TROISIEME RECUEIL. 609
le jour de Saint-Louis sa harangue qu'il ru’ainnn- )trée. Il y :t quelques endroits d’esprit : je lui aifait ôter quelques fautes de jugement, frf. Berge-ret si f era ) a réponse ; je crois qu’il y aura plus dejugement.
Je suis bien aise que vous n’ayez pas conçu lacritique de M. l’abbé Tallemanl ; c’est signe qu’elle11e vaut rien. Sa critique ioinboit sur ces mots :
II en commença les fonctions ; il prétendoit qu’ilfalloit dire nécessairement : Il commença à en faireles fondions. Le P. Bouliours 11e le devina pointnon plus que yous, et quand je lui dis la diffi-culté, il s’en moqua. Je donnai l’épitaplie de ma-demoiselle de Lamoignon à RI. de La Chapelle 5J ,en 1 ‘état que nous en étions convenus à Montgeroti.
Je n’en ai pas ouï parler depuis.
M. Ilessein n’a point changé. Nous fûmes cinqjours ensemble. Il fut fort doux dans les quatrepremiers jours, et eut beaucoup de complaisancepour M. de Termes, qui ne l’avoit jamais vu , etqui éloit charmé de sa douceur. Le dernier jourM. Hcssein ne lui laissa pas passer tm mot sans lecontredire . et même , quand il nous voyoir fati-gués de parler ou eudormls, il avançoit malicieu-sement quelque paradoxe qu’il savoil bien qu’onue lui laisseroit point passer. En un mot, il eutcontentement : non seulement on disputa, mai»on se querella , et on se sépara sans avoir tropd envie de se revoir de plus de huit jours. Il mesembla que M. de Termes avoit toujours raison ;il lui sembla aussi la meme chose de moi. M. Félixtémoigna un peu plus de bonté pour M. Ilessein ,et aima mieux nous gronder tous, que de se ré-soudre à le condamner. Voilà comment s’est passéle voyage. Mon mal de gorge est beaucoup dimi-nué , Dieu merci; mais il n’est pas encore fini :il me reste de temps en temps quelques âcrelésvers la luette , mais cela ne dure point. Quoi qu’ilen soit, je n’y fais plus rien. Mes chevaux mar-cheront demain pour la première fois depuis votredépart ; celui qui avoit In larcin est, dit-on, en-tièrement guéri : je n’ose encore trop voua l’assu-rer. M. Marchand me vint voir il y a trois jours ,un peu fâché de ce que vous n’avez pas pris àBourbon le logis qu’il vous avoit dit. I! doit menerà Aiileuil sa fille qui est sortie do religion , pourlui faire preudre l’air. Cela ne m’empêchera pasd’y aller passer des après-dînées, et même d’yaller dîner avec lui. Adieu, mon cher monsieur ;inandcz-moi au plus tôt que vous parlez : cVatla meilleure nouvelle que je puisse recevoir enma vie.
LETTRE VIII.
RACtfVK A BOIIjKAU , A 1ÎOURHO.V.
A Paris , ce 8 août 1687.
Madame Manchon 13 vint avant-hier me cher-cher , fort alarmée d’une lellie que vous lui avezécrite , cl qui e>t en effet Lien différente do celleque j’ai reçue de vous. J’auroi» déjà été à Ver-sailles pour entretenir M. Fagon: mais le roi est
àMarly depuis quatre jours , et n’en reviendra quedemain au soir ; ainsi je u’irai qu’après- déniai nmalin, et je vous manderai exactement tout cequ’il m’aura dit. Cependant je me flatte que cedégoût et cette lassitude dont vous vous plaignezn’auront point de suite , et que c’est seulement uneffet que les eaux doivent produire quand l'esto-mac n’y est pas encore accoutumé; que si ellescontinuent à vous faire mal, vous savez, ce quetout le monde vous dit en partant, qu’il falloit lesquitter en ce cas , ou tout du moins les interrom-pre. Si par malheur elles ne vous guérissent pas,il n’y a point lieu encore de vous décourager, clvous ne seriez pas le premier qui, n’ayaul pas étéguéri sur les lieux, s’est trouvé guéri étant de re-tour r iiez lui. En tout cas, le sirop d’erysrmum n’estpoint assurément une vision. M. Dodart, à quij’en pariai il y a trois jours , me dit et m’assura 011conscience que ce M. frlorin qui m’a parlé de ceremède est sans doute le plus habile médecin quisoit dans Paris , et le moins charlatan. Il est con-stant que, pour moi, je me trouve infinimentmieux depuis que, par son conseil, j’ai renoncé àtout ce lavage d’eaux qu’on tn’avoii ordonnées, etqui m’avoient presque gâté entièrement l’estomac,sans me guérir mou mal de gor ge. Je prierai aussifri. de Jussac d’écrire à madame sa femme à Fon-tcvrault ,et de lui mander l’embarras de ce pauvreparalytique , qui étoil sans vous sur le pavé Si .
31 . de Saint-Laurent est mort d’une colique demiserere, et non point d'un accès de néphrétique ,comme je vous aTois mandé. Sa mort a été fortchrétienne , et même aussi singulière que le restede sa vie. Tl ue conlia qu’à M. de Chartres ss qu’ilse trouvoit mal, elqu’il ulloits’enfermerdanguuechambre pour se reposer, conjurant instammentee jeune prince de. ne point dir e où il étoit , par-cequ’il ne voulait voir personne. En le quittant,il alla faire ses dévotions ; c’éloit un dimanche , eton dit qu'il les faisoit tous les dimanches : puis ils’enferma dans une chambre jusqu’à trois heuresaprès midi, que M. de Chartres , étant en inquié-tude de sa santé, déclara où il étoit. Tancrelyfut, qui Je trouva tout habillé sur un lit, souffrantapparemment beaucoup , et néanmoins fort tran-quille- Tancret mt lui trouva point de pools; mai»M. de Saint-Laurent lui dit que cela 11e réionuâtpoint, qu’il éloit vieux et qu’il n’avoit pas naturel-lement le pouls fort élevé. II voulut cire saigné ,et il ne vint poiut de sang. l’eu de temps après Hse mit sur sou séant, puis dit à son valet de le pen-cher un peu sur son chevet, et aussitôt scs piedssc mirent à trépigner contre le plancher, et il ex-pira dans le moment même. On trouva dans sabourse un billet par lequel il déclarait où l'ontrouveroit son testament. Je crois qu’il donne toutson bien aux pauvres. Voilà comme il est mort ,et voici ce qui fait, ce me semble , assez bien sonéloge. Vous savez qu’il n’avoit presque d’autresoin auprès de M. de Chartres , que de l’empèchcrde manger des friandises; qu’il lYmpèchoit le plusqu’il pouvoit d’aller aux comédies et aux opéra,et il vous a coulé lui même toutes les rebuffadesqu’il lui a fallu essuyer pour cela, et commenttoute la maison de Monsieur etoit déchaînée cou-