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LETTRES DE RACINE.
• puisque mon cousin son frère est à Hesdin ,frais et gaillard, portant le mousquet dans cettegarnison aussi gaiement que le peut faire Laprairicon Laverdure. Je ne tous en puis mander d’autresparticularités, parceque je ne sais cette nouvelleque par 3f. l’Avocat, qui l’apprit hier de M. Vi-tart, et vous savez que 31. l’Avocat est toujoursfort au-dessus des petites circonstances donL nousautres hommes sommes plus curieux -, aussi avons-nous plus de pente pour le creux et la bagatelle.Je vous en instruirai plus au long dans ma pre-mière lettre, à moins que 31. Vit art ne me pré-vienne. Je vas dès cette après-dînée en félicitermadame notre sainte tanle s5 qui se croyoiL inca-pable d’aucune joie depuis la perte de son saintpère 37 , ou, comme disoit monsieur Gomberville 5 8 ,de son futur époux. En effet, il n’est plus dessusle trône de saint Augustin, et il a évité , par une
sage retraite, le déplaisir de recevoir une lettre decachet par laquelle on l’envoyoit à Quimper 39 . Lesiège n’a pas été vacant bien long-temps. La cour,sans avoir consulté le saint Esprit. à ce qu’ils di-sent , y a élevé M. Bail, sous-pénitencier et ancienconfrère du bailli 4 °, dans la société des boursesdes Cholels. Vous le connoisscz sans doute , etpeut-être est-il de vos amis. Tout le consistoire afait schisme à la création de ce nouveau pape, etils se sont retirés de côté et d’autre , ne laissant pasde se gouverner toujours par les monitoircs deM. Singlin, qui n’est plus considéré que commeun anti pape. Percutiam pasiorem , et dispergenturoves gregie <1 . Celte prophétie n’a jamais été plusparfaitement accomplie, et de tout ce grand nom-bre de solitaires à peine reste-t-il 31. Guayset maî-tre 3Iaurn.e 42 .
LETTRE IX.
A M. VITART, A PARIS.
A Uzès , le i5 novembre i66j.
H y a aujourd’hui huit jours que je partis duPont-Saint-Esprit, et que je vins à Uzès, où jefus reçu do mon oncle 43 avec toute sorte d’ami-lié. Il ne m’allendoit que doux jours après , parce-que mon oncle Sconin lui avoit mandé que jepartirons plus tard que je n’ai fait ; sans cela il eûtenvoyé an Saint-Esprit son garçon cl son cheval.Il m’a donné une chambre auprès de lui cl il pré-tend que je le soulagerai un peu dans le grandnombre de ses affaires. Je vous assure qu’il on abeaucoup. Non seulement il fait toutes celles dudiocèse, mais il a même l’administration de tousles revenus du chapitre, jusqu’à co qu’il ail payéquatre-vingt mille livres de dettes où le chapitres’est engagé. Il s’y entend tout-à-fait, et il n’y apoint de dom Cosme 44 dans son affaire. Avec toutcet embarras, il a encore celui de faire bâtir ; caril fait achever une fort jolie maison qu’il a com-mencée , il y a un an ou deux , à un bénéfice quiesta lui à une rlemi-liouo d’Uzès. J’en reviens en-core tout présentement. Elle est toute faite déjà; iln’y a plus que le jardin à défricher. C’est la plusrégulièreet même la plus agréable-de tout Uzès.Elle est tantôt toute meublée , mais il lui eu acoûté de l’argent pour la mettre en cet état ; c’estpourquoi il ne faut pas demander à quoi il a em-ployé ses revenus. Il est fort fâché de ce que jen’ai point apporté de démissoire ; mais c’est lafaute de 31. Sconin. Je l’ai pressé-Je plus que j’aipu pour cela , et lui-même lui en écrit, mais j’ap-préhende furieusement sa longueur. Il m’auroitdéjà mené à Avignon pour y prendre la tonsure,et la raison de cela est que le premier bénéfice qui
viendra à vaquer dans le chapitre est à sa nomi-nation. L’évêque a nommé et le prévôt arnsi ;c’est maintenant son tour. Quand ce temps-làviendra, je vous en manderai des nouvelles. Sivous [mutiez ine faire avoir un démissoire , vousm’obligeriez infiniment. 31. le prieur de la Fertévous donnera aisément mon extrait baptistaire,et vous n’auriez qu’à l’envoyer à quelqu’un devotre connoissance à Sobsnns ; on auroil le démis-scire aussitôt. Mais ce sera quand vous y pourrezsonger sans vous détourner le moins du monde.Au reste , nous ne laisserons pas d’aller à Avignonquelqu’un de ces jours; car mon oncle veut m’a-cheter des livres, et il veut aussi que j’étudie. Jene demande pas mieux, et je vous assure que jen’ai pas encore eu la curiosité de voir la ville d’U-zès, ni quelque personne que ce suit. Il est bienaise que j’apprenne un peu de théologie dans saintThomas, et j’en suis tombé d’accord fort volontiers.Enfin, je m’accorde le plus aisément du mondeà tout ce qu’il veuf; il est d’un naturel fortdoux. et il me témoigne toutes les tendresses pos-sibles.
Il rcconnoît bien que suo affaire d’Anjou a étéfort mal conduite, mais il espère que M. d’Uzèsraccommodera tout. En effet, il lui a mandé qu’ille leroit. Tl me demande tous les jours mon Ode dela pa!x 4s , car il a donné à 31. l’évêque celle que jelui envoyai; et non seulement lui, mais mêmetous les chanoines m’en demandent, et le prévôtsurtout. Ce prévôt est le doyen du chapitre ; d estâgé de soixante et quinze ans , et le plus honnêtehomme du monde. Enfin, c’est le seul que mononcle m’a bien recommandé d’aller voir ; ils sontgrands amis. Son bénéfice vaut 5,oool. de rente;