ACADÉMIQUES. 56g
contraints d’avouer que rien n’est capable de vousrésister, et le mérite du vainqueur adoucit enquelque sorte le malheur des vaincus.
Ce n’esl pas à nous, Sire, à parler des progrèsétonnants de vos armes triomphantes -, nous ne de-vons pas confondre l'éclat d’une valeur qui n’eslque l’objet de l’admiration des hommes, avec cesœuvres saintes qui sont en estime devant Dieu.Le clergé, Sire, s’attachera surtout à louer envous cette piété qui, toujours attentive aux inté-rêts de la religion, n’nmet rien de cc qui peutêtre nécessaire pour la relever dans les lieux oùelle est abattue, pour l’étendre au-delà des mersdans les lieux où elle est inconnue, pour la l’airetriompher dans l’un et l’autre monde.
Mais, que dis-je, l’Eglise ne doit-elle pas elle-même consacrer des victoires que vous avez siheureusement fait servir à la propagation de lafoi et à l’extinction de l’hérésie? Il semble quevous n’ayez combattu et triomphé que pour Dieu ,et le fruit que vous avez tiré de la paix nous faitassez connoître quel étoit le principal but de vosvictoires. C’est par ces victoires que vous avezétabli celte redoutable puissance qui, tenantdésormais vos voisins en bride , ôte aux hérétiquesde votre royaume, et l’audace de sc révolter, etl’espoir de se maintenir par de séditieux com-nierccg avec les ennemis de l’état.
Si c’eût été la seule ambition qui vous eûtarmé , jusqu’où n’auriezvous point étendu voireempire? Vous vous êtes hâté de finir la guerrelorsque vous en pouviez tirer de plus grands avan-tages. Ne sait-on pas que ce n’a été que par l’em-pressement que vous aviez de donner tous vossoins aux progrès de la religion ? La conversionde tant d'âmes engagées dans l’erreur vous a paruta plus belle de toutes les conquêtes, et le triom-phe le plus digne d’un roi très chrétien.
Mais quelle que soit votre puissance, elle «voitencore besoin du secours de votre bonté. C’est engagnant le cœur des hérétiques , que vous domp-tez l’obstination de leur esprit ; c’est par vos bien-faits que vous combattez leur endurcissement, etils ne seroieut peut-être jamais rentrés dans le seinde l’Eglise par une autre voie que parle cheminsemé de fleurs que vous leur avez ouvert.
Aussi faut il l’avouer, Sire , quelque intérêt quenous ayons à l’extinction de l’hérésie, notre joiefenipoiteroit peu sur notre douleur, si, pour sur-monter cette hydre, une fâcheuse nécessité avoitforcé voire zèle à recourir au fer et au feu,comme on a été obligé de faire dans les règnesprécédents. Nous prendrions part à une guerrequi seroit sainte, et nous en aurions quelque hor-reur, pareequ’elle seroit sanglante: nous ferionsdes vœux pour le succès de vos armes sacrées,mais nous ne verrions qu’avec tremblement lesterribles exécutions dont le Dieu des vengeancesvous feroit l’instrument redoutable; enfin , nousmêlerions nos voix aux acclamations publiquessur vos victoires, et nous gémirions en secret surun triomphe qui, avec la défaite des ennemis del’Eglise, envelopperont la perte de nos frères.
Aujourd’hui donc que vous ne combattez l’or-gueil de l’hérésie que par la douceur et par la
sagesse du gouvernement : que vos lois soutenuesde vos bienfaits, sont vos seules armes, et queles avantages que vous remportez ne sont domma-geables qu’au démon de la révolte et du schisme ,nous n’avons que de pures actions de grâces àrendre au ciel, qui a inspiré à votre majesté cesdoux et sages moyens de vaincre l'erreur, et depouvoir, eu mêlant avec peu de sévérité beau-coup de grâces et de faveurs, ramener à l’Égliseceux qui s’en irouvoient malheureusomentséparés.
Nous Je confessons, Sikk, c’est à YOlre majestéseule que nous devrons bientôt le rétablissemententier de la foi de nos pères: aussi nefalloit-ilpasque l’état vous devant déjà son salut cl sa gloire,l’Eglise dût à un autre que vous sa victoire et sontriomphe ; sans cela, votre règne, que le ciel avoulu qui fût un règne de merveilles , auroitmanqué de son plus bel ornement. On auroitbien dit un jour de votre majesté ce que l’Ecri-ture dit de plusieurs grands rois de Juda : Il aterrassé ses ennemis, et relevé la monarchie ; ila autorisé et réformé les lois ; il a fait régner lajustice; mais on auroit ajouté ce que le saintEsprit reproche à ces princes : Il n’a pas aboli lessacrifices qui se faisoient sur la montagne.
Que votre nom, Sire, sera éloigné de ce re-proche! Ce que votre zèle a déjà fait, la posté-rité le regardera toujours comme la source devos prospérités et le comble de votre gloire.
Mais ce n’est pas au rétablissement des templeset des autels que se borne votre zèle : vous avezentrepris de faire revivre la piété et les lionnesmœurs, et c’est à quoi votre majesté travaille avecsuccès, autant par son exemple que par sesordres. C'est un honneur maintenant de pratiquerla vertu, et si le vice n’esl pas tout à-fait détruit.au moins est-il réduit à se cacher, et les voilesdont il se couvre épargnent aux gens de bien unfâcheux scandale, et sauvent les âmes foibles dupéril d’une contagion funeste.
Ne pensons plus à ces jours de ténèbres , où laplupart de ceux qui étoient encore dans le sein del’Église semblaient n’y être demeurés que pourl’outrager de plus près; où les blasphèmes et lesrailleries de ce qu’il y a de plus saint éolatbientavec audace. Ces monstres d'infidélité out disparusous votre règne heureux ; et si les remontrances ,tant de fois réitérées sur ce sujet, ne nous don-noient conuoissance de ce désordre, nous l’igno-rerions à jamais.
Qu’est devenu cet autre monstre produit parl’esprit de vengeance , Loujours altéré du sangdes hommes, mais plus encore de celui de lanoblesse frannoise ? Nous n’avons qu’à le laisserdans l’oubli éternel où, depuis taut de temps,vous l’avez enseveli ; vous l’avez étouffé , toutindomptable qu’il paroissoit 1 Votre majesté asu renverser les fausses maximes de l’honneur etde la honte ; et autant qu’une détestable erreuravoit mis de fausse gloire à se venger, autant yauroît-H d’ignominie à ne vous pas obéir; c’estainsi que votre volonté seule l’emporte sur lacoutume invétérée du mal, et sur le penchantcriminel des hommes.
Le clergé ne se dispose plus qu'à être le spec*
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