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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACADEMIQUES. 567

celte conformité que nous avons tous eue en vuelorsque , tout dune voix , nous vous avons appelépour renipJir sa place, persuadés que nous som-me» que nous retrouverons en, vous , non seule-ment son nom, son même esprit, son mêmeenthousiasme , mais encore sa même modestie, samême verlu, son même zèle pour l'académie.

Je maperçois quen parlant de modestie , devertu et des autres qualités propres pour laca-démie. tout le monde songe ici avec douleur àlautre perle que nous avons faite, je veux dire àla mort du savant M. de Cordemoy, qui , avectant dautres talents, possédoit au souverain degrétoutes les parties dun véritable académicien ;sage, exact, laborieux, et qui, «i la mort neleût point ravi au milieu de son travail, ailoitpeut-être porter ['histoire aussi loin que M. Cor-neille a porté la tragédie, liais, après tout ce quevous avez dit sur son sujet, vous, monsieur 6 ,qui, par léloquent discours que vous venez defaire . vous êtes montré si digne de lui succéder,je nai garde de vouloir entreprendre un élogequi, sans rien ajouter à sa louange, ne feroitquûffoibliv lidée que vous avez donnée de sonmérite.

Nous avons perdu en lui un homme qui, aprèsavoir donné au barreau une partie de sa vie , sé-loil depuis appliqué tout entier à l'étude de notreancienne histoire. Nous lui avons choisi poursuccesseur un homme qui, après avoir été assezlong-temps lorgane dun parlement célèbre , a étéappelé à un des plus importants emplois de létat,et qui, avec une connoissance exacte, et delhistoire , et de tous les bons livres , non» apporteencore quelque chose de bien plus utile et de bienplu» considérable pour nous, je veux dire la cou-noissance parfaite de la merveilleuse histoire denotre protecteur.

Ehl qui pourra mieux que vous uous aider àparler de tant de grands évènements, dont lesmut ifs ei les principaux ressorts ont été si souventconfiés à votre fidélité, à votre sagesse? Qui saitmieux à fond tout ce qui sest passé de mémorabledans les cours étrangère», les traités, les alliances,et enfin toutes les importantes négociations qui,sous son règne, ont donné le branle à toute lEu-rope ?

Toutefois, disous la vérité , monsieur, la voiede la négociation est bien courte sous un princequi, ayant toujours de son côté la puissance et laraison, na besoin, pour faire exécuter scs vo-lontés, que de le» déclarer. Autrefois la France,trop facile à se laisser surprendre par les artificesde ses voisins, autant quelle étoit heureuse etredoutable dans la guerre , autant passoit-ellepour être infortunée dans les accommodements.LEspagne surtout, lEspagne, son orgueilleuseennemie, se vantoit de navoir jamais signé,même au plus fort de nos prospérités, que destraités avantageux, et de regagner souvent par untrait de plume ce quelle avoit pnrdu en plusieurscampagnes. Que lui sert maintenant cette adroitepolitique dont elle faisoit tant de vanité? Avecquel étonnement lEurope a-t elle vu, dès lespremières démarches du roi, celte superbe na

tion contrainte de venir jusque dans le Lonvrereconnoître publiquement son infériorité, et nousabandonner depuis , par des traités solennels ,tant de places si fameuses, tant de grandes pro-vinces, celles même dont ses rois empruntoientleurs plus glorieux litres! Comment sest fait cechangement? Est-ce par une longue suite de né-gociations Lraînées ? Est.ce par la dextérité de nosministres dans les pays étrangers? Eux-mêmesconfessent que le rui fait tout, voit tout dans lescours il les envoie , et quils nont tout au plusque lembarras dy faire entendre avec dignité cequil leur a dicté avec sagesse.

Qui leût dit, au commencement de lannéedernière, et dans cette même saison noussommes, lorsquon voyoit de toutes parts tant dehaines éclater, lant de ligues se former, et cetesprit de discorde et de défiance qui souflloit laguerre aux quatre coins de l'Europe; qui leûtdit, quavant la fin du printemps tout seruitcalme ? Quelle apparence de pouvoir dissipersitôt tant de ligues? Comment accorder tant din-térêts si contraires? Comment calmer cette fouledétats et de priuces, bien plus irrités de notrepuissance que des mauvais traitements quilsprèlendoicnt avoir reçus? Neût-on pas cru quevingt années de conférences ne suffiroient paspour terminer toute» ces querelles? La diètedAllemagne, qui nen devoit examiner quunepartie, depuis trois ans quelle y étoit appliquée ,nen étoit encore qu'aux préliminaires. Le roicependant, pour le bien de Ta chrétienté, avoitrésolu , dans son cabinet, quil ny eût plus deguerre. La veille quil doit partir pour se mettreà la tête dune de ses armées, il trace six ligneset les envoie à son ambassadeur à La Ilaye.-dessus les provinces délibèrent , les ministres deshauts alliés sassemblent; lout sagite; tout seremue ; les uns ne veulent rien céder de ce quonleur demande; les autres redemandent ce quonleur a pris, et tous ont résolu de ne point poserles armes. Mais lui, qui sait bien ce qui en doitarriver, ne semble pas même prêter dattention àleurs assemblées, et, comme le Jupiter dÏIo-mére, après avoir envoyé la terreur parmi sesennemis, tournant les yeux vers les autres en-droits qui ont besoin de ses regards, dun côté ilfait prendre Luxembourg, de lautre il savancelui-même aux portes de Mons : ici il envoie desgénéraux à ses alliés, il fait foudroyer Gênes ;il force Alger à lui demander pardon; il s'ap-plique même à régler le dedans de son royaume,soulage ses peuples, cl les fait jouir par avancedes fruits de la paix; et enfin, comme il lavoitprévu , il voit ses ennemis, après bien des confé-rences, bien des projets, bien des plaintes inu-tiles, contraints daccepter ces mêmes conditionsquil leur a offertes, sans avoir pu en rien retran-cher, y rien ajouter . ou , pour mieux dire, sansavoir pu , avec tous leurs effort», sécarter dunseul pas du cercle étroit quil lui avoit plu deleur tracer 7 .

Quel avantage pour tous tant que nous som-mes, messieurs, qui, chacun selon nos différentslalonts, avons entrepris de célébrer tant de grandes