TROISIÈME
trop le parti que je prendrai à Paris. Tous meslivres sont à Auleuil, où je tic puis plus désormaisaller les hivers. J’ai résolu de prendre un logementpour moi seul. Je suis las franchement d’entendrele tiulamaiTC des nourrices et des servantes. Jen’ai qu’une chambre et point de menhles au cloî-tre * 9 . Tout ceci soit dit entre nous ; mais cepen-dant je vous prie de me mander votre avis. IN’ayantpoint de voix , il me faut du moins de la tranquil-lité. Je suis las de me sacriûer au plaisir et à lacommodité d’autrui. Il n’est pas vrai que je ne: puisse bien vivre et tenir seul mon ménage -, ceux
qui le creinnt se trompent grossièrement. D’ail-i leurs, je prétends désormais mener un genre devie dont tout le monde ne s’accommodera pas.
! J’avois pris desmesures que j’aurois exécutées, sij ma voix ne s’éloit point éteinte. Dieu ne. l’a pas
i voulu. J’ai honte de moi-même, et je rougis des
j larmes que je répands eu vous écrivant ces der-niers mots.
LETTRE XVIII.
RACINE A BOILEAU, A BOURBON.
A Paris, ce 5 septembre 1687.
J’avois destiné celle après-dînée à vous écrirefort au long; mais
Un cousin , abusant d’tm fâcheux parentage 90 ,
est venu malheureusement me voir, et il ne faitque de sortir de cher. moi. Je ne vous écris doncque pour vous dire que je reçus avant-hier unelettre de vous. Le 1 *. Bouhours et le P. Rapin 51étoienl dans mon cabinet quand je la reçus. Jeleur rn lis la lecture en la décachetant. et je leurfis un fort grand plaisir. Je regardois pourtant deloin , à mesure que je la lisois , s’il n’y avoit riendedans qui fût trop jansènislfe. Je vis vers la fin lenom de M. Nicole , et je sautai bravement, ou ,pour mieux dire , lâchement par-dessus. Je n’osoism’exposer à troubler la grande joie et même leséclats de rire que leur causèrent plusieurs chosesfort plaisantes que vous me mandiez^Nous aurionsété tous trois les plus contents du monde si nouseussions trouvé à la fin de votre lettre que vousparliez à votre ordinaire , comine nous trouvionsque vous écriviez avec le même esprit que vousavez toujours eu. Ils sont, je vous assure, tousdeux fort de vos amis, et même de fort bonnesgens. Nous avions été le matin entendre le P. deViUiers s2 , qui Caisoit l’oraison funèbre de M. lePrince , grand père de M. le Prince d’aujourd'hui.
Il y a joint les louanges du dernier mort, et ils’est enfoncé jusqu’au cou dans le combat do saintAntoine, Dieu sait combien judicieusement. Envérité il a beaucoup d’esprit ; mais il aurnit bienbesoin de se laisserconduire. J’annonçai au P. hou-. hours un nouveau livre, qui excita fort sa curiosité.
Ce sont les Remarques de JL de Vaugelas, avec Usnotes de Thomas Corneille 0 *. Cela est ainsi affichédans Paris depuis quatre jours. Auriez-vous jamaiscru voir ensemble M. de "Vaugelas et M. de Cor-neille le jeune donnant des règles sur la langue ?
, J’eusse bien voulu vous pouvoir mander que
RECUEIL. 617
M. de I.onvois est guéri, en vous mandant qu’il aété malade; mais ma femme, qui revient de voirmadame de La Chapelle 94 , m’apprend qu'il aencore de la lièvre. Elle éloit d’abord commecontinue, et même assez grande : elle u’est pré-sentement qu’intermittente; et c’est encore unedes obligations que nous avons au quinquina.J’espére que je vous manderai lundi qu’il est ab-solument guéri. Outre l'intérêt du roi et celui dupublic, nous avons, vous et moi , un intérêt 1resparticulier à lui souhaiter une longue santé. Oune peut pas nous témoigner plus de bonté qu’ilnous en témoigne, et vous ne sauriez croire avecquelle amitié il m’a toujours demandé de vosnouvelles. Bonsoir, mon cher monsieur. Je saluede tout mon cœur M. Marchand. Je vous écriraipins au long lundi. Mon fils est guéri.
LETTRE XIX.
BOILEAU A RACINE, AU CAMP DE MONS.
Paris, le 2 5 mars
Je nevoyois proprement que vous pendant quevous étiez à Paris, et depuis que vous n’y êtes plus,je 11e vois plus pour ainsi dire personne. N’attendezdonc pas que je vous rende nouvelles pour nou-velles, puisque je n’en sais aucune. D’ailleurs, Hn’est guère fait mention à Paris présentement quedu siège de lions , dont je ne crois pas vous devoirinstruire. Les particularités que vous m’eu avezmandées m’ont fait un fort grand plaisir. Je vousavoue pourtant que je ne saurois digérer que le rois’expose comme il fait. C’est une mauvaise habi-tude qu’il a prise , dont il devroit se guérir, et celane s’accorde pas avec celte haute prudence qti’illait paroîlrc dans toutes ses autres actions. Est-ilpossible qu’un prince qui prend si bien scs me-sures pour assiéger lions, en prenne si peu pourla conservation de sa propre personne? Je saisbien qu’il a pour lui l’exemple des Alexandre etdes César, qui s’exposoient de la sorte; maisavoient-ils raison de le faire? Je doute qu'il ait lucc vers d’Horace :
Decipit exemplar viliis imitabile 9S .
Je suis ravi d’apprendre que vous êtes dans uncouvent, en même cellule que M. de Cavoie 8S ;car bien que te logement soit un peu étroit, jem’imagine qu’on n’y garde pas trop étroitementles règles , et qu’on n’y fait pas la lecture pendantle dîner, si ce n’est peut-être de lettres pareilles àla mienne. Je vous dis bien en partant que je nevous plaignois plus, puisque vous faisiez le voyageavec un homme tel que lui, auprès duquel ontrouve toutes sortes de commodités, et dont lacompagnie pourroit consoler de toutes sortes d’in-commodités. El puis je vois bien qu’à l’heure qu'ilest vous êtes un soldat parfaitement aguerri contreles périls et contre la fatigue. Je vois bien , dis-je,que vous allez recouvrer votre honneur à Mons,et que toutes les mauvaises plaisanteries du voyagede Gand 97 ne tomberont plus que sur moi. M. deCavoie a déjà assez bien commencé à tu’y pré-