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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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LETTRES DE RACINE.

G 3/,

drois bien qu'on ne m’eût point engagé dans unembarras de cette nature : mais j’espère mVn tireren substituant à ma place ce M* Bardou 20' quetous avez vu à Paris.

Vous savez bien sans cloute qne les Allemandsont repassé le "KJiïn , et même avec quelque espècede honte. On dit qu’on leur a tué ou pris sept àhuit cents hommes, et qu’ils ont abandonné troispièces de canon.

Il est venu une lettre à Madame , par laquelleon lui mande que le Rhin s’étoil débordé tout-à-coup , et que près de quatre mille Allemands ontété noyés; niais, au moment que je vous écris ,le roi n’a point encore reçu de continuation decette nouvelle Jü:< .

On dit que milord Barclay est devant Calaispour le bombarder. M. le maréchal de Villeroi s’estjeté dedans. Voilà toutes les nouvelles de la guerre.Si vous voulez , je vous en dirai d’autres de moin-dre conséquence.

M. de Toureil 203 est venu ici présenter le dic-tionnaire de l’académie au roi et à la veine d’An-gleterre, à Monseigneur et aux ministres. Il upartout accompagné son présent d’un compliment,et on m’a assuré qu’il avoit très bien réussi par-tout. Pendant qu’on présentoit ainsi le dictionnairede l’académie, j’ai appris que Lters, libraired’Amsterdiirn, avoit aussi présenté au roi et auxministres une nouvelle édition du dictionnaire deFuretière, qui a été très bien reçne 204 ,C’est M. deCroissy et M. de Pomponne 204 qui ont présentéLéers au roi. Cela a paru un assez bizarre contre-temps pour le dicliounaire de l’aeadémie , qui mepanât n’avoir pas tant de partisans que l’autre.J’avois dit plusieurs fois à M. Thierry 205 , qu’ilauroil dû faire quelques pas pour ce dernier dic-tionnaire , et il ne lui auroit pas été difficile d’enavoir le privilège; peut-être même il ne le se roi l pasencore. Ne parlez qu’à lui seul de ce que je vousmande là-dessus. On commence à dire que levoyage de Fontainebleau pourra être abrégé dehuit ou dix jours , à cause que le roi y est fort in-commodé delà goutte. Il en est au lit depuis troisou quatre jours; il ne souffre pas pourtant beau-coup , Dieu merci, et il n’est arrêté au Ht que parla fniblesse qu’il a encore aux jambes.

Il me paroît, par les lettres de ma femme , quemon fils a grande envie île vous aller voir à Au-tcuil. J’en serai fort aise, pourvu qu’il ne vousembarrasse point du tout. Je prendrai en mêmetemps la liberté de vous prier de tout mon cœurde l’exhorter à travailler sérieusement, et à semettre en état de vivre en honnête homme. Je vou-drois bien qu’il n’eût pas l'esprit autant dissipéqu’il l’a , par l’envie démesurée qu’il témoigne, devoir des opéra et des comédies. Je prendrai là-des-sus vos avis quand j’aurai l’honneur de vous voir ,cl cependant je vous supplie de ne lui pas témoi-gner le mo:ns du monde que je vous aie fait au-cune mention de lui. Je voue demande pardon detoutes les peines que je vous donne, cl suis en-tièrement à vous.

LETTRE XLV.

RACINE A BOILEAU, A PARIS.

Fontainebleau, le 3 octobre 1694.

Je vous suis bien obligé de la promptitude aveclaquelle vous m’avez l'ait réponse. Comme je sup-pose que vousn’avez pas perdu les vers que je vousai envoyés , je vais vous dire mon sentiment survos difficultés, et en même temps vous dire plu-sieurs changements que j’avois déjà faits de moi-même : car vous savez qd’un homme qui composefait souvent son thème en plusieurs façons.'Quand, par une fin soudaine.

Détrompés d’une ombre vaineQui passe et ne revient plus...

J’ai choisi ce tour, pareequ’il est conforme autexte , qui parle de la tin imprévue des réprouvés,et je voudrois bien que cela fût bon, et que vouspussiez passer et approuver par une fin soudaine ,qui dit précisément la même chose. Voici commej’bvois mis d’abord :

Quand, déchus d’un Lieu frivole ,

Qui comme J’ombre s'envoleEt ne revient jamais plus...

Mais ce jamais me paroît un peu mis pour rem-plir le vers , au lieu que qui passe et ne revient plusme sembloit assez plein et assez vif. D’ailleurs,j’ai mis à la troisième stance, pour trouver un bienfragile, et c’est la même chose qu’un bien frivole.Ainsi lâchez de vous accoutumer à la premièremanière , ou trouvez quelque autre chose qui voussatisfasse. Dans la seconde stance,

Misérables que nous sommes,

Où s'égaraient nos esprits?

infortunés m’éloit venu le premier; mais le motde misérables, que j’ai employé dans Phèdre, àqui je l’ai mis dans la bouche, et que l’on a trouvéassez bien , m’a paru avoir de la force en le met-tant aussi dans la bouche des réprouvés, qui s’hu-milient et sc condamnent d’eux-mêmes. Pour lesecond vers j’avois mis :

Diront-ils avec des cris...

Mais j’ai cru qu’on pouvoit leur faire tenir tout cediscours sans mcllre diront-ils, et qu’il sulfisnitdemettre à la fin, ainsi d’une vois plaintive, et lereste, par où on fait entendre que tout ce quiprécède est le discours des réprouvés. Je croisqu’il y en a des exemples dans les odes d'Horace.El voilà que triomphants...

Je me suis laissé entraîner au texte : Ëcce quomodocomputati sunt inter filios Dei 207 ! El j’ai cru quece tour marquoit mieux la passion ; car j’auroispu mettre : Et maintenant triomphants, etc. Dansla troisième stance,

Qui nous montroit la carrièreDe la bienheureuse paix.

On dit la carrière de la gloire, la carrière del’honneur, c'est-à-dire , parou on court à la gloire,