PREMIER RECUEIL.
que je ne sais de quelle faeou vous parler, oncomme à un homme triste, ou comme à unhomme de bonne humeur; et l'idée que j’ai toujours présente de la tristesse qui paroissoit dan»votre dernière lettre m'empêche de vous en faireaucune qui soit tant soit peu enjouée. J’en ai reçuune de M. Vitart cette semaine , et je viens de luiécrire aussi. Tl m’a envoyé une Lettre de 3 f. deLuynes pour les pairs, que nous avions déjà vueen ce pays, et je suis toujours des derniers à savoirles nouvelles, quoique j’aie nue correspondanceaussi bonne que la vôtre. On ne parle en cetteville que de la merveilleuse conduite du roi, dugrand ménage de Colbert, et du procèsdc M. Fou-quet, qu’on diL avoir clé interrogé par trois foisdepuis peu de jours ; et cependant vous qui êtesdes premiers instruit des choses, vous ne m’enmandez rien du tout. Mais, pour vous dire le vrai,ce u’est pas cela qui m'inquiète ; j’aime mieux quevous me maudiez de vos nouvelles particulières etde celles de nos conuoissances. Vous serez le pluscruel homme du monde si vous no in’en faitessavoir au moins de > 1 . l’Avocat, dans la ma-ladie ou dans la santé duquel je m’intéresse sensi-blement.
F ai eu tout le loisir déliré l'ode de M. Perrault:«aussi l’ai-je relue plusieurs fois , et néanmoins j’aieu bien de la peiue à y reconnaître son style , et jene croirois pas encore qu’elle fût de lui si vous etM. Vitart ne m’en assuriez. Il m’a semblé que jen’y trouvois point cette facilité naturelle qu’ilavoit à s’exprimer : je n’y ai point vu, ce me sem-ble , aucune trace d’un esprit aussi net que le sienm’a toujours paru , et j’eusse gagé que ceüc odeavoil été taillée comme à coups de marteau p«irun homme qui n’avoit jamais fait que de méchantsvers. Mais je crois que l’esprit de M. Perrault esttoujours le même , et que le sujet seulement lui amanqué -, car , eu effet, il y a long temps que Ci-céron a dit que c’étoii une matière bien stérile ,que l’éloge d’un enfant en qui l’on nepouvoitlouer que l’espérance; et toutes' ccs espérancessont tellement vagues , qu’elles ne peuvent fournir des pensées solides. Mais je m’oublie ici, et jene songe pas que je dis cela à un homme qui s’yentend mieux que moi. Vous me devez excuser decelte liberté' que je prends. Je vous parle avec lamême franchise que nous nous parlions dans vo-tre cabinet ou le long des galeries de votre esca-
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lier, et si je jugé' mal et que mes pensées soientéloignées de» vôtres , remettez cela sur la barbariede ce pays et sur,ma longue aLsence de Paris,qui, m’ayant séparé de vous , m’a peut-être entiè-rement privé de la bonne coimoiasance des choses.
Je vous dirai pourtant encore qu’il y a un en-droit où j’ai reconnu M. Perrault:, c’est lorsqu’ilparlede Josué , et qu’il amène là l’Ecriture sainte.Je lui ai dit une fois qu’il mettoit trop la Jîiblc enjeu dans ses poésies ; mais il me dit qu’il la lîsoitfort, et qu’il ne pouYoit s’empêcher d’en insérerquelque passage. Pour moi, je crois que la lectureen est fort bonne, mais que la citation convientmieux à un prédicateur qu’à un poète.
Vengez-vous , monsieur, de toute» mes imper-tinences sur la pièce que je vous envoie Sl! . Cen’est pas une pièce, ce semble, toul-à-fait nou-velle pour vous, mais vous la trouverez pourtanttoute nouvelle. Je l'avois mise en état qu’elle esthuit jours devant nia maladie , et je l’avois mêmemontrée à deux personnes seulement, dont l’iinétoit fort grand poète , et ils éloient tous deuxamoureux du dessein et de la conduite de cettefable. Je youb la voulois donner , niaisma maladiesurvint, qui me fit perdre absolument toutes cesidées. Je n’y avois plus songé depuis ; niais il y aenviron deux mois qu’en ayant dit quelques en-droits aune personne de cette ville , il me conjurade lui dicter toute la pièce. Je Je fis; il la montraà d’autres, et ils crurent qu’elle étoit fort belle.Je n’ose dire qu’elle l’est, que vou6 ne me l’ayezmandé , et que vous ne m’en ayez envoyé l’appro-bation de mademoiselle Lucrèce et de quelquesautres experts avec yous. Mais mandez-moi toutparle détail : ce que vous jugerez des grâces , desamours , et de toute la cour de Vénus qui y est dé-peinte. Si le titre ne vous plaît pas, changez-le.Ce n’est pas qu’il m’a parn le plus convenable. Sivous la donnez, ne dites point l’auteur : mon nomfait tort à tout ce que je fais. Mais montrez-moi encette occasion ce que c’est qu’un ami, en me dé-couvrant tout votre cœur. Je prends intérêt à cettepièce à cause qu’elle fut faite pour vous, et àcause de l’opinion que vous eûtes d’abord de cedessein. Adieu, je salue tout le monde , etM. l’A-vocat 6urtout. Si cette galanterie vous plaît, j’enpourrai faire d’autres : il y a assez de sujets en cepays, brûlez l’original ai voua l’avez encore , jevous eu conjure.
LETTRE XXI.
AU MÊME, A PARIS.
A Uzès, le 3 o avril 1662.
Je ne vous deraandois pas des louanges quandje vous ai envoyé ce petit ouvrage des ba/ns deVénus, mais je vous demandois votre sentimentau vrai, et celui de vos amis 1 cependant vous
vous êtes contenté de dire, comme ce flatteurd’Horace t Pulchre, bene, recte 85 ; et Ilorace ditfort bien qu’on loue ainsi les méchants ouvrages,pareequ’il y a tant de choses à y reprendre, qu’ouaime mieux tout louer que d’examiner. Vousm’avez traité de la aorte , et vous Tne louez comme