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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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LETTRES DE RACINE.

61S

parer. Dieu veuille seulement que je les puisseentendre, du hasard même d’y mal répondre.Mais, à ne vous rien celer, non seulement monmal ne Cnil point, mais je doute meme qu'il gué-risse. En récompense, me voilà fort bien guérid’ambiljon et de vanité; et, en vérité, je ne saissi celle guérison-là ne vaut pas bien l'autre , puis-qu’à mesure que les honneurs et les biens mefuient, il me semble que la tranquillité me vient.

J'ai été une fois à notre assemblée 94 depuisvotre départ. M. de La Chapelle ne manqua pas,comme vous vous le figurez Lieu. de proposerd’abord une médaille sur le siège de Mons,etj’en imaginai une sur.( l,e reste manque").

LETTRE XX.

RAULNE A BOILEAU, A PARIS.

Du camp devant Mous, le 3 avril 1691.

On nous avoit trop tôt mandé la prise de i’ou-yrage à cornes; il 11e fut attaqué pour la premièrefois qn’avant-hier, encore fut-il abandonné unmoment après par les grenadiers du régiment desgardes, qui s’épouvantèrent mal à propos, et queleur» officiers ne purent retenir même en leurprésentant l'épée nue , comme pour les percer.Le lendemain , qui étoit hier, sur les neuf heuresdu matin, on recommença une autre attaqueavec beaucoup plus de précaution que la précé-dente. Ou choisit pour cela huit compagnies degrenadiers, tant du régiment du roi que d’autresrégiments , qui tous méprisent fort les soHats desgardes qu’ils appellent des Pierrots. On comman-da aussi cent cinquante mousquetaires des deuxcompagnies pour soutenir les grenadiers. L’at-laque se fil avec une vigueur extraordinaire, etdura trois bons quarts d'heure ; car les ennemisse défendirent en fort braves gens, CL quelquesuns d'entre eux se colletèrent môme avec quel-ques uns de nos officiers. Mais comment auraient-ilg pu faire? Pendant qu’ils étoient aux mains,tout notre canon tiroil, sans discontinuer, surles deux demi-ljunes qui dévoient les couvrir, etd’où, malgré cette tempête de canons, on ne laissapourtant pas de faire un feu épouvantable. Nosbombes tomboient aussi à tous moments surces demi-lunes, et seinbloient les renverser sensdessus dessous. Enfin, nos gens demeurèrent lesmaîtres, et s’établirent de manière qu’nn n'a pasmême osé depuis les inquiéter. Nous y avons bienperdu deux cents hommes, entre autres huit 011dix mousquetaires , du nombre desquels étoit lefils de M. le prince de Courtenay 100 , qui a ététrouvé mort dans la palissade de la demi-lune-car quelques mousquetaires poussèrent jusquedans cette demi-lune , malgré la défense expressede M. de Vauban et de M. de Maupertuis 101 ,croyant faire sans doute la même chose qu’à Va-lenciennes. Ils furent obligés de revenir fort vilesur leurs pas, et c’est là que la plupart fuienttués ou blessés. Les grenadiers, à ce que ditjl. deMaupertuis lui-même, ont été aussi braves queles mousquetaires. De huit capitaines, il y en a

eu sept tués ou blessés. J’ai retenu cinq ou sixaidions ou paroles de simples grenadiers, dignesd’avoir place dans l’histoire , et je vous les diraiquand nous nous reverrons. M.de Cbâteau-ViiJaiu,fils de M. le grand-trésorier de Pologne 102 , étoit àtout, et est un des hommes de l’armée le plus es-timé. La Chesmiyc^ 05 a aussi fort bien fait. Jevousles nomme tous deux, pareeque vous les con-noissez particulièrement. Mais je ne vous puis direassez de bien du premier, qui joint beaucoupdesprit à une fort grande valeur. Je voyois toutel’attaque fort à mon aise, d’un peu loin à la vérité:mais j’avoîs de fort bonnes lunettes que je 11e pou-vons presque tenir fermes, tant le cœur me battaità voir tant de braves gens dan» le péril. On fit unesuspension pour retirer les morts de part et d'au-tre. On trouva de nos mousquetaires morts dans lechemin couvert de la demi-lune. Deux mousqu e-taires blessés s'étaient couchés parmi ces morts depeur d’être achevés; ils se levèrent tout-ù-coupsur leurs pieds, pour s’en revenir avec les mortsqu’on remportent ; mais les ennemis prétendirentqu’ayant été trouvés sur leur terrain , ils dévoientdemeurer prisonnier». Notre otlicier ne put pas endisconvenir ; mais il voulut au moins donner del’argent aux Espagnols, afin de faire traiter cesdeux mousquetaires. Les Espagnols répondirent :« Ils seront mieux traités parmi nous que parmi« vous, et nous avons de l’argent plus qu’il n'en«faut pour nous et pour eux. » Le gouverneurfut un peu plu» incivil; car M- de Luxembourglui ayant envoyé une lettre, par un tambour . pours’informer si le chevalier d'Estrade» 101 , qui s’esttrouvé perdu, n’étoit point du nombre des pri-sonniers qui ont été faits dans ces deux actions,le gouverneur ne voulut ni lire la lettre ni Toir letambour.

On a pris aujourd’hui deux manières de paysans,qui étoient sortis de la ville avec des lettres pourM. de Castanaga 1C3 . Ces lettre» portaient que laplace ne pouvoit plu» tenir que cinq ou six jours.En récompense , comme le roi cegardoil de latranchée tirer nos batteries celte après-dînée , unhomme , qui apparemment étoit quelque officierennemi déguisé en soldat avec un simple habitgris, est sorti, à la vue du roi, de notre tranchée,et. traversant jusqu’à une demi-lune des ennemis,s’est jeté dedans , et on a vu deux des ennemis ve-nir au-devant de lui pour le recevoir. J’étuis aussidans la tranchée dan» ce temps-là, et je l'ai con-duit de l’œil jusque dans la demi-lune. Tout lemonde a été surpris au dernier point de son im-pudence; mais vraisemblablement il n’empêcherapas la place d'être prise dans cinq ou six jours.Toute la demi-lune est presque chaulée, et lesremparts de ce côté là ne tiennent plus à rien. On11’a jamais vu un tel feu d’artillerie. Quoique jevous dise que j’ai été dans la tranchée, n’allezpas croire que j’aie été dans aucun péril: les en.itérais ne tiroient plus de ce côtè-ià , et uousétions tous, ou appuyé» sur le parapet, ou de-bout sur le revers de la tranchée. Mais j’ai courud’autres périls, que je vous conterai en riantquand nous serons de retour. Je suis comme vous,tout console de la réception de Pontenelle 10 °.