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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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OiG LETTRES DE RACINE.

il y auroit eu au moins quelques formes gardées ,et M. Bachot s ’ auroit trouvé le trait galant, aulieu que, de la manière dont la chose s’est faite ,cela ne sauroit jamais Cire approuvé que desgensde cour et du monde , et non point des véritablesdisciples d’Hippocrate, gens à barbe vénérable, etqui ne verront point assurément ce qu’il peut yavoir eu de plais un t à tout cela.Que si personne n’ena été malade , ils vous répondront qu’il y a eu dusortilège. El en effet, monsieur, de la manière dontvous me dépeignez ifarly, c’est un véritable lieud’enchantement. Je nu doute point que les fées n’yhabitent. En un mot , tout ce qui s’y dit et ce quis’y fait me paroîl enchanté; mais surtout les dis-cours du maître du château ont quelque chose defort ensorcelant, et ont un charme qui se lait sentirjusqu’à Bourbon. De quelque pitoyable manièreque vous m'ayez conté la disgrâce des comédiens ,je n’ai pu m'empêcher d’en rire. Mais, dilcs-niui ,monsieur , supposé qu’ils aillent habiter où je vousai dit, croyez-vous qu’ils boivent du vin du cru ?Ce ne seroit pas une mauvaise pénitence à propo-ser à M. de Champmeslc Ba , pour tant de bou-teilles de vin de Champagne qu’il a bues , voussavez aux dépens de qui. Vous avez raison de direqu’ils auront là un merveilleux théâtre pour jouerles pièces de M. Pradon ; et d’ailleurs ils y aurontune commodité, c’est que, quand le souffleuraura oublié d’apporter la copie de ses ouvrages, ilen retrouvera infailliblement une bonne partiedans les précieux dépôts qu’ou apporte tous lesmalins en cet endroit. M. Fagon n’a point écrit à31. Bourdier. Faites bien des compliments pourmoi à 31. ï\oze. Les gens de son tempérament sontde fort dangereux ennemis ; mais il n’y a pointaussi de plus chauds amis, et je sais qu’il a del’ainitié pour moi. Je vous félicite des conversa-tions fructueuses que vous avez eues avec 3Î. deLouvois , d’autant plus que j’aurai pari à votre ré-colte. Ne craignez point que 31. Marchand m’ar-rête à Bourbon. Quelque amitié que j’aie pour lui,il n’enire point en balance avec vous, et l’An-drienne 815 n’apportera aucun mal. Je meurs d’en-vie de voir les Réflexions de 31. Nicole , et jem’imagine que c’cst Dieu qui me prépare ce livreà Paris pour me consoler de mon infortune. J’aifort ri de la raillerie que vous me faites sur lesgens à qui j’ai pardonné : cependant savez-vousbien qu’il y a à cela plus de mérite que vous necroyez , si le proverbe italien est véritable, que chioffendc non perilono ?

L’action de 31. de Lorraine ne me paroît pointsi inutile qu’on se veut imaginer , puisque rien nepeut mieux confirmer l’assurance de ses troupes ,que de voir que les Turcs n’ont osé sortir de leursretranchements, ni même donnersur son arrière-garde dans sa retraite : et il faut eu effet que cesoient de grands coquins pour l’avoir ainsi laissérepasser la Drave. Croyez-moi , ils seront battus ,et la retraite de M. de Lorraine a plus de rapportà la retraite de César quand il décampa devantpompée, qu’à l’affaire de Philisbourg. Quand vousverrez 31. llessein , faites le ressouvenir que noussommes frères en quinquina, puisqu’il nous asauvé la vie à l’un et à l’autre. Vous pensez vous

moquer ; mais je ne sais pas si je n’en essaieraipoint pour le recouvrement de ma voix, .\dieu ,mon cher monsieur. Aimcz-moi toujours, et croyezqu’il n’y a rien au monde que j’aime pins que vous.Je ne sais où vous vous êtes mis en tête que vousm’aviez écrit une longue lettre , car je n’en ai ja-mais trouvé une si courte.

LETTRE XVII.

BOILEAU A RACINE» A TARIS.

A Bourbon , le a septembre 1687 .

Ne vous étonnez pas , monsieur, si vous ne re-cevez pas les réponses à vos lettres aussi prompte-ment que peut-être vous souhaitez, pareeque laposte est fort irrégulière kBourbon , et qu’on nesait pas trop bien quand il faut écrire. Je com-mence à songer à ma retraite. Voilà tantôt ladixième fois que je me baigne, et, à ne vous rienceler, ma voix est tout au même état que quandje suis arrivé. Le monosyllabe que j’ai prononcén’a été qu’un effet de ces petits tons que vous savezqui m’échappent quelquefois quand j’ai beaucoupparlé , et mes valets ont été un peu trop promptsà crier miracle. J,a vérité est pourtant que le bainm’a renforcé les jambes cl fortifié la poitrine ; maispour ma voix, ni le bain ni la bnbscm des eauxne m’ont de rien servi. II faut donc s’en aller deBourbon aussi muet que j’y suis arrivé. Je ne sau-rais vous dire quand je partirai : je prendrai brus-quement mon parti , cl Dieu veuille que. le déplai-sir ne me tue pas en chemin. Tout ce que je vouspuis dire, c’est que jamais exilé u’a quitté son paysavec tant d’affliction que je retournerai au mien.Je vous dirai encore plus, c’est que, sans votreconsidération , je ne crois pas que j’eusse jamaisrevu Paris, où je ne conçois aucun autre plaisirque celui de vous revoir. Je suis bien fâché de lajuste inquiétude que vous donne la lièvre de31. votre, jeune fils* 7 . J’espère que cela ne serarien. 3Iaissi quelque chose me fait craindre pourlui , c’est le nombre des bonnes qualités qu’il a,puisque je n’ai jamais vu d’enfant de son âge siaccompli en toutes choses. 31. Marchand est arrivéici samedi. J’ai été fort aise de le voir ; mais je netarderai guère aie quitter. Nous faisons notre mé-nage ensemble ; il est toujours aussi bon et aussiméchant homme que jamais. J’ai su par lui toutce qu’il y a de mal à Bourbon, dont je ne savoispas un mut à son arrivée. Votre relation de l’affairede lïottgrie m’a fait un très «rarnl plaisir , et m’afait comprendre en très peu de mots ce que lesplus longues relations ne m’auroîent peut-être pasappris. Je l’ai débitée à tout Bourbon , où il n’y«voit qu’une relation d’un commis de 31. Jacques 8 *,où, après avoir parlé du graml-visir, on ajoutoitentre autres choses, que ledit visir voulant réparerle grief qui lui droit été fait, etc. Tout U* reste éloitde ce style. Adieu , mon cher monsieur. Aimez-moi toujours, et croyez que vous seul ôtes maconsolation.

Je vous écrirai en partant de Bourbon, et vousaurez de mes nouvelles en chemin. Je ne sais pas