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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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TROISIÈME RECUEIL. 6n

île ie meHrc arec cet homme que vous savez denoire a.-semblée, qui ne dit jamais rien quon nedoive contredire : ils seroient merveilleux ensem-ble 6S .

Jai déjà formé mon plan pour l'aimée 1667 57 , je vois de quoi ouvrir un beau champ à lesprit ;mais, à ne vous rien déguiser, il ne faut pas quevous fassiez un grand fond sur moi tant que j'au-rai tous les matins ù prendre doHzo verres deauqu il coûte encore plus ù rendre quà avaler, clqui vous laissent tout étourdi le reste du jour, sansquil vous soit permis de sommeiller un moment.Je ferai pourtant du mieux que je pourrai, el jes-père que Dieu maîdera.

Vous faites bien de cultiver madame de Main-tenou ; jamais personne ne fut si digne quelle duposte qu elle occupe, et cest la seule vertu jenaie point encore remarqué de défaut. Lestimequelle a pour vous est une marque de sou bongoût. Pour moi, je ne me compte pas au rang deschoses vivantes.

Yox quoque Moerim

Jam fugit ipsa : lupi Moerim vidore priores*.

LETTRE X.

BOILEAU A RACINE, A TARIS.

A Moulins, le i5 août j687.

Mon médecin a jugé à propos de me laisser re-poser deux jours, et jai pris ce temps pour venirvoir Moulins, jarrivai hier au malin, et dje men dois retourner aujourdhui au soir. Cestune ville très marchande et très peuplée, el quinest pas indigne davoir un trésorier de Francecomme vous 69 . Un M. de Chamblain . ami deM. labbé de Sales, qui est venu avec moi , mydonna hierà souper fort magnifiquement. Il se ditgrand ami de M. de Poignant, et commît fort vo-tre nom, aussi bien que tout le monde de cetteville , qui shonore fort davoir un magistrat de vo-tre force , et qui lui est si peu à charge. Je vousai envoyé , par le dernier ordinaire , une très lon-gue déduction de ma maladie, que M. Bourdiermon médecin écrit à M. Fagon ; ainsi vous en de-vez être instruit à lheure quil est parfaitement.Je vous dirai pourtant que , dans cette relation ,il uc parle point de la lassitude de jambes et dupeu dappétit; si bien que tout le prolit que jaifait jusquici à boire des eaux, selon lui, consisteà un éclaircissement de teint, que le hâle du voyagetn'avoit jauni plutôt que la maladie ; car vous sa-vez bien quen parlant de Paris je navois pas levisage trop mauvais , cl je 11e vois pas quà Mou-lins, je suis , on me félicite fort présentementdémon embonpoint. Si jai écrit une lettre si tristeà ma sœur , cela ne vient point de ce que je mesente beaucoup plus mal quà Paris , puisquà vousdire le vrai, tout le bien et tout le mal mis ensem-ble, je suis environ au mémo état que quand jepartis ; mais dans le chagrin de ne point guérir,on a quelquefois des moments la mélancolie

redouble , et je lut ai écrit dans un de ces mo-ments. Peut-être dans une autre lettre verra-t-elleque je vis : le chagrin est comme une Cette, qui ascs redoublements et ses suspensions.

La mort de M. de Saint-Laurent rat tout-à-faitédifiante ; il me paroît quil a fini avec toute lau-dace dun philosophe et toute l'humilité dunchrétien. Je suis persuadé quil y a des saints cano-nisés qui netoient pas plus saints que lui : on leverra un jour, selon toutes les apparences, dansles litanies : mon embarras est seulement commenton l'appellera, et si on lui dira simplement saintLaurent ou saint Saint-Laurent. Je n'admire passeulement JL de Chartres, mais je l'aime, jensuis fou. Je ne sais pas cc quil sera dans la suite ;mais je sais bien que lenfance dAlexaudre ni deConstantin na jamais promis de si grandes chosesque la sienne , et on pourroit beaucoup plus juste-ment faire de lui les prophéties que Virgile, àmon avis, a faites assez à la légère du fils dePoilion.

Datrsle temps que je vous écris ceci, M. Amiot 70vient dentrer dans ma chambre. 11 a précipité,diL-il, son retour à Bourbon pour me venir ren-dre service. Il m'a dit quil avoit vu, avant que departir, M. Fagou, el quils persistoient lun etlautre dans la pensée du demi-bain , quoi quenpuissent dire MM. Bourdier et Baudière; cestune affaire qui se décidera demain à Bourbon.A vous dire le vrai, mon cher monsieur, c'estquelque chose assez fâcheux quelle se voir ainsile jouet d'une science très conjecturale, cllun dit blanc el lautre noir ; car les deux derniersne soutiennent pas seulement que le bain nest pasbon à mon mal, mais ils prétendent quil y va dela vie, cl citent sur cela des exemples funestes.Mais erilin me voilà livré à la médecine, et il nestplus temps de reculer. Ainsi ce que je demande àDieu , ce nest pas quil me rende la voîx, maisquil rue donne la vertu et la piété de M. de Saint-Laurent , ou de M. Nicole , ou même la vôtre ,puisque avec cela on se moque des périls. Sil y aquelque malheur dont on se puisse réjouir, cest,à mon avis, celui des comédiens. Si on continueaies traiter comme on fait , il faudra quils saillentétablir entre la Villette et la porte Saint-Martin :encore ne sais-je sils nauront point sur les brasle curé de Saint-Laurent. Je vous ai une obligationinfinie du soin que vous prenez dentretenir unmisérable comme moi. L'offre que vous me faitesde venir à Bourbon est lout-à-fait héroïque et obli-geante; mais il nest pas nécessaire que vousveniezvous enterrer inutilement dans le plus vilain lieudu monde , et le chagrin que vous auriez infailli-blement de vous y voir, ne feroit quaugmentercelui que jai dy être. Vous mêtes plus nécessaireà Paris quici , et jaime encore mieux ne vouspoint voir, que de vous voir triste et affligé.Adieu , mon cher monsieur. Mes recommanda-tions à M. Félix , à M. de Termes et à tous nosautres amis.