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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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DE LÉPITRË PRÉCÉDENTE.

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lexpression fait tort au sens; car si lacadémieest vraiment touchée de ce qui regarde la gloire duroi, ce ne doit pas être un sujet de consolationpour elle, de ce que les autres langues uc sontpas plus capables que la noire de donner une justeidée des actions dun si grand prince. On ne peutavoir raison de sexprimer do la sorte que quandon veut bien laisser voir quon nagit que par ému-lation. Mais hors de il est mal de dire quon seeonsole de ne pouvoir pas bien faire, pareequedautres ne peuvent pas faire mieux.

12 Cest que sur un pareil sujet les autres languesnauroieni aucun avantage sur la nôtre. De ces deuxsur, le premier est peut-être impropre ; car on nedit pas avoir avantage sur quelquun, sur quelquechose, mais en quelque chose. De plus, lexactitudeet la pureté du style ne souffrent pas quon mettedans un petit membre de période , deux sur quidépendent tous deux dun même régime.

15 Ce brillant et de sublime dans leurs plus fameuxpanégyriques. A. prendre le mot de p/meg-yrigue dansun sens étroit, cela niroit pas loin. Ainsi je nedoute point que par les plus fameux panégyriques,on nait eu en vue tout ce que les anciens, Grecset Romains, peuvent avoir fait de plus achevé,en matière de louanges, dan» tous leurs ouvrages.Mais en même lemps aussi je crois que cest uneexagération, et trop forte en elle-même, et vi-cieuse outre cela quant au sens et quant à l'expres-sion , que de dire que ce quil y a de plus brillantet de plus sublime dans léloquence, ou grecqueou romaine, ne puisse pas avoir assez de force etassezdëclat pour soutenir le simple récit des victoiresdu roi. Le brillant, le sublime et léclat ne sontpoint faits pour soutenir , et un simple récit ne doitpoint être soutenu. Cela implique contradiction.

14 Quil nous soit peimis, Snu?, de détourner lesyeux dune gloire, si éclatante. Je ne blâme pointcette phrase; mais pourtant les yeux dune gloirepeuveut trouver de mauvais plaisants.

15 Le vainqueur des nations. Pour pouvoir direquun prince est le vainqueur des nations , il ne suf-fit pas quil ait été toujours victorieux dans toutesles guerres quil a , ou entreprises, ou soutenuescontre diverses nations: il faut quil ail subjuguédes nations entières. Or, cela ne se peut pas diredu roi, quoique ses victoires et ses conquêtessoient plus grandes et plus glorieuses par elles-mêmes, que celles des princes qui ont subjuguéplusieurs nations.

16 Le vengeur des rois. Cette épithète ne con-vient pas nun plus. Il faudroit, pour la fonder,que le roi eût effectivement rétabli le roi dAn-gleterre sur le trône. Tant quil ne ly rétablitpoint, il est son protecteur, son appui, mais ilnest point son vengeur ; le mot de vengeur suppo-sant un homme qui non seulement a pris quel-quun sous sa protection, mais qui la effective-ment vengé de ses ennemis et rétabli en son pre-mier état.

17 CJhe protection si glorieuse. La constructionsouffre ici; car il ne suffit pas que , sous le termede protecteur, celui de protection soit renfermé,pour dire ensuite absolument une protection siglorieuse; mais il faut nécessairement que celui

même de protection ait été exprimé : ces mots,une si glorieuse, étant ici de même nature que lepronom démonstratif ce , qu'on ne peut jamaisemployer sans que le terme auquel il se rapporteail été employé peu de temps auparavant, ou sansajouter ensuite quelque chose qui marque préci-sément de quoi il sagit. Ainsi, après avoir parléde la protection dont le roi honore lacadémie , onpeut bien dire: Une si haute protection, Sire.Que si on ne sest point encore servi du moi deprotection , il faudra dire , Une si haute protectionque celle dont vous nous fumurex, ou quelque autrechose de semblable ; car si lon najoute rien aprèsune si haute protection dans un cas le même motna pas précédé, encore une fois il ny a point deconstruction.

Si glorieuse. En parlant des grandes actions duroi, cest fort bien dit, des actions si glorieuses,pareeque cest à lui quelles apporleul de la gloire.Mais eu parlant de la protection que le roi nousdonne, comme ce n'est pas à lui, mais à nousquelle fait honneur , il faut le marquer, et direune protection qui nous est si glorieuse.

(le quil y a encore de plus considérable à ob-server sur celte phrase, combien nous honore uneprotection si glorieuse, ccst quelle roule sur destermes qui ne disent à peu près que la mêmechose , et quainsi elle tombe dans le vice ou toru-beroit celui qui diroit , Je sens combien me faitde plaisir une chose si agréable , ou , Je sens com-bien mest utile une chose si avantageuse; carlhonneur et la gloire ne sont pas plus distinctsentre eus, que lagrément et le plaisir, que la-vantage et futilité.

18 Quel bonheur pour nous de trouver en mêmetemps le modèle le plus parfait de léloquence. De lafaçon dont ceci est énoncé , on ne donne pas assezà entendre lon a trouvé ce modèle; et puisquecest du roi quon veut parler, il me semble quilauroit fallu dire de trouver en vous, ou quelquechose déquivalent. Mais , sans marrêter à ce quiregarde ici lexpression , je passe à ce qui regardele sens.

Le roi parle sans doute très purement ; il sex-prime avec une grande justesse , avec une grandeprécision , et U a lesprit si excellent, il est si con-sommé dans les affaires de son état, que tout cequil pense et tout ce quil dit dans ses conseils esttoujours ce quil y a de mieux a dire et à penser.Toul cela fait un très grand prince , un très grandgénie quon peut proposer aux rois pour modèle ;niais fait-il un orateur éloquent, sur le modèleduquel ceux qui aspirent à léloquence doiventet puissent se former? De plus, quand le bonsens, la pureté et la précision qui régnent danstout ce que le roi dit dans ses conseils feroientcette véritable éloquence que les académiciensdoivent chercher, comment la pourroicnl-ils imi-ter. puisque pour cela il faudroit être admis dansses conseils et pouvoir lentendre parler sur lesaffaires de son état? Car sils nont lhonneur dele voir et de lentendre que comme la foule descourtisans, ils pourront Lien apprendre de lui àse posséder toujours, à ne dire jamais rien dedur, rien dinutile, rien que de précis et de sage.