PREMIER RECUEIL.
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Nee tamen undique eovpovea stîpaia tenenturOmnia natura; namqiic est in rebus inane 8a .
Hais sortons de cette matière, qui elle-même esttrop solide, et rnêlons-y un peu de notre creux.
Atoucz , monsieur, que vous êtes pris , et quevous laisserez votre pauvre cœur à Bourbon. Jevois bien que ce9 eaux ont la même force que cesfameuses eaux de Bayes, c’est un lac célèbre enItalie, quand il ne le seroit que par les louangesd’IIorace et des autres poètes latins. On y nlloit ence temps, et peut-être y va-l-on encore commevos semblables vont à Bourbon et à Forges. Ceseaux sont chaudes comme les vôtres, et il y a unauteur qui en rapporte une plaisante raison. Je vou-drois, pour votre satisfaction, que cet auteur fûtou italien ou espagnol ; mais la destinée a vouluencore que celui-ci fût latin. Il parle donc du lacde Bayes, et voici ce qu’il en dit à peu près :
C’est là qu’avec le dieu d’amourVénus se promenoit un jour.
Enfin , se trouvant un peu lasse ,
Elle s’assit sur le gazon ,
Et voulut aussitôt faire seoir Cupidon :
Mais ce mauvais petit garçon ,
Qui ne peut se tenir en place,
Lui répondit : Çà, votre grâce,
Je ne suis point las comme vous.
Vénus, se mettant en courroux ,
Lui dit : Petit fripon, vous aurez sur Ja joue.Tout en faisant un peu la moueIl fallut bien qu’il filât doux,
Et vînt s’asseoir à ses genoux.
Cependant tous ses petits frères,
Les amours qu’on nomme vulgaire»,
Peuple qu'on ne sauroit nombrer ,
Passoient le temps à folâtrer-
Ce seroit le perdre à crédit, que m’amuser àvous faire le détail de tous leurs jeux : vous vousimaginez bien quels peuvent être les passe-tempsd’une troupe d’enfants qui sont abandonnés à leurscaprices.
Vous jugez bien aussi que les Jeux et les BisDont Vénus fait ses favoris ,
Et qui gouvernent sou empire,
Ne manquoient pas de jouer et de rire.
J’avois vu l’épitaphe de la bella Monbason 33dans le Recueil des poésies choisies, et je vous i’a-vois même dite par cœur, ily a long-Lcnips, nonpas en italien mais en fraDÇois. Et pour le distiquedu statuaire (il y a le mot de pictor dans le latin),il mèrileroit assurément une bonne place dans leRecueil des épigrammes, si on n’y avoit eu plusd’égard aux pointes qu’aux beaux sentiments.
Voilà un billet d’une assez belle longueur, ceme semble. Si M. l’Avocat le voyoit, H ne pour-ront s’empêcher de se pendre, et la rage qu'il au-roit de voir tant de creux le porteroit sans doute àquelque résolution violente. C’est pourquoi je luiveux épargner cette peine , en lui évitant celle devous envoyer ma lettre. Aussi-bien est-il chez M. deVi 11 ers.
LETTRE VIII.
AU MÊME, A BOURBON.
Juin (1661).
{ri K’iSN RESTE QUE CE FRAGMENT, }
..... Quant à cet enfant dont vous me deman-dez des nouvelles, et que vous voudriez déjà en-tendre parler en beau langage, songez donc quej’ai voulu , avant tout, pourvoir à son établisse-ment, que j’ai fait un beau plan de tout ce qu’ildoit faire , et que ses actions étant bien réglées , illui sera aisé après cela de dire de belles choses;car M. l’Avocat me le disoit encore ce matin enme donnant votre lettre : il faut du solide, et unhonnête homme ne doit faire le métier de poèteque quand il a fait un bon fondement pour toutesa vie, et qu’il se peut dire honnête homme à justetitre. C’est donc l’avis que j’ai donné à Ovide, ou,pour parler plus humainement (car ce langage sentun peu trop le poète), j’ai fait, refait et mis enfin
dans sa perfection tout mon dessein. J’y ai fait en-trer tout ce que m’avoit marqué mademoiselle deBeauchâtcau 34 , que j’appelle la seconde Julied’Ovide dans la lettre que je lui ai écrite hier parM. Arrnaud qui va à la cour ; et quand vousverrezce dessein , il vous sera malaisé de le reconnoître.Avec cela, j’ai lu et marqué tous les ouvrages demon héros , et j’ai commencé même quelquesver». Voilà l’état où en est celte affaire. Au reste ,je regrette si peu le temps que j’ai employé pource dessein, que je n’y aurois pas plaint encorequinze autres jours. M. Vitart, qui considère cetteentreprise du même œil que celle de l’année pas-sée 35 , croit que le premier acte est fait pour lemoins, et m’accuse d : être réservé avec lui ; maisje crois que vous me serez plus juste. 11 reçut hierune nouvelle qui lui est bien plus sensible quecelte affaire, comme elle le doit être en effet, etcomme elle me l’est à moi-même. C’est qu’il a