Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

CRITIQUE

5G+

CRITIQUE DE L’ÉPITRE PRÉCÉDENTE.

I Le "Dictionnaire rte l’académie française paraitenfin. Ce mot, enfin, ne peut ici être dit qu’endeux sens : ou comme par un aveu de la lenteurde l’académie à travailler, ou comme par une es-pèce de vaine complaisance d'avoir pu venir àbout d’un si grand ouvrage. Or , dans l’un et dansl’autre sens, U est mai, parcequ’il u’est ici ques-tion ni de s’accuser ni de se vanter.

3 Sous les auspices de Votre Majesté. Ou ditbien agir sous les auspices, entreprendre, acheverquelque chose sous les auspices d’un grand prince,pour marquer que c'est par ses ordres que touts’est fait ; que c’est son génie , son bonheur, quiont influé sur tout. Mais paroîi sous les auspices nese peut dire, à mon sens . que dans une occasion;ce seroit si un auteur , n’ayant pas voulu , par mo-destie, mettre un ouvrage au jour, venoit à y êtreexcité, et comme forcé par ies instances d’un grandprinee. Car alors on pourrait dire, avec fondement,que cet ouvrage paroît au jour sous les auspicesdu prince. Mais ici il n’y a rien de semblable.

■’ Et nous avons osé mettre ù la tête de notre ou-vrage le nom auguste. Cette phrase, mettre le nomd’un prince à ta tête d’un ouvrage , pour dire.. luidédier un ouvrage, rue semble impropre, en cequ’elle ne signifie point en eflet ce qu’un veut luifaire signifier. Le mot oser me semble aussi n’êtrepas h propos en cet endroit, Car, en général, bienloin que ce soit une hardiesse à qui que ce soitde dédier un livre à un grand prince, c'est au con-traire une marque de respect, un acte d’bouimage :et pour l’académie , à l’égard du roi qui en est leprotecteur, c'est un devoir, c’est une obligationindispensable.

4 Quelques soins que nous ayons pris d’y rassemblertous les termes dont l'éloquence et ta poésie peuventformer l’éloge des plus grands héros. De la façondont ceci est énoncé, on peut croire que l’acadé-niie , en faisant sou Dictionnaire, n’a eu autrechose en vue que de recueillir les mois dont onpeut se servir dans un panégyrique, dans une ode,dans un poème épirpie, et que du moins, en ras-semblant aussi tous les autres, elle ne l’a fait quepar manière d'acquit : mais que pour ceux quipeuvent entrer dans l’éloge d’un grand prince, elley a travaillé avec tout un autre soin. Car c'cst làce qui résulte naturellement de la phrase dont ils’agit.

Que si on la vent prendre dans un stns plu.»eteudu, et comme faisant une ligure qui, dansl’expression de la plus noble partie , comprend letout, il y aura un autre inconvénient. C’est quetous les faiseurs de dictionnaires seront aussi bienfondes que nous à dire qu’ils ont pris soin de ras-sembler tous les termes dont on peut former l’éloge desplus grands héros.

II y a d’ailleurs une autre observation à faire là-dessus, c’est que les mots de jurer, blasphémer,voler , tuer , assassin, traître, crime, poison, in-ceste, etc., ne sont pas moins dans le Dictionnaire

de l’académie, que ceux de régner, vaincre,triompher, libéral, magnanime, conquérant, va-leur , gloire , sagesse , etc. ; qu’ainsî ou peut dire,avec le même fondement, que nous avons pris soinde rassembler tous les termes dont on peut se servirpour faire les invectives les plus sanglantes et pourdécrire les actions les plus abominables.

5 Tous les termes dont l’éloquence. Phrase lou-che par elle-même, et qui laisse en doute d’abordsi on ne veut point dire tous les termes, l’éloquencedesquels.

6 Nous acculons , SrRK, que vous nous en avez faitsentir plus d’une fois et le défaut et la faiblesse. Cesmots-là, de la manière dont ils sont rangés, fonttout un aulre sens que celui qu’on a voulu leurdonner. On a voulu dire que Je roi nous faisoitsentir la foiblexse et lu pauvreté de la langue; etcette phrase, tout au contraire, signifie qu’il nousa fait sentir le défaut et la foi blesse des liéros.

7 Lorsque notre zèle. Quand on a avancé une pro-posilïon , il faut que la preuve qu’on en donne en-suile y ait un parfait rapport. Ainsi, après avoirdit que le roi nous a fait sentir plus d’une fois lafaiblesse de lu langue , il faudroit, pour le bienprouver, faire mie espèce d’énumération des <li«verses choses en quoi il nous l’a fait sentir. Mais iciou ne parle que d’une seule ; cl outre qu’en celaon manque à prouver suffisamment re qu’on «voitavancé , puisqu'une proposition générale ne sau-roit être prouvée par un fait particulier, on donnede plu» lien de croire que ce n’est qu'à l’égard dece fait particulier qu’on a trouvé la langue tropfoible.

8 Varier du secret impénétrable. Parler d’un se-cret, c’est le révéler, le divulguer; de sorte qu’onpourroit dire que , bien loin que le icle et le de-voir engagent à parler du secret impénétrable desdesseins d’un prince, ils obligent au contraire àn’en dire mot-

5 Ife réponduient pas à nos idées. Il faudroil, pourla juslesse de la construction, ont mal répondu ,puisque auparavant il y a nous ont engagés; oubien, ce qui seroit encore pins régulier : Toutd* lesfois que notre zèle ou notre devoir nous ont engagés...nous avons trouvé que les mois... ne répondaient pas ànos idées.

10 Providence. Reconnoître que le terme de pro-vidence n’appartient qu’à Dieu seul, cl qu’il nepeut jamais être permis de donner aux hommes cequi n’appartient qu’à Dieu, mais cependant dire,en meme temps qu’on le donneroit s’il étoit permisde le donner, il y a en cela une contradiction d’i-dées , et cela se détruit de soi-même.

D’ailleurs, en disaut» Et nous aurions osé, elc. ,s’il pouÿDit être permis, elc., on marque unegrande disposition à faire la même chose que I onreconnoît n’être pas permise. Je ne suis si je metrompe . mais cet endroit, à cc qu'il ine semble,blesse la bienséance.

11 Ce qui nous console. Voilà encore un endroit