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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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TROISIÈME RECUEIL. 6s3

se loger, pour éviter la confusion ; cl la chose i

réussit à merveille. Les ennemis ne soutinrent !

point, et n’attendirent pas même nos gens. Ilss’enfuirent après qu’ils eurent fait une seule dé-charge, et ne tirèrent plus que de leurs ouvragesà cornes. On en tua bien quatre ou cinq cents,entre autres un capitaine espagnol, fils d’un grandd’Espagne , qu’on nomme le comte de Lemos. Ce-lui qui le tua étoil un des grenadiers à cheval,Dommé Sürts-ihjùorr. Voilà un vrai nom de grena-dier. L’Espagnol lui demanda quartier,et lui pro-mit cent pistolcs, lui montrant même sa bourseoù il y en «voit trente-cinq. Le grenadier, qui ve-noit de voir tuer le lieutenant de sa compagnie ,qui étoit un fort brave homme 124 , ne voulut pointfaire de quartier, et tua son Espagnol. Les enne-mis envoyèrent demander le corps, qui leur fût jrendu , et le grenadier Sans-liaison rendit aussi lestrente-cinq pistoles qu’il avoil prises au mort, en idisant : « Tenez, voilà son argent, dont ]e ne veux« point ; les grenadiers ne mettent la main sur les ;« gens que pour les tuer. » Vous ne trouverez pointpeut-être ces détails dans les relations que vouslirez, et je m’assure que vous les aimerez bienautant qu’une supputation exacte du nom des ba-taillons et de chaque compagnie des gens détachés;ce que M. l’abbé de Dangeau 123 ne manqueront ipas de rechercher très curieusement. j

ïe vous ai parlé du lieutenant de la compagniedes grenadiers qui fut tué, et dont Sans-Ruistmvengea la mort. Vous ne serez peu t-être pas fâchéde savoir qu’on lui trouva un cilice sur le corps.

II étoit d’une piété singulière, et avoit même faitses dévotions le jour d’auparavant. Respecté detoute l’armée pour sa valeur, accompagnée d’unedouceur et d’une sagesse merveilleuse, le roi lVs-îimoit beaucoup, et a dit, après sa mort, quec’étoit un homme qui pouvoit prétendre à tout. Ils’appeloil Roqueverl 12s . Croyez-vous que frère jRoquevertne valoit pas bien frère Muce 12 ’. El si .M. de La Trape l’avoit connu , auroitil mis, dans j

la vie de frère Muce, que les grenadiers font pro- j

fessinn d’être les plus grands scélérats du monde? iEflectivement, on dit que dans cette compagnie iil y a des gens fort réglés. Pour moi , je n’entendsguère de messe dans le camp , qui ne soit serviepar quelque mousquetaire, et où il n’y en aitquelqu’un qui communie, et cela de la manièredu monde la plus édifiante.

Je ne vous dis rien de la quantité de gens quireçurent des coups de mousquet ou des contusionstout auprès du roi. Tout le monde Je sait, et jecrois que tout le monde en frémit. RI. le Duc 12Îétoit lieutenant-général de jour, et y lit à la Condé,c’est tout dire. M. le Prince, dès qu’il vit quel’action alloit commencer, ce put s’empêcher decourir à la tranchée, et de se mettre à la iête detoul. En voilà bien assez pour un jour.

Je ne puis pourtant finir saDS vous dire un motde M. de Luxembourg ; il est toujours vis-à-vis desennemis, la Méhaigne entre deux , qu’on ne croitpas qu’ils osent passer. On lui amena avant-hierun officier espagnol qu’un de nos partis avoit pris,et qui s'étoit fort bien battu. M. de Luxembourg,lui trouvai de l'esprit, lui dit : « Vous autres

« Espagnols, je sais que vous faites la guerre en

• honnêtes gens, et je la veux faire avec vous de« même. « Ensuite il le fit dîner avec lui, puis luifil voir toute son armée. Après quoi il le congédiaen lui disant : « Je vous rends votre liberté ; allez

• trouver M. le prince d’Orange, et dites lui ce« que vous avez ru. » On a su aussi par un renduqu’un de nos soldats s’étant allé rendre aux enne-mis , le prince d'Orange lui demanda pourquoiil avoit quitté l’armée de RI. de Luxembourg :

• C’csi, dit le soldat, qu’on y meurt de faim;

• mais avec tout cela ne passez pas la rivière, car« assurément ils vous bâtiront. >

Le roi envoya hier six mille sacs d’avoine etcinq cents bœufs à l’armée de M. de Luxembourg,et quoi qu’ait dit le déserteu r, je vous puis assurerqu'on y est fort gai, et qu’il s’en faut bien qu’on ymeme de faim. Le général a été trois j oui-s sansmonter à cheval, passant le jour à jouer dans satente.

Le roi a eu nouvelle aujourd'hui que le baronde Set-clas -122 , avec cinq ou six mille chevaux de1 armée du prince d’Orange, avoit passé la Meuseàlluy, comme pour venir inquiéter le quartierde RI. de Boufflers. Le roi prend ses mesures pourle bien recevoir.

Adieu, monsieur. Je vous manderai une autrefois des nouvelles de la vie que je mène, puisquevous en voulez savoir. Faîtes, je vous prie, partde cette lettre à RI. de La Chapelle, si vous trou-vez qu’elle en vaille la peine. Vous me ferez mêmebeaucoup de plaisir de l’envoyer à ma femmequand vous l’aurez lue: car je n’.ii pas le tempsde lui écrire, et cela pourrais réjouir elle et monfils.

On est fort content de M- de Bonrepaux 1,0 . J’aiécrit à RT. de Ponlrharlraiu lu fils par le conseilde M. de La Chapelle. Une page de complimentsm’a plus coûté cinq cents fois que les huit pagesque je vous viens d'écrire. Adieu, monsieur. Jevous envie bien votre beau temps d’Auteuil; caril fait ici le plus horrible temps du monde.

Je vous ai vu rire assez volontiers de ce que levin fait qu^quefois faire aux ivrognes. Hier unboulet de canon emporta la tête d’un de nos Suissesdans la tranchée. Un autre Suisse son camarade ,qui étoit auprès, se mit à rire de toute sa force, endisant : i Ho ! ho! cela est plaisant ; il reviendra« sans tête dans le camp. »

On a fait aujourd'hui trente prisonniers de l’ar-mée du prince d’Orange , et ils ont été pris parun parti de RI. de Luxembourg. Voici la disposi-tion de l’année des ennemis. RI. de Bavière à ladroite avec des Brandebourgs et autres Allemands ;M. de Valdeck est au corps de bataille avec lesHollandois, et le prince d’Orange, avec les An-giois , est à la gauche.

J'oubiiois de vous dire que , quand RI. le comtede Toulouse reçut son coup de mousquet, on en-tendit le bruit de la balle, et le roi demanda siquelqu’un étoit blessé. « Il me semble, dit en< souriant le jeune prince, que quelque chose> m’a touché. > Cependant la contusion étoit assezgrosse, et j’ai vu la marque de la balle sur le ga-lon de la manche, qui étoit tout noirci, comme si

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