire celte grande quantité de pontsde bois , if faisoit démolir tous les ponts de pierrequi se trouvoientsur la Mébaigne.

Une autre circonstance fit encore mieux voirqu'il n’avoil pas grande envie de combattre. Leroi, qui ne vouloit point qu’on engageât, d’unbord de rivière à L’autre , un combat où sa cav ale-rie n’auroit point eu de part , manda au duc deLuxembourg de se retirer un peu en arrière, etde laisser le passage libre aux ennemis : et la chosefut ainsi exécutée. Cétoit en quelque sorte lis dé-fier, etleuv ouvrir le champ pour donner batailles’ils vouloient; mais le prince d’Orange demeuratoujours dans son premier poste , lantôt s'excusantsur les pluies qui firent déborder la Mébaignependant deux jours, tantôt publiant qu'il feroitpérir l’armée du maréchal sans la combattre, oudu moins quil la réduirait à décamper, faute desubsistance.

Il forma néanmoins un projet qui auroit clé dequelque éclat s’il eût réussi. Il détaeha le ron.teSerclacs de Tilly , avec cinq ou six mille chevaux,du côté d’iluy. (le général, ayant pris encore'danscelle place un détachement considciable de l’in-fanterie de la garnison, passa la Meuse, qu’il fitremonter à son infanterie, dans le dessein de cou-per le pont d<: bateaux qui ètoit sousNamur, etqui faisoit la communication de nos deux armées.Lui cependant marcha avec sa cavalerie pour at-taquer le quartier du marquis de Boufllers . etbrûler le pont de la haute Meuse , avec toutes lesmunitions qui se irouveroient sur le port, et qu’onavoit fait descendre par cette rivière. Le roi eutbientôt avis de ce dessein : il lit fortifier ta gardedes ponts et le quartier de Boufllers ; et ayant rap-pelé un corps de cavalerie de l’armée du maré-chal, il fit sortir ses troupes hors des lignes , etles rangea lui-même en bataille. Mais Serclacs,qui en eut le vent, retourna fort vite passer laMeuse , et alla rejoindre Farinée confédérée.

Le priuce d’Orange, après avoir demeuré inu-tilement quelques jours sur la Mébaigne, en décamps tout-à-coup , et remontant le long de cetterivière jusque vers sa source, vint camper, sadroite à la cense de Giinne , près du village d’As-che, et sa gauche au-dessus de celui de ilranrhon.

Le maréchal de Luxembourg, qui observoittous les mouvements des ennemis pour régler lessiens, ne les vit pas plus tôt en marche, que de soncôté il remonta aussi la rivière : en telle sorte queces deux grandes années , séparées seulement parun médiocre ruisseau , marchoient à la vue lunede l'autre , éloignées seulement d’une demi-porléede canon. Celle de France campa , la droite à Han-recb, la gauche à Temploux, ayant à peu prèsdans son centre le village de Saint-Denis.

Le prince d’Orange fit encore en cet endroitdes démonstrations de vouloir décider du sort deNatntir par une bataille. Il fit élargir les cheminsqui étoient entre les deux armées , et envoya l’é-lecteur de Bavière pour rrconnoître lui-même lecamp des François. L’électeur passa la rivière àl'abbaye de BonnelF, et sc mit en devoir d’obser-ver Farinée du maréchal; mais on ne lui laissapas le temps de satisfaire sa curiosité, et il futobligé de repasser fort brusquement la Mébaigne ,à l’approche de quelques troupes de carabiniersqu’on avoit détachées pour l’éloigner de la vue deslignes.

A dire vrai , le maréchal ne fut pas fâché d'ô-1er aux ennemis la connoissnnee de la dispositionde son camp , coupé de plusieurs ruisseaux et depetits marais, qui. rendoient la communicationde ses deux ailes fort dillicilc , et d’ailleurs com-mandé de la hauteur de Saint-Denis , d’où les en-nemis auraient pu incommoder de leur canon lecentre de son armée , et engager enfin , dans unpays serré et embarrassé de bois , un combat par-ticulier d’infanterie, où ils auroient eu tout l’avan-tage du lieu. Le roi, qui sut l’inquiétude où ilétoit, lui envoya proposer un autic poste , que lemaréchal alla reconnohre : et il le trouva si avan-tageux, que, sans attendre de nouveaux ordres ,il fit aussitôt marcher son armée : il n'altendit pasmême, son artillerie , dont les chevaux se trou-voient alors au fourrage , et se contenta de laisserune partie de sou infanterie pour la garder. Ilplaça sa gauche au ihàteau de Milmont, la cou-vrant du ruisseau d’Aurenaull, cl étendit sa droitepar Temploux et par le ehàieau de la F alise. jus-qu’auprès du ruisseau de Wédrin, ou delà duquelil jeta son corps de réserve : de sorte qu’il se trou-voit tout proche de l’armée du roi , et tout pro-che aussi de la Sombre et de la Meuse , ‘dont iljiroit la subsistance de sa cavalerie, couvroît cnliè-jement la place , et réduisoit les ennemis à venirl’attaquer dans son front par des plaines ouverleset propres à faire mouvoir sa cavalerie , qui éloitsupérieure en toutes choses à celle des ennemis.

J1 lit en plein jour cette marche, sans qu’ils scmissent en devoir de l’inquiéter, et sans qu’ils seprésentassent seulement pour charger son arrière-garde. Le prince d’Orange décampa quelques joursaprès. Il passa , le vingt-deuxième de juiu, le boisdes Cinq-Etoiles , et, ayaut iail faire à scs troupes