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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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LETTRES UE RACINE.

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Peut-être que , si j’avois le gosier malade , préten-droit-il que l'erysimum ne sauroit guérir que ceuxqui ont la poitrine attaquée. Le bon de l’aftàireest qu’il persiste toujours dans la pensée que leseaux de Bourbon me rendront bientôt la voix. Sicela arrive, ce sera à moi, mon cher monsieur,à vous consoler, puisque, de la manière dontvous me parlez de votre mal de gorge, je doutequ’il puisse être guéri sitôt, surtout si vous vousengagez en de longs voyages avec M. Hesscin.Mais laissez-moi faire : si la voix me revient, j’es-père de vous soulager dans les disputes que vousaurez avec lui, sauf à la perdre encore une se-conde fois pour vous rendre cet office. Je vousprie pourtant de lui faire bien des amitiés de mapart, et de lui faire entendre que ses contradic-tions me seront toujours beaucoup plus agréablesque les complaisances et les applaudissementsfades des amateurs de beaux-esprits. II s’est trouvéici . parmi les capucins , un de ces amateurs, quia fuit des vers à ma louange. J’admire ce quec’est que des hommes. Vanitas et omnia vanitas 49 .Cette sentence ne m’a jamais parue si vraie qu’enfréquentant ces bons et crasseux pères. Je suisbien fâché que vous ne soyez point encore habi-tué à Auteuil , où^

Tpsi te fontes, ipsa hmc arbusta voeabant 41 ;

c’est-à-dire, où mes deux puits 43 et mes abrico-tiers vous appeloient.

Vous faites très bien d’aller à Maintcnon avecune compagnie aussi agréable que celle dont vousnie parlez , puisque vous y trouverez votre utilitéet votre plaisir. Onme tuüt punctum, etc.

Je n’ai jamais pu deviner la critique que vouspeut faire JI. l’abbé Tailematil 45 sur l'endroit del’épitaphe que vous m’avez marqué. N’est-ce pointqu’il prétend que ces lermes , il fut nommé, sem-blent dire que le roi Jjouis XIII a tenu M. LeTellier 44 sur les fonts de baptême , ou Lien quec’est mal dit, que le roi le choisit pour remplirla charge, etc., pareeque c’est la charge qui arempli M. Le Tellier, et non pas M. Le Tellierqui a rempli la charge ; par la même raison quec’est la ville qui entoure les fossés, et non pas lesfossés qui entourent la ville. C’est à vous à m’ex-pliquer cette énigme.

Faims bien , je vous en prie, mes baise-mniusau père Bouhours et à tous nos amis quand vousles rencontrerez; mais surtout témoignez bien àM. Nicole la profonde vénération que j’ai pourson mérite et pour la simplicité de ses mœurs,encore plus admirable que sou mérite. Vous neme parlez point de l’épitaphe de mademoiselle deLamoignon 4s . Voilà, ce me semble, une assezlongue lettre pour un homme à qui on défend leslongues applications ,et qu’on presse d’ailleursdedonner cette lettre pour la porter à Moulins. J’aiappris, par la Gazette , que M. l’abbé de Choisy 4Sètoil agréé à l’académie. Voici encore un e voix qu eje vous envoie pour lui si les trente-neuf ne suffi -sent pas. Adieu , aimez-moi toujours, et croyezque je n’aime rien plus que vous. Je passe ici letemps , sicuï çuinuzs, quando ut votumus non pas-

sion 17 . Adieu encore une fois. Biles à ma sœur età M. Manchon 48 que je ne manquerai pas de leurécrire par la première commodité. J’ai écrit àM. Marchand.

LETTRE VII-

RACINE A BOILEAU, A BOURBON.

A Paris, ce 4 août 16S7.

Je suis ravi des bonnes espérances que l’on con-tinue de vous donner, et du soulagement que vousressentez déjà à votre poitrine. Je ne doute pas quela difficulté de parler ne soit encore plus aisée àguérir que la difficulté de respirer. Je n’ai pointencore vu M. Fagon depuis que j’ai reçu de vosnouvelles ; oui bien M. Daquiu 49 , qui trouve fortétrange que vous ne vous soyez pas mis entre les' mains de M. des Trapières ; il est même bien enpeine qui peut vous avoir adressé à M. Bourdier.Je jugeai à propos , tant il étoit en colère, de nelui pas dire un mut de M. Fagon

J’ai fait le voyage de Maintenon , et je suis fortcontent des ouvrages que j’y ai vus : ils sont pro-digieux , et digne» en vérité delà magnificence duroi. 11 y en a encore , dit-on , pour deux ans. Lesarcades qui doivent joindre les deux montagnesvis-à-vis Maintenon, sont presque faites : il y en aquarante-huit; elles sont bâties pour l’éternité. Jevoudrois qu’on eût autant d’eau à faire passerdessus , qu’elles sont capables d’en porter. Il Y a làplus de trente mille hommes qui travaillent , tousgens bien faits , et qui. si la guerre recommence ,remueront plus volontiers la terre devant quel-j que place sur la frontière que dans les plaines dej Beauro.

J’eus riionneurdn voir madame de Maintcnon ,avec qui je fus une bonne partie d’une aprés-dînée,et elle me témoigna même que ce temps là ne luiavoit point duré. Klle est toujours la même quevous l’avez vue . pleine d’esprit , de raison , depiété, et de beaucoup de bonté pour nous. Klleme demanda des nouvelles de notre travail ; je luidis que votre indisposition et la mienne, mouvoyage de Luxembourg et votre voyage de Bour-bon nous avoient un peu reculés, mais que nous11e perdions cependant pas notre temps.

A propos de Luxembourg , je viens de recevoirun plan , cl de la place , et des attaques, et celadans la dernière exactitude. Je viens aussi tout àl’heure de recevoir une lettre de Versailles , oùl’on me mande une nouvelle fort surprenante etfort affligeante pour vous et pour moi : c’est lamort de notre ami M. de Saint Laurent 50 , qui aété emporté d’un seul accès de colique néphré-tique , à quoi il n’avoit jamais été sujet en sa vie.Je 11ecrois pas qu’excepté Madame, on en soit fortaffligé au Palais-Royal : les voilà débarrassés d’unhomme de bien.

■ Je laisse volontiers à la Gazette à vous parler de| M. l’abbé de Choisy ; il fut reçu sans opposition;

1 il avoit pris tous les devants qu’il falloit auprès des, gens qui auroienl pu lui faire de la peine. Il fera