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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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CRITIQUE

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Mais tout cela regarde bien plus les mœurs queléloquence. Ainsi, plus japprofondis la louangequon a touIu donner en cela au roi, moins je latrouve convenable.

19 Vous êtes, Sire, naturellement et sans art,ce que nous tâchons de devenir par l'étude. Pour ju-ger si celte proposition renferme un sens juste , ilfaut examiner ce que le roi est naturellement, etce que les académiciens doivent travailler à de-venir par lélude. Le roi est naturellement, cest-à-dire par sa naissance , et sans y avoir riencontribué de lui-même , roi de France ; il estnaturellement très bien fait : il est naturelle-ment dune bonne et heureuse couiplexion : etsi lon veut étendre encore davantage le sens denaturellement, il a naturellement de lesprit, dela pénétration , de la bonté., de la douceur, de lafermeté, de la grandeur d'àtne. Voilà à peu prèsce quon peut dire que le roi est naturellement,et quil a sans le secours de lart. Mais est-ce cequun académicien doit se proposer de devenir etdacquérir? Il me semble que , comme académi-cien , ce quil doit se proposer, cest de devenir unexcellent grammairien , un excellent critique enmatière de liltérature, un excellent historien, unexcellent orateur, un excellent poète, enfin unexcellent homme de lettres. Or le roi nest riende tout cela naturellement.

20 II règne dans tous vos discours. La chose estvraie en soi, mais eile me paroît mal énoncée;car ces mots, dans tous nos discours , ne convien-nent nullement au roi. Il faudrait dire , Il règnedans tout ce que vous dites, ou bien , Fous ne ditesrien il ne règne.

21 Une souveraine raison. Cette souveraine rai-son dont il est ici question , et qui fait les sagesprinces et les habiles politiques, est-ce la mêmeque celle qui fait les orateurs et les poètes? Nul-lement : cen est une dune espèce toute diffé-rente, et qui na rien de commun avec lélo-quence, si ce nest parcequil ny a point de vé-ritable éloquence que celle qui est fondée sur laraison.

22 Qui vous rendent maître de toute lâme de ceuxqui vous écoutent, et ne leur laissent dautre volontéque la vôtre. Tout cela se peut fort bien dire dungrand prédicateur, dun grand orateur, dun élo-quent général darmée, accoutumé à haranguerses soldats et à leur inspirer ce quil veut, maisnon pas dun roi qui donne scs ordres à ses mi-nistres, et qui leur prescrit ce quils doivent faire.Voilà quant au sens des paroles : je viens mainte-nant aux paroles mêmes.

Cest fort bien dit, en parlant dun orateur,ceux qui lécoutent. Mais en parlant don roi quiagite, qui discute avec ses ministres les affairesde son état, il faut dire , ceux qui lentendent par-ler. Et dire en cette occasion , Ceux qui lécoutent,cest une phrase aussi impropre que si on disoitse» auditeurs pour dire ses ministre#.

Il y a, ce me semble , une autre faute de jus-tesse dans ces paroles, qui vous rendent... et neleur laissent ; car ce ne sont pas les expressionsfortes et précises qui rendent un homme mai-ire, etc., cest la souveraine raison, soutenue de

ces expressions. Et par conséquent, au lieu queces mots sont mis au pluriel et se rapportent àexpressions, ils doivent être mis au singulier et serapporter à souveraine raison.

Je crois afissi quen cet endroit, expressionsfortes nest pas bien dit, pareeque, dans la bou-che du maître, des expressions fortes sont desexpressions dures , et qui tiennent de lempire etde la menace.

Quant à cette autre façon de parler, maître detoute lâme, il me semble quelle a quelque chosede poétique , et quelle est ici mal appliquée ; carsagit-il que le roi, pour faire entrer ses ministresdans son sentiment, se rende maître de leur es-prit par la force de ses raisons et de ses paroles?

Léloquence nous aspirons par nos veilles,et qui est en vous un don du ciel, que ne doit-ellepoint à vos actions héroïques ? Si on séloit contentéde dire que léloquence lacadémie aspiredoit beaucoup aux actions héroïques du roi, onaurait dit une chose quon pourrait trouver moyende soutenir. Mais dire que léloquence , qui est enlui un don du ciel, doit beaucoup à ses actionshéroïques, cest une chose qui ne se peut pas dé-fendre : car cest dire précisément que le don duciel, qui est en lui, doit beaucoup à ses actions.

2 * Les grâces que vous versez sans cesse sur tesgens de lettres peuvent bien faire fleurir les arts etles sciences; mais ce sont les grands évènements quifont les poètes et les orateurs. Si les grâces répan-dues sur les gens de lettres font fleurir les lettres,il sensuit nécessairement quelles fout aussi despoêles et des orateur» : car les lettres ne peuventpas fleurir sans léloquence et fa poésie. Ainsi lesens du second membre de cette période étantdéjà enferme dans le premier, il ny a pas lieu delénoncer ensuite dans le second membre commepar une espèce dopposition, et den former unaxiome.

Mais quand il ny auroit nulle difficulté encela, je ne vois pas sur quoi on fonde que ce »ontles grands évènements qui font les poètes et lesorateurs. Tout ce quils font, cest de leur fournirdes sujets propres à les exciter et à les soutenir.Alexandre a été un des plus grands conquérantsdu monde, et il ny a peut-être jamais eu de grandévènement dans lunivers, que le renversementde lempire des Perses, suivi de l'établissement decelui des Grecs, dans une partie considérable delEurope, dans lEgypte, et dans lAsie jusquauGange. Cependant les grandes choses quil a faiteslui ont-elles fait naître un excellent poète grec?Et le poète Chérilus, qui les a vues, et quil com-bloil même de bienfaits, en a-t-il été moins mauvaispoète? Les victoires dAnnibal, grandes et signa-lées en Espagne et en Italie, et celles mêmes deJules-César , ont-elles fait naîlre des poètes et desorateurs? En a-t-on vu de bien fameux du tempsde Charlemagne, si célèbre par ses grandes ac-tions, et par lempire romain partagé avec lesGrecs? Et sil éloil vrai que les merveille» durègne dun prince eu dussent faire naître au mi-lieu dun pays barbare, pourquoi les premiersOttomans nen ont-ils point eu dont le nom aitmérité de parvenir jusquà nous ? Je sais bien que