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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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TROISIEME RECUEIL.

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sieur. Je commencerai et (luirai (ouïes mes lettresen vous disant de tous hâter de revenir.

LETTRE XIII.

BOrLEA.tr A RACINE, A PARIS.

ABourbon. ce ig août 1687.

Vous pouvez juger, monsieur, combien j’ai étéfrappé de I a funeste nouvelle que tous m’avezmandée de notre pauvre ami. En quelque état pi-tuyable néanmoins que vous l’ayez laissé , je nosaurois m’empêcher d J avoir toujours quelquerayon d’espérance, tant que vous ne m’aurezpoint écrit, il est mort ; et je me flatte même qu’aupremier ordinaire j’apprendrai qu’il est hors dedanger. A dire le vrai, j’ai bon besoin de nie flat-ter ainsi , surtout aujourd’hui que j’ai pris unemédecine qui m’a fait tomber quatre lois en foi-blesse, et qui m’a jeté dans uti abattement dontmême les plus agréables nouvelles ne seroient pascapables de me relever. Je vous avoue pourtantque, si quelque chose pouvoit me rendre la santéet la joie, ce seroit la bonté qu’a sa majesté des enquérir de moi toutes les fois que vous vousprésentez devant lui. II ne snuroit guère arriverrien de plus glorieux , je ne dis pas à un miséra-ble comme moi , mais à tout ce qu’il y a de gensplus considérables à la cour ; et je gage qu’il y ena plus de vingt d’entre eux qui , à l’heure qu’ilest. envient ma bonne fortune , et qui voudroienlavoir perdu la voix, el même la parole à ce pris.Je ne manquerai pas , avant qu’il soit peu . de pro-filer du bon avis qu’un si grand prince me donne,sauf à désobliger M. Bourdier mon médecin , etM. Baudière mon apothicaire, qui prétendentmaintenir contre lui que les eaux de Bourbon sontadmirables pour rendre la voix. Mais je m’imaginequ’ils réussiront dans celle entreprise , à peu prèscomme toutes les puissances de l’Europe ontréussi à lui empêcher de prendre Luxembourg ettant d’autres villes. Pour moi, je suis persuadéqu’il fait bon suivre ses ordonnances en fait mêmede médecine. J’acccplc l'augure qu’il m’a donné ,en vous disant que la voix me reviendroit lorsquej’y penserois le moins. fin prince qui a exécutétant de choses miraculeuses est vraisemblable-ment inspiré du ciel , et toutes les choses qu’il ditsont des oracles. D’ailleurs , j’aî encore un remèdeà essayer, où j’ai grande espérance, qui est deme présenter à son passage dès que je serai deretour ; car je crois que l’envie que j’aurai de luitémoigner ma joie el ma reconn oissance me feratrouver de la voix, et peut-être même des paroleséloquentes. Cependant je vous dirai que je suisaussi muet que jamais , quoique inondé d’eaux etde remèdes. Nous attendons la réponse de M. Fa-gonsurla relation que M.Bourdier lui a envoyée.Jusque là je ne puis rien vous dire sur mon dé-part. Ou nie fait toujours espérer ici une guérisonprochaine, et nous devons tenter le demi bain,supposé que M. Fagon persiste toujours dans l’o-pinion qu’il me peut être utile. Après cela jeprendrai mon parti.

Vous ne sauriez croire combien je vous suisobligé de la tendresse que vous m’avez témoignéedaos votre dernière lettre : les larmes m’en sontpresque venues aux yeux, et quelque résolutionque j’eusse faite de quitter le monde, supposé quela voix ne me revînt point, cela m’a entièrementfait changer d’avis ; c’est à-dire, en un mol, queje me sens capable de quitter toutes choses, hor-mis vous. Adieu , mon cher monsieur. Excusez sije ne vous écris pas une plus longue lettre. Fran-chement, je suis fort abattu : je n’ai point d’appé-tit ; je traîne les jambes plutôt que je ne marche ;je noserois dormir , el je suis toujours accablé desommeil. Je me flatte pourtant encore de l’espé-rance que les eaux de Bourbon me guériront.M. AmioL est homme d’esprit, et me rassure fort.11 se fait une affaire très sérieuse de me guérir,aussi bien que les autres médecins. Je n'ai jamaisvu de gens si affectionnés à leurs malades, el jecrois qu’il n’y en a pas un d’entre eux qui nedonnât quelque chose de sa santé pour me rendrela mienne. Outre leur affection, il y va de leurintérêt, pareeque ma maladie fait grand bruitdans Bourbon. Cependant ils ne sont point d’ac-cord, et M. Bourdier lève toujours des yeux trèstristes au ciel quand on parle de bain. Quoi qu’ilen soit, je leur suis obligé de leurs soins et de leurbonne volonté ; et, quand vous m'écrirez., je vousprie de me dire quelque chose qui marque que jeparle bien d’eux.

M. de La Chapelle m’a écrit une lettre fort obli-geante, et m’envoie plusieurs inscriptions sur les-quelles il me prie de dire mon avis. Elles me pa-raissent toutes fort spirituelles ; mais je ne sauroispas lui mander pour cette fois ce que j’y trouve àredire; ce sera pour le premier ordinaire. M. Bour-sault ”, que je croyois mort, me vint voir il y acinq on six jours, et m’apparut le soir assez subi-tement; il me dit qu’il s'étoit détourné de troisgrandes lieues du chemin de Mont-Luçon , où ilallait et où il est habitué , pour avoir le bonheurde me saluer. Il me lit offre de toutes choses,d’argent, de commodités , de chevaux. Je lui ré-pondis avec les mêmes honnêtetés, et voulus leretenir pour le lendemain à dîner : mais il me ditqu’il étoit obligé de s’en aller dès le grand matin :ainsi nous nous séparâmes amis à outrance. Apropos d’amis, mes baisemains, je vous prie , àtous nos amis communs. Dites bien à M. Qui-naull” que je lui suis infiniment obligé de. sonsouvenir, el des choses obligeantes tfu’fTa écritesde moi à M. l’abbé de Sales. Vous pouvez l’assu-rer que je le compte présentement au rang demes meilleurs amis, et de ceux dont j’estime leplus le cœur et l’esprit. Ne vous étonnez pas sivous recevez quelquefois mes lettres un peu tard ,pareeque la poste n’est point à Bourbon, et quesouvent, faute de gens pour envoyer à Moulins,on perd un ordinaire. A11 nom de Dieu , mandez-moi, avant toutes choses, des nouvellesdc M. Iles-sein.