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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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TROISIÈME RECUEIL.

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à l’honneur. Voyez si Ton ne pourroit pas dire demême la carrière de la bienheureuse paix. On ditmême la carrière de la vertu. Du reste, je ne de-vine pas comment je le pourrois mieux dire. Ilreste la quatrième stance. J’avois d’abord mis lemol de repentance; mais, outre qu’on ne diroitpas bien les remords de la repentance, au lieuqu’on dit les remords de la pénitence, ce mol depénitence, en le joignant avec tardive, est assezconsacré dans la langue de l’Écriture ; Sero pxni-tentiam agentes. On dit la pénitence d’Antiochus,pour dire une pénitence tardive et inutile. On ditaussi.dans ce sens, la pénitence des damnés. Pourîa lin de cette stance, je Pavois changée deuxheures après que ma lellre fut partie. Voici lastance entière :

Ainsi, d’une voix plaintive ,

Exprimera ses remordsLa pénitence tardiveDes inconsolables morts.

Ce qui faisoit leurs délices ,

Seigneur, fera leurs supplices ;

Et, par une égale loi,

Les saints trouveront des charmesDans le souvenir des larmesQu’ils versent ici pour toi.

Je vous conjure de m’envoyer votre sentimentsur tout ceci.

J’ai dit franchement que j’atlendois votre cri-tique avant que de donner mes vers au musicien ;et je l’ai dit à madame de Mainlenon, qui a prisde là occasion de me parler de vous avec beaucoupd'amitié.

Le roi a entendu chanter les deux autres canti-ques, et a été fort content de 31 . Moreau, à quinous espérons que cela pourra faire du bien.

Il n’y a rien ici de nouveau. Le roi a toujoursla goutte , et en est au lit. Une partie des princessont revenus de l’armée; les auffcs arriverontdemain ou après-demain.

Je vous félicite du beau temps que nous avonsici ; car je crois que vous l’avez aussi à Auteuil,et que vous en jouissez plus tranquillement quenous ne faisons ici. Je suis entièrement à vous.

La harangue de M. l’abbé Boileau u18 a été trou-vée très mauvaise en ce pays-ci. M. de Niert 209prétend que Kirbesource 210 en est mort de donleur. Je ne sais pas si la douleur est bien vraie ,mais la mort esr très véritable. t

LETTRE XLVI.

RACINE A BOILEAU, A PARIS.

De Compïègne, le 4 mai 1696.

M. Desgranges m’a dit qu’il avoil fait signer hiernos ordonnances, et qu’on les feroil viser par Jeroi après-demain; qu’eusujte il le» emerroit àM. Dongois, de qui vous ies pourrez retirer. Jevous prie de me garder la mienne jusqu’à monretour.

IJ n’y a point ici de nouvelles, Quelques gens

veulent qui; le siège de Casai soit levé ; niais lachose est fort douteuse, et on n’en sait rien decertain 211 . Six armateurs de Saint-Malo ont prisdix-sept vaisseaux d’une flotte marchande des en-nemis, et un vaisseau de guerre de soixante piècesde canon 212 . Le roi est en parfaite santé, et sestroupes merveilleuses.

Quelque horreur que vous ayez pour les mé-chants vers , je vous exhorte à lire Juditk 31 *, etsurtout la préface, dont je vous prie de me man-der votre sentiment. Jamais je n’ai rien vu de siméprisé que tout cela l’csj en ce pays-ci, et loûtrsvos prédictions sont accomplies. Adieu, monsieur.Je suis entièrement à vous.

Je crains de m’être trompé en vous disant qu’onenverront nos ordonnances à M. Dongois, et je croisque c’est à M. de Bie , chez qui M. Desgrangesm’a dit que M. Dongois n’auroit qu’à envoyer sa-medi prochain.

LETTRE XLVII.

RACINE A BOILEAU, A PARIS.

Versailles, le 4 avril 1696.

Je suis très obligé au P. Boubours de toutes leshonnêtetés qu’il vous a prié de me faire de sa partet de la part de sa compagnie. Je n’avois pointencore entendu parler de la harangue de leur ré-gent de troisième ; et comme ma conscience neme reprochoit rien à l’égard des jésuites , je vousavoue que j’ai été un peu surpris d’apprendre quel’on m’eût déclaré la guerre chez eux. Vraisem-blablement ce bon régent est du nombre de~èeuxqui m’ont très faussement attribué la traductiondu Sanlofius pœnifens 31 *, et il s’est cru engagéd’honneur à nie. rendre injures pour injures. Sij’étois capable de lui vouloir quelque niai, et denie réjouir dj. la forte réprimande que le P. Bou-hours dit qu’on lui a faite, cc seroit sans doutepour m’avoir soupçonné d’être l'auteur d’un pa-reil ouvrage; car, pour mes tragédies, je lesabandonne volontiers à sa critique. Tl y a long-temps que Dieu m’a fait la grâce d’être assez peuSensible au bien et au mal qu’on en peut dire, etde ne me mettre en peine que du compte quej’aurai à lui^n rendre quelque jour.

Ainsi, monsieur , vous pouvez assurer le P. Bou-hours et tous les jésuites de vÿ_tre connoissance,que. bien loin-'d'être fâché contre le régent quia lant déclamé contre mes pièces de théâtre , peus’en faut que je ne le remercie d’avoir prêché unesi bonne morale dans leur collège j et d’avoir donnélieu à sa compagnie de marquer lant de chaleurpour mes intérêts ; et qu’enlhi , quand l’offensequ’il m’a voulu faire seroit plus grande, je l’ou-blieroîs avec la même facilité, en considérationde tant d’autres pères dont j’honore le mérite, etsurtout en considération du B. P. de La Chaise,qui me témoigne tous les jours mille bontés , et àqui je sacrilierois bien d’autres injures, Jesui3, etc.