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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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TROISIEME RECUEIL. 6i5

les faut quitter , et les quitte»- au plus -vite; eaï,je vous l’ai mandé, il prétend que leur effet na-turel est d’oilvrir l’appétit et de rendre les forces;quand elles font le contraire, il y fauL renoncer.Je ne doute donc pas que vous nn vous remettiezbientôt en chemin pour revenir. Je suis persuadé,comme vous, que la joie de revoir un prince quitémoigne tant de bonté pour vous, vous fera plusde bien que tous les remèdes- M. Roze m’avoitdéjà dit de vous mander de sa part, rju’aprcsDieu, le roi étoit le plus grand médecin du monde:et je fus même fort ediüé que M- Roze voulût bienmettre Dieu avant le roi- Je commence à soup-çonner qu’il pourroit bien être en effet dans ladévotion. 51 . Nicole a donné depuis deux jours aupublic deux tomes de Réflexions sur les epîlres etsur les évangiles i0 , qui me semblent encore plusforts et plus édifiants que tout ce qu'il a fait. Je nevous les envoie pas, pareeque j’espère que vousserez bientôt de retour , et vous les trouverez in-failliblement chez vous. Il n’a encore travaillé quesur la moitié des èpîtres et des évangiles de l'an-née ; f espère qu’il achèvera le reste , pourvu qu’ilplaise à Dieu et au R. P. de La Chaise de lui lais-ser encore un an de vie.

Il n’y a point de nouvelles de Hongrie quecelles qui sont dans la (Jazelte. M. de Lorraine, eupassant la Drave, a fait, ce me semble, une en-treprise de fort grand éclat, et fort inutile. Cetteexpédition a bien l’air de celle qu’on fit pour se-courir Philisbourg. Il a trouvé au-delà de la ri-vière tm bois, et au-delà de ce bois les ennemisretranchés jusqu’aux dents sl . M. de Termes estdu nombre de ceux que je tous ai mandé quiavoient l’estomac farci de quinquina. Croyez-vousque le quinquina, qui vous a sauvé la vie, nevous rendroit point la voix? IL devroit du moinsvous être plus favorable qu’à un autre, vous quivous clés enroué tant de fois à le louer. Les comé-diens , qui tous fout si peu de pitié, sont pour-tant toujours sur le pavé , et je crains, commevous . qu’ils ne soient obligés de s’aller établir au-près des vignes de feu M- votre père * 2 . Ce seroitun digne théâtre pour les Œuvres de M. Pradon :jallois ajouter de M. Boursauit, mais je suis troptouché des honnêtetés que vous avez tout nouvel-lement reçues de lui. Je ferai tantôt à M. Quinaultcelles que vous me mandez de lui faire. Il tnesemble que vous avancez furieusement dans lechemin de la perfection. Voilà bien des gens à quivous avez pardonné.

Ou m’a dit . chez madame Manchon , queM. Marchand partoit lundi prochaio pour Bour-bon. Ilui! vercor ne quid Jndria apportet ntali 83 !Franchement j’appréhende un peu qu’il ne vousretienne. Il aime fort son plaisir. Cependant jesuis assuré que 51 . Bourdier même vous dira devous en aller. Le bien que les eaux vous pour-roienL faire est peut-être fait: elles auront nusvotre poitrine en hor» train. Les remèdes ne fontpas toujours sur-le-champ leur plein effet , etmille gens qui étoient allés à Bourbon pour desfoiblessea de jambes , n'ont recommencé à bienmarcher que iorsqu’ilsont été de retour chez eux.Adieu , mon cher monsieur. Vous me demandez

pardon de m’avoirécrtit une lettre trop courte,et vous avez raison de le demander; et moi jevous le demande d’en avoir écrit une trop longue ,et j’ai peut-être aussi raison.

LETTRE XYI.

BOILEAU A RACINE, A PARIS.

ABourbon , le 28 août 1687.

Je ne m’étonne point, monsieur, que madamela princesse de Conti soit dans le sentiment oùelle est." Quand elle auroit perdu la voix, il luiresteront encore un million de charmes pour seconsoler de cette perte, et elle seroû encore laplus parfaite chose que la nature ait produite de-puis long-temps. II n’en est pas ainsi d’un misé-rable qui a besoin de sa voix pour être souffertdes hommes , et qui a quelquefois à disputercontre M- Charpentier. Quand ce ne seroit quecette dernière raison, il doit risquer quelque chose,et la vie n’est pas d’un si grand prix qu’il ne lapuisse hasarder pour se mettre en état d’interrom-pre un tel parleur. J’ai donc tenté l’aventure dudemi-hain avec toute l’audace imaginable, mesvalets faisant lire leur frayeur sur leur visage , etM. Bourdier s’étant retiré pour n’êtrc point témoind’une entreprise si téméraire. A vous dire vrai ,cette aventure a été un peu semblable à celle desMaillotins dans Don Quixotte ; je veux dire qu’a-près bien des alarmes, il s'est trouvé qu’il n’y avoitqu’à rire , puisque non seulement le bain ne m’apoint augmenté la fluxion sur la poitrine , maisqu’il me l’a même fort soulagée , et que, s’il 11cm’a pas rendu la voix, il m’a du moins en par-tie rendu lu santé. Je ne l’ai encore essayé quequatre fois , et M. A mi ut prétend le pousser jus-qu’à dix. Après quoi , si la voix ne me revient, ilm’assure qu’ il uie donnera mon congé. Je conçoisun fort grand plaisir à vous revoir et à vous em-brasser; mais vous ne sauriez croire pourtant toutce qui se présente d’affreux à mon esprit quand jesonge qu'il rue faudra peut-être repasser muet parces mêmes hôtelleries, et revenir sans voix dansces mêmes lieux où l’on m’avoit tant de lois as-suré que les eaux de Bourbon me guériroinnt in-failliblement. Il n’y a que Dieu et vos consolationsqui me puissent soutenir dans une si juste occa-sion de désespoir.

J’ai été fort frappé de l'agréable débauche deMonseigneur chez madame la princesse de Conti.Mais 11e songe-t-il point à l'insulte qu’il a faite parlà à tous ccs messieurs de la faculté? Passe pouravaler le quinquina sans avoir la lièvre: mais dele prendre sans s’être préalablement fait saigner etpurger , c’est une chose qui crie vengeance . et ily a une espèce d’effronterie à ne se point tramermal après un tel attentat contre toutes les règlesde la médecine. Si Monseigneur et toute sa com-pagnie avoient , avanttout, pris une dose de sénédans quelque sirop convenable , cela lui aurait à lavérité coulé quelques tranchées, et Fanroit mis ,lui et tous les autres , Lors d’état de dîner ; mais

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