DE L’ÉPITRE PRÉCÉDENTE.
l’éloquence ne doit pas être renfermée dans lesbornes d’une vérité rigoureuse; mais il ne fautpas aussi, dans une épître, s’emporter commeferoit un orateur dans la tribune, ou comme unpoète dans un ouvrage pindarique.
23 Tandis que nous nous appliquons. Voici unepériode d’une extrême longueur, et qui n’a encela nulle proportion avec les autres, qui sontpresque toutes coupées.
Il me semble, au reste, qu’il y a quelque chosequi blesse la bienséance , de représenter dans unmême tableau, d’un côté l’académie travaillant àla composition où à la révision du Dictionnaire ,et de l’autre le roi à la tête de ses armées.
Mais laissant cela à part, puisque c’est du dic-tionnaire qu’on parle , et du dictionnaire achevé ,il ne faut pas dire en le présentant : Tandis quenous nous appliquons... vas armes victorieuses la fontpasser; tuais tandis que nous nous sommes appliqués...vos armes victorieuses l’ont fait passer, etc.
26 Des ornements que nous avons tâché d’y ajouter.Travailler au dictionnaire d’une langue, est-ce yajouter des ornements ? Tous ceux qui font desdictionnaires ne sont que des compilateurs plusou moins exacts. On orne, on embellit une languepar des ouvrages en prose el en vers, écrits avecun grand sens , un grand goût, une grande pureté,une grande exactitude, un grand choix de penséeset d’expressions. Mais on ne peut pas dire que cesoit y ajouter des ornements, que d’en recueillir,d’en définir les mots, el d’en fournir des exemplestirés du bon usage.
' A7 Vous répandez sur nous. Ce nous, si on enjuge par tous les autres qui sont dans l’èpîlre , etmême par ceux qui sont dans la période précé-dente , doit s’entendre des académiciens. De sortequ’à prendre droit par les termes, cela signifieque les étrangers sont assujettis aux coutumes del’académie dans tout ce que leurs lois leur ont pulaisser de libre. Mais quand on ôteroil l’équivoquede nous, qui seroit facile à ôter, il ne seroitpeut-être pas aisé de réduire cette pensée à unsens juste et raisonnable : car la laugue d’un payspeut-elle raisonnablement se mettre au rang des
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choses que les lois laissent à la liberté des peuplesde quitter comme il leur plaît?
23 Quel empressement. Tout ceci , quant auseps, ne me paroît pas assez lié, ni avec ce quiprécède, ni avec ce qui suit.
3ÿ C’est ce qui nous lépond du succès. Qu’est-ceque le succès d’un ouvrage? Est-ce simplementde durer long-temps , el de passer à la postérité ?Si cela est, tous les mauvais ouvrages qui sontparvenus jusqu’à nous depuis deux mille ans ,plus ou moins , ont eu un grand succès. El quepromet-on au dictionnaire , quand on ne luipromet autre chose ? Mais si, par le succès d’unouvrage, on entend , comme on le doit, le juge-ment avantageux qu’en fait le public après l’avoirexaminé , comment peut-OD dire que {'empresse-ment que la postérité aura à recueillir les mé-moires de la vie du roi est ce qui répond dusuccès du dictionnaire?
30 SU arrive... qu’il ait le pouvoir de fixer lalangue pour toujours, ce ne sera pas tant par nossoins, que pareeque. (”est dire : S’il arrive qu’ilait le pouvoir de fixer la langue , ce ne sera paslui qui la fixera. La bonne logique auroit vouluqu’on eût dit : S’il arrive que la laugue fran-çoise, telle qu’elle est aujourd’hui, vienne à êtrefixée pour toujours, ce ne sera pas tant par nossoins , que pareeque , etc.
31 Nous sommes. Lorsqu’un particulier écrit àun autre particulier , il peut finir sa lettre partoutoù il veut. Il peut couper tout d’un coup , et direje suis, sans que cela ait aucune liaison de sensavec ce qui a précédé. Peut-être même que c’estmieux fait d’en user de Ja sorte , que de s’amuserà prendre un tour pour finir une lettre comme encadence. Mais il n’en est pas de même, à mon avis,quand une compagnie écrit au roi. Il faut quetout soit plus compassé , plus mesuré, plus étudié,et que du moins les dernières choses qu’on a ditesaient quelque rapport de sens avec la protestationpar laquelle on finit; car une fin brusque et quin’est liée à rien marque de la négligence ou dela lassitude : et l’un et l’autre blessent le respect.
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