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LETTRES DE RACINE.
LETTRE XXXIII
AU MÊME, A CROSNE.
Paris, décembre i663.
Nous étions prêts à partir lorsque M. Yitart s’a-perçut qu’il n’avoit point de bottes, et qu’il lesaroil prêtées. Cela fut d’abord capable d'ébranlersa résolution, et mademoiselle Vitart acheva ensuite de IVn détourner, en lui représentant qu’ilaurait huit lieues de chemin à faire celte journée-là , qu’il seroit obligé de revenir fort tard , et qu’ilétoil malheureux. Il demeura donc, et il fallutque je demeurasse avec lui, mais dans Je desseinfie m’en aller moi seul dans quatre ou cinq jours,si vous êtes encore à la campagne tant que cela.
Je n’ui pas de grandes nouvelles à vous mander.Je n’ai fait que retoucher continuellement au cin-quième acte, et il n'est tout achevé que d’hier.J’en ai changé toutes les stances avec quelquesdifficultés sur i’état où éloit ma priucesse, peuconvenable à s’étendre sur des lieux communs. J'ai
donc tout réduit à cinq stances, et ôté celle del'ambition, qui nie servira peut-être ailleurs. Onpromet depuis hier la Théhaïde à l’hôtel 139 , maisils ne la promettent qu’après trois autres pièces.
Je n’ai pas été depuis long-temps à l’hôtel deLiancourt. On m’a envoyé redemander depuisquatre jours le papier qu’on m’avoit donné pourfaire signer , et que je vous ai donné aussi. Tachezde vous souvenir où il est.
Je viens de parcourir votre belle et grandelettre, où j’ai trouvé assez de dillicullés qui m’ontarrêté , et d’autres sur lesquelles il seroit aisé devous regagner. Je suis pourtant fort obligé à l’au-teur des remarques 130 , et je l’estime infiniment.Je ne sais s’il ne me sera point permis quelquejour de le connoître 13 ’. Adieu , monsieur. Votrelaquais attend, et il est cause que je ne lis pas plusposément votre lettre , et que je n’y réponds pasplus au long dans celle-ci.
FRAGMENT.
A M. L’ABBÉ LEVASSEUR.
.qu’elle ne peut pas faire la débau-che à des paysans, fussent-ils de l’âge d'or ou deNormandie.
Le plus bel esprit du hameauDoute si le duc est un homme.
Les pyrrhoniens ont fait autrefois ce doute ; et
c’éloit leur force d’esprit qui le leur faisoit faire ;mais d’en duuter par bêtise, je ne crois pas qu’unhomme le puisse jamais faire, si brute qujilpuisseélue. Les deux derniers vers font passer ce prêtreplutôt pour un athée qui se pique d’esprit fortque pour un ignorant. Voilà de la matière , si vousvoulez exercer votre bel esprit ; car je crois qu’ily ^ bien à dire que mes sentiments ne soient lesvôtres ; eL je ne les prends aussi que pour des sen-timents' erronés , que vous détruirez au moindresouffle dont vous les voudrez attaquer.
NOTES
DU PREMIER RECUEIL DES LETTRES DE RACINE.
1 Cet abbé Levasseur, à qui sont adressées laplupart des lettres qui composent ce premier re-cueil, était un ami de collège de Racine, et unparent de M. et madame Vitart, à qui sont écri-tes les autres lettres du même recueil.
2 Ce sonnet, qui ne nous a pas été conservé,étoit adressé au cardinal Mazarin , à l’occasion dela paix des Pyrénées, qu’il avoit conclue le 7 no-vembre précédent.
3 La suscription est : A M. I’abbé Levasseur,chez mademoiselle Lacroix, rue Galande.
* C’étoit un cousin germain de Racine , un peuplus âgé que lui. Il étoit intendant des maisonsde (ihevreuse cl de Luyncs , qui ti’en faisoientpliis qu'une, et Racine étoit alors employé chezlui.
5 Ce poème de Claude Quillet paroissoit alorsdepuis quatre ou cinq ans.