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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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DISCOURS

désordre? quelle irrégularité? Nul goût, nulleconnoissanee des véritable» beautés du théâtre. Lesauteurs aussi ignorants que les spectateurs : la plu-part des sujets extravagants et dénués de vraisem-blance, point de mœurs, point de caractères;la diction encore plus vicieuse quelaction, et dontles pointes et de misérables jeux de mots faisoientle principal ornement; en un mot, toutes les rè-gles de Part, celles même de l'honnêteté et de labienséance partout violées.

Dans cette enfance, ou , pour mieux dire . dansce chaos du poème dramatique parmi nous, votreillustre frère , après avoir quelque temps cherchéle lion chemin et lutté , si jose ainsi dire, contrele mauvais goût de son siècle , enlin, inspiré dungénie extraordinaire et aidé de la lecture des an-ciens, fit voir sur la scène b raison, mais la raisonaccompagnée de toute la pompe, de tous les ornements dont notre langue est capable , accordaheureusement Je vraisemblable et le merveilleux,et laissa Lien loin derrière lui tout ce quil avoit de.rivaux, dont la plupart, désespérant de latteindre,et nosant plus entreprendre de lui disputer le prix,se bornèrent à combattre la voix publique déclaréepour lui, et essayèrent en vain, par leurs discourset par leurs frivoles critiques, de rabaisser uu mé-rite quils ne pouvoient égaler.

La scène retentît encore rie» acclamationsquexcitèrent à leur naissance le Cid, Horace ,Cinna , Pompée, tous ces chefs-dœuvre représentésdepuis sur tant de théâtres, traduits en tant delangues, et qui vivront à jamais dans la bouche deshommes. A dire le vrai, trouvera-t-on un poêlequi ait possédé à la fois tant de grands talents, tantdexcellentes parties, lart, la force , le jugement,lespril? Quelle noblesse, quelle économie dans lessujets! Quelle véhémence damlespassions! Quellegravité dans les sentiments 1 Quelle dignité, et enmême temps quelle prodigieuse variété dans lescaractères! Combien de rois, de princes, de hérosde toutes nations nous a-t-il représentés , toujourstels quils doivent être, toujours uniformes aveceux-mêmes, et jamais ne se ressemblant les unsaux autres! Parmi tout cela, une magnificencedexpression proportionnée aux maîtres du mondequil fait souvent parler, capable néanmoins desabaisser quandiî veut, et de descendre jusquauxplus simples naïvetés du comique, il est encoreinimitable. Enlin, ce qui lui est surtout particulier,une certaine force, une certaine élévation quisurprend, qui enlève et qui rend jusquà ses dé-fauts, si on lui en peut reprocher quelques uns,plus estimables que les vertus des autres : person-nage véritablement pour la gloire de son pays:comparable, je ne dis pas à tout ce que lancienneRome a eu dexcellents tragiques, puisquelle con-fesse elle-même quen ee genre elle na pas étéfort heureuse , mais aux Eschyle , aux Sophocle ,aux Euripide, dont la fameuse Athènes ne shonorepas moins que des Thèmistocle , des Périclés , desAlcibiade, qui vivoient en même temps queux.

Oui. monsieur, que lignorance rabaisse tantquelle voudra léloquence et la poésie , et traiteles habiles écrivains de gens inutiles dans les état»,nous ne craindrons point de le dire à lavantage

des lettres et de ce corps fameux dont vous faitesmaintenant partie, du moment que des espritssublimes , passant de bien loin les bornes commu-nes , se distinguent, simmortalisent par des chefs-dœuvre, comme ceux de il. votre frère , quelqueétrange inégalité que , durant leur vie , la fortunemette entre eux et les plus grands héros, aprèsleur mort cette différence cesse. La postérité, quise plaît, qui sinstruit dans les ouvrages quils luiont laissés, ne fait point de difficulté de les égalerà tout cc quil y a de plus considérable parmi leshommes, fait marcher de pair l'excellent poète etle grand capitaine. Le même siècle qui se glorifieaujourd'hui davoir produit Auguste, ne se glorifieguère moins d'avoir produit Horace et Virgile.Ainsi, lorsque dans les âges suivants on parieraavec étonnement des victoires prodigieuses et detoutes le» grandes choses qui rendront notre sièclel'admiration de tous les siècles à venir, Corneille,nen doutons point, Corneille tiendra sa place par-mi toutes ces merveille». La France se souviendraavec plaisir, que , sous le règne du plus grand deses rois, a fleuri le plus célèbre de ses poètes. Oncroira même ajouter quelque chose à la gloire denotre auguste monarque lorsquon dira quil a es-timé , quil a honoré de ses bienfaits cet excellentgénie ; que même , deux jours avant sa mort, etlorsquil ne lui restoit plus quun rayon de cori-noissance , il lui envoya encore des marques desa libéralité s , et quenlin les dernières paroles deCorneille ont été des remerciements pour Louis-le-Grand.

Voilà, monsieur, comme la postérité parlera devotre illustre frère; voilà une partie des excellentesqualités qui lont fait connoître à toute lEurope.Il en avoit dautres qui, bien que moins éclatantesaux yeux du public , ne sont peut-être pas moinsdignes de nos louanges, je veux dire, homme deprobité et de piété, bon père de famille, bon pa-rent, bon ami. Vous Je savez, vous qui avez tou-jours été uni avec lui d une amitié quaucun inté-rêt. non pas même aucune émulation pour lagloire, na pu altérer. Mais ce qui nous touche deplus près , cest quil étoit encore un très bon acadéinicien ; il aimoit, il cullivoit nos exercices ; il yapportoit surtout cet esprit de douceur, dégalité,de déférence même si nécessaire pour entretenirlunion dans les compagnies. La-t on jamais vu sepréférer à aucun de ses confrères? La-t-on jamaisvu vouloir tirer ici aucun avantage des applaudis-sements quil recevoit dans le public? Au contraire,après avoir paru en maître, et, pour ainsi dire,régné sur la scène, il venoit, disciple docile, cher-cher à sinstruire dans nos assemblées, iaissoit,pour me servir de ses propres termes , laissoiLseslauriers à la porte de lacadémie, toujours prêt àsoumettre son opinion à lavis dautrui, et de toustant que nous sommes , le plus modeste à parler, àprononcer, je dis même sur des matière» de poésie-Vous auriez pu, bien mieux que moi, mon-sieur, lui rendre ici les justes honneurs quilmérite, si vous neussiez peut-être appréhendé,avec raison, quen faisant léloge dun frère avecqui vous avez dailleurs tant de conformité, il nesemblât que vous faisiez votre propre éloge. Cest