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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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LETTRES DE RACINE.

LETTRE XIV.

BOILEAU A RACISTE, A PARIS.

A Bourbon, le s 5 août 1687.

On me Tient avertir que la poste est de ce soirà Bourbon; c’est ce qui fait que je prends laplume à l'heure qu’il est, c’est à*dire à dix heu-res du soir, qui est une heure fort extraordinaireaux malades de Bourbon, pour vous dire que,malgré les tragiques remontrances de M. Bour-dier, je me suis mis aujourd’hui dans le demi-bain par le conseil de M. Arniot, et même deM. des Trapières que j’ai appelé au conseil. Je 11’yai été qu’une heure. Cependant j’en suis sortibeaucoup eu meilleur étal que je n’y étois entré ,c’est-à-dire la poitrine beaucoup plus dégagée,les jambes plus légères, l’esprit p lus gai ; et mêmemon laquais m’ayant demandé quelque chose, jelui ai répondu un non à pleine voix , qui l’a sur-pris lui-même, aussi bien qu’une servante quiétoil dans la chambre , et pour moi j'ai cru l’avoirprononcé par enchantement. Tl est vrai que jen’ai pu depuis rattraper ce ton-là : mais, commevous voyez monsieur, c’en est assez pour me re-mettre le cœur au ventre, puisque c’est unepreuve que ma voix n’est pas entièrement perdue,et que le bain m’est très bon. Je rn’en vais piquerde ce côté-là, et je tous manderai le succès. Je nesais pas pourquoi M. Fagoti a molli si aisémentsur les objections très superstitieuses de M. Bour-dier. Il y a tantôt six mois que je n’ai eu île véri-table joie que ce soir. Adieu, mon cher mon-sieur. Je dors en vous écrivant. Couservez-moivotre amitié, et croyez que , si je recouvre lavoix, je l’emploierai à publier à toute la terre lareconnoissanee que j’ai des bontés que vous avezpour moi , et qui ont encore accru de beaucoupla véritable estime et la sincère amitié que j’avoispour vous. J’ai été ravi, charmé, enchanté dusuccès du quinquina , et ce qu’il a fait sur notreami Ilcssein m’engage encore plus dans ses inté-rêts que la guérison de ma lièvre double-tierce.

LETTRE XV.

RACINE A BOILEAU, A BOURBON.

A Paris, ce 24 août 1687.

Je vous dirai, avant toutes choses , que M. Iles-sein , excepté quelque petit reste de foibiesse , estentièrement hors d'affaire, et ne prendra pins quehuit jours du quinquina , à moins qu’il n’enprenne pour son plaisir; car la chose devient à lamode, et on commencera bientôt, à la fm desrepas, à le servir comme le café et le chocolat.L’autre jour à Marly , Monseigneur, après un fortgrand déjeuner avec madame la princesse deComi • 3 et d’autres dames , en envoya quérir deuxbouteilles chez les apothicaires du roi, et en but

| le premier un grand verre; ce qui fut suivi parj toute la compagnie , qui, trois heures après , n’eni dîna que mieux. Il me semble même que celaleur avoit donné un plus grand air de gaieté cejour là, et, à ce même dîner, je contai au roivotre embarras entre vos deux médecins et la con-sultation très savante de M. Bourdier. Le roi eutla bonté de me demander ce qu’on vous répon-doit là-dessus, et s’il y avoit à délibérer. «Oh! pourmoi , »> s’écria naturellement madame la princessede Conti, qui ètoil à table à coté de sa majesté,« j’aimerois mieux ne parler de trente ans, quet d’exposer ainsi tua vie pour recouvrer la pa-« rôle. » Le roi, qui venoit de faire la guerre àMonseigneur sur sa débauche de quinquina, luidemanda s’il ne vondroit point aussi tâter deseaux de Bourbon. Vous ne sauriez croire com-bien cette maison de Marly est agréable : la coury est, ce me semble , toute autre qu'à Versailles;il y a peu de gens, et le roi uomme tous ceuxqui l’y doivent suivre. Ainsi tous ceux qui y sont,se trouvant fort honorés d’y être, y sont aussi defort bonne humeur. Le roi même y est fort libreet fort caressant.. On dirok qu’à Versailles il esttout entier aux affaires, et qu’à Marly il est tout àlui et à son plaisir. Tl m’a fait l’honneur plusieursfois de me parler, et j’en suis sorti à mon ordi-: naire, c’est-à-dire fort charmé de lui et an déses-

1 jioir contre moi ; car je ne me trouve jamais si peu; d’esprit que dans ces moments où j’aurois le plusd’envie d’en avoir.

Bu reste , je suis devenu riche de bons mé-moires. J'y ai entretenu lout à mon aise les gensqui pouvoienf me dire le plus de choses de Ucampagne de Lille. J’eus même l'honneur de de-mander cinq ou six éclaircissements à M. de Lou-vois , qui me parla avec beaucoup de bonté. Voussavez sa manière, et comme toutes ses parolessont pleines de droit sens et vont au fait. En unmut, j’en sortis très savant et très content. Il medit que, tout autant de difficultés que nousau-rions , il nous écouleroil avec plaisir. Les ques-tions que je lui fis regardaient Churleroî et Bomii.J’élois en peine pourquoi on alla d’abord à Char-leroi, et si on avoit déjà nouvelle «pic les Espagnolsl’eussent rasé ; car , en voulant écrire, je me suistrouvé arrêté tout-à-conp , et par cette difficulté ,et par beaucoup d’uuires que je vous dirai. Vousne me trouverez peut-être , à cause de cela , guèreplus avancé que vous, c’est-à-dire beaucoup d’i-dées et peu d’écrilure. Franchement, je vous trouvefort à dire, et dans mon travail, et dans mesplaisirs. Une heure de conversation m’èloit d’ungrand secours pour l’up , et d’un grand accroisse-ment pour les autres.

Je viens de recevoir une lettre de vous. Je nedoutepas que vous n’ayez présentement reçu celleoù je vous mandois l’avis de M. Fagon, et queM. Bourdier n’ait reçu des nouvelles de M. Fagonmême, qui ne servivonl pas peu à le confirmerdans son avis. Tout ce que vous m’écrivez de vo-tre peu d’appétit et do votre abattement est trèsconsidérable ,*el marque toujours de plus eu plusque les eaux ne vous conviennent point. M. Fa-gon ne manquera pas de me répéter encore qu'il