TROISIEME RECUEIL. 633
éloit resté plusieurs oflîcievs eunciuis blessés, jentre autres le comte de Spltns 185 , général de il'infanterie , qui s’est fait couper ia jambe. M. de iLuxembourg, au lieu de les faire transporter en |cet état, s’est contenté de leur parole, et leur !a fait olfn'r toutes sortes de rafraîchissements.
« Quelle nation est la vôtre J s’écria le comte de ih Solnis' 88 en parlant au chevalier du Rozel ; vousk vous battez comme des lions, et vous traitez lesK vaincus comme s’ils étoieni vos meilleurs amis. »
Les ennemis nommencent à publier que la pou-dre leur manqua tout-à-coup , voulant par là ex-cuser leur défaite. Ils put tiré plus de neuf millecoups de canon, et nous quelque cinq ou sixraille.
Je fais mille, compliments à M. l’abbé llcnau-dot, et j'exciterai ce, matin M. de Croissy 187 àempêcher, s’il peut, le malheureux Mercure ga-lant 188 de défigurer notre victoire.
Il y avoit sept lieues du camp, dont M.de Luxem-bourg partit, jusqu’à Nerwinde. Les ennemisavoient cinquante cinq bataillons et cent soixanteescadrons.
LETTRE XLIII i8 9.
RACINE A BOILEAU.
1690.
Denys d’IIalicarnasse, pour montrer que labeauté du style consiste principalement dans l'ar-rangement des mots, cite un endroit de l’Odyssée ,où Ulysse et Elimée étant sur le point de se mettreà table pour déjeuner, Télémaque arrive tout-à-coup dans la maison d’Euruée. Les chiens, qui Jesentent approcher, n’aboient point, mais remuentla queue ; ce qui fait voir à Ulysse que c’est quel-qu’un de connoissance qui est sur le point d’en-trer. Denys dî|Ialicarnasse , ayant rapporté toutcet endroit, fait cette réflexion , qut ce n’est pointle choix des mots qui en fait l’agrément, la plu-part de ceux qui y sont employés étant, dit il,très vils et très bas, cjzÊA fio’Tût'ccûv zs xa t ta-TTEtVOTaTwv, mots qui sont tous les jours dansla bouche des moindres laboureurs et des moin-dres artisans , mais qu’ils ne laissent pas de char-mer par la manière dont le poète a eu soin de lesarranger. Enlisant cet endroit je me suissouvenuque , dans une de vos nouvelles remarques, vousavancez que jamais on n’a dit qu’IIomère ait em-ployé un seul mot bas.’C’est à vous de voir 6i celleremarque de Denys d’IIalicarnassen’est pointcon-trairc à la vôtre , et s’il n’est point à craindrequ’on*ne vienne yous chicaner là-dessus. Prenezla peine de lire toulé la réflexion de Denys d’IIa-licarnasse , qui ni’ a paru très belle et merveilleu-sement exprimée ; c’est dans son Traité Ilepî(jwOicrioiç voptaTtov 180 , à la troisième page.
J’ai fait réflexion aussi qu’au lieu de dire quele mot d’riau est en grec un mot très noble, vouspourriez vous contenter de dire que c’est un motquin’a rien de , et qui est comme celui de
cerf, de cheval, de brebis , etc. Ce très noble meparoît un peu trop fort.
Tout ce Irailè de Denys d'HuUcurnasse dont jeviens de vous parler, et que je relus hier lout en-tier avec cm grand plaisir , me fit souvenir de l’ex-trême impertinence de M - Perrault 10J , qui avanceque le tour des paroles ne fait rien pour l'élo-quence , et qu’on ne doit regarder qu’au sens ; etc’est pourquoi il prétend qu’ou peut mieux jugerd’un auteur par son traducteur, quelque mau-vais qu'il soit, que par la lecture de l’auteurmême. Je ne me souviens point que vous ayezrelevé cette extravagance , qui vous donnoit pour-tant beau jeu pour le tourner en ridicule.
Pour le mot de p.iaystJTat qui signifie qucl-quefois^oucfcer avec une femme ou avec un hom-me , et souvent converser simplement, voici desexemples tirés de l’Ecriture. Dieu dit à Jérusa-lem , dans Ezéchiel l9î : Congregabo tibi amatorcstuos cum^uibus commista es, etc.. S7T6puyyjç. Dansle prophète Daniel, les deux vieillards, racontantcomme ils ont surpris Susanuc en adultère, disent,parlant d’elle et du jeune homme qu’ils prclen-. dent qoi étoit avec elle : Fidimus eos pariter com-misceri 1S *. Ils disent aussi à Susanne : Assentirenobis, ef cümmiscsre «oètsi'un» 19 5 . Voilà conmhsceridans le premier eens. Voici des exemples du se-cond se,ns. Saint Paul dit aux Corinthiens : Ne com -misceamîni fornicariis y o’Wfxu/vo'at» «N’ayez pointde commerce aven les fornicateurs. » Et, expli-quant ce qu’il a voulu dire par là , il dit qu’il n’en-tend point parler des fornicateurs qui sont parmiles gentils ; autrement , ajoute t-il, il l'audroit re-noncer à vivre avec les hommes: mais quand jevous ai mandé de n’avoir point de commerce avecles fornicateurs, non commisceri , j’ai entendu par-ler de ceux qui se pnurroient trouver parmi lesfidèles, et non seulement avec les fornicateurs,mais encore avec les avares et les usurpateurs dubien d’autrui 1sis , etc. U en est de même du motcognoscere , qui se trouve dans ces deux sens enmille endroits de l’Écriture.
Encore un coup, je me passerons de la fausseérudition de Tussanus 197 , qui est trop claire-ment démentie par l’endroit des servantes de Pé-nélope. M. Perrault ne peut-il pas avoir quelqueami grec qui lui fournisse des mémoires ?
LETTRE XLIV.
RACINE A BOILEAU, A PARIS.
Fontainebleau , le 28 septembre 1G94..
Je suppose que vous êtes de retour de votrevoyage , afin que vous puissiez bientôt m’envoyervos avis sur un nouveau cantique 198 que j’ai faitdepuis que je suis ici, et que je ne crois pas quisoit suivi d’aucun autre. Ceux que Moreau 199 amis en musique ont extrêmement plu. Il est ici,elle roi doit les lui entendre chanter au premierjour. Prenez la peine de lire le cinquième 2UU cha-pitre de la Sagesse, d'où ces derniers vers sont ti-rés. Je ne les donnerai point qu’ils n’aient passépar vos mains; mais vous me ferez plaisir de mê-les renvoyer le plus tôt que vous pourrez. Je vou-