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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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LETTRES DE RACINE.

(îio

tre lui, gouverneur * 6 , bous précepteur, valetsde chambre. Cependant on a été plus de deuxjours sans oser apprendre sa mort à ce même 31. deChartres ; et quand Monsieur enfin la lui a an-noncée , il a jeté des cris effroyables, se jetant,non point sur son lit mais sur le lit de M. de Saint-Laurent, qui étoit encore dans sa chambré, etl’appelant à haute voix comme s’il eût été eucoreen vie , tant la vertu, quand elle est vraie , a deforce pour se faire aimer 1 Je suis assuré que celavous fera plaisir, non seulement pour la mémoirede 31. de Saint-Laurent, mais même pour 31. deChartres. Dieu veuille qu’il persiste long-tempsdans de pareils sentiments! Tl me semble que jen’ai point d'autres nouvelles à vous mander.

31. le duc de Roanucz 57 est venu ce matin pourme parler desa rivière , et pour me prier d’en par-ler. Je lui ai demandé s’il ne savoit rien de nou-veau ; il m’a dit que non ; et il faut bien , puisqu’ilne sait point de nouvelles, qu’il n’y eu ait point ;car il en sait toujours plus qu’il n’y en a. On ditSeulement que M. de Lorraine a passé la Prave,et les Turcs la Save : ainsi il n’y a point de rivièrequi les sépare 5S . Tant pis apparemment pour lesTurcs: jelestrouve merveilleusementaccoutumésà être battus. La nouvelle qui fait ici le plus debruit, c’est l’embarras des comédiens, qui sontobligés de déloger do la rue Guénégaud ù causeque messieurs de Sorbonne, en acceptant le col-lège des Qiuitre-Nalions , ont demandé, pour pre-mière condition , qu’on les éloignât de ce collège.Ils ont déjà marchandé des places dans cinq ousix endroits, mais partout où ils vont c’est mer-veille d’entendre comme les curés crient. Le curé,de Saint-Germain--l’Auxcmiig a déjà obtenu qu’ilsne seroient point à l’hôtel de Sourdis, pareequede leur théâtre on aui oit entendu tout à plein lesorgues , et de l’église on au roit parfai lement bienentendu les violons. Eulin , ils en sont à la rue deSavoie , dans la paroisse de Saint-André. Le curéa clé aussi au roi, lui représenter qu’il n’v a tan-tôt plus dans sa paroisse, que des auberges et descoquetiers; si les comédiens y viennent, que sonéglise sera déserte. Les Grands-Augustin» ont aussiété au roi, et In père Lembrochons, provincial, aporté la parole. Mais on prétend que les comédiensont dit à sa majesté que ces mêmes Augustins quine veulent point le» avoir pour voisins, sont fortassidus spectateurs de la comédie, et qu’ils ontmême voulu vendre à la troupe des maisons quileur appartiennent dans la rue d’Anjou pour ybâtir un théâtre , et que le marché seroil déjà con-clu si le lieu eût clé plus commode. 31. de Louvoisa ordonné à M. de La Chapelle de lui envoyer leplan du lieu où ils veulent bâtir dans la rue deSavoie; ainsi on attend ce que 31. de Louvois dé-cidera 5? . Cependant l’alarme est grande dans lequartier , tous les bourgeois, qui sont gens de pa-lais, trouvant fort étrange qu’on vienne leur em-barrasser leur rue. 31. billard ê0 , surtout, quise trouvera vis-à-vis de la porte du parterre , criefort haut, et quand on lui a voulu dire qu'il enauroit plus de commodité pour s’aller divertirquelquefois, il a répondu fort tragiquement ; Jeneveux point me divertir. Adieu, monsieur. Je

fais moi-même ce que je puis pour vous divertir,quoique j’aie le cœur fort triste depuis la lettre quevous ave/, écrite à madame votre sœur. Si vouscroyez que je puisse vous être bon à quelque choseà Bourbon, n’en faites point de façon, mandez-le-moi, je volerai pour vous aller voir.

LETTRE IX.

BOILEAU A RACINE , A PARIS.

A Bourbon, le g août 1687 .

Je vous demande pardon du gros paquet que jevous envoie; mais 31. Bourdier mon médecin acru qu’il étoit de son devoir d’écrire à 31, Fagonsur ma maladie. Je lui ai dit qu’il falloit que 31.1)o-dart vît aussi la chose ; ainsi nous sommes conve-nus de vous adresser sa relation. Je vous envoieun compliment pour 31. de la Bruyère fiI .

J’ai été sensiblement afflige de la rnorl de 31. deSaint-Laurent. Franchement, notre siècle se dé-garnit fort de gens de mérite et de Terlu ; et sansceux qu’on a étouffés sous prétexte de jansénisme ,eu voilà un grand nombre que la mort a enlevésdepuis peu. Je plains fort le pauvre 31. de Saiuc-tot B:! .

Je rte vous dirai point en quel état est ma poi-trine , puisque mon médecin vous en écrit tout ledétail*, ce que je puis vous dire, c’est que ma ma-ladie est de ces sortes de choses quee non recipiuntmagîs etminuf ,,s , puisque je suis environ au mêmeétat que j’élois lorsque je suis arrivé. Gn me ditcependant toujours , comme à Paris, que cela re-viendra, et c’est ce qui me désespère, cela nnrevenant point. Si je savois que je dusse être sansvoix toute ma vie, je m’afflige rois sans doute , maisje prondrois ma résolution , et je serois peut êtremoins malheureux que,dans un état d’incertitudequi ne me permet pas de me fixer , et qui me laissetoujours comme un coupable qui attend Je juge-ment de son procès. Je m'efforce cependant detraîner ici ma misérable vie du mieux que je puisavec un abbé, très honnête homme , qui est tré-sorier d’une Sainte-Chapelle, mon médecin etmon apothicaire. Je passe le temps avec eux à peuprès comme Don Quixotte le passoil enun lugardela Manr.ha c< avec son curé , son barbier et le ba-chelier Samson Carasco. J’ai aussi une servante :il me manque une nièce ; mais de tous ces gens-là celui qui joue le mieux son personnage, c’estmoi, qui suis presque aussi fou que lui, et qui nedirois guère moins de sottises si je pouvois mefaire enteudre.

Je n’ai point été surpris de ce que vous m’avezmandé de 31. Hessein.

Naluram expcllasfurca , tamen usquereeurret 6S .

Il a d’ailleurs de très bonnes qualités; mais, àmon avis., puisque je suis sur la citation de. DonQuixot'e , il n'est pas mauvais de garder avec luiles mêmes mesures qu’avec Gardcnio. Comme ilycu t toujours contredire, il ne seroit pas mauvais