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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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LETTRES DE RACINE.

la dorure. Mais que cette petite réflexion que jefais ne tous effraie point-, je sais aussi bien com-patir à la petite vanité des jeunes gens, commeje sais admirer la modestie de votre sœur. Jaimême prié >1. l'ambassadeur de vous faire avan-cer ce qui vous sera nécessaire pour un habit dèsque vous en aurez besoin, c l je mabandonne sansaucune répugnance à tout ce quil jugera à pro-pos que vous fassiez-dessus.

Jai été charmé de léloge que vous me faites deM. de Bonne, et de la noble émulation quil mesemble que son exemple vous inspire. Madame lacomtesse de Gramont, en Usaut cet endroit devotre lettre , ma dit quelle nétoit point surprisequil fût devenu un si galant homme, et quelleJni avoit toujours trouvé un grand fond desprit etune politesse merveilleuse. Ayez bien soin de luitémoigner combien je lhonore, et combien jesouhaite quil me compte au nombre desesser-vileurs.

Je nai mandé quun mot de la sauté de M. deCavoie 134 à M. lambassadeur ; mais je vais vousen instruire plus eu détail, afin que vous len in-struisiez. M. de Cavoie sent toujours les mêmesdouleurs; il avoit commencé à prendre les eau*de Forges, quil faisoit venir à Paris ; mais iL a fallules quitter fort vite, pareeque les douleurs sé-toient augmentées très considérablement. II amême résolu de quitter tous les remèdes , et dat-tendre que le beau temps le remette dans son étatnaturel. Heureusement il na aucun autre acci-dent qui.doive lui faire peur; il na ni fièvre nidégoût; il dort fort bien : il a même assez bonvisage, quoique la diète très exacte quil observedepuis cinq mois lait assez maigri. Tout son mal,c'est quil ne peut être long-temps debout, et quilest obligé de sasseoir dès quil a fait le lourdeson jardin. Il sen ira à Lucienne» dès quil ferabeau , et se contentera daller se montrer de tempsen temps au roi, quand la cour sera à Marly. Leroi même lui a fait conseiller de prendre ce par-ti , et témoigne beaucoup denvie de Je revoir.

Votre petit frère est fort enrhumé , aussi bienque Maddon ; ils ne font tous deux que tousser.Fauchon est assez bien, et ne se ressent plus deson accident, que M. Fagon appelle un catarrhesuffoquant. Il nous a conseillé de lui donner delémétique; mais on ne peut venir à bout de luifaire rien prendre. Votre mère et votre sœur seportent fort bien, et vous font leurs compliments.

Vous trouverez des ratures au bas de cette page,qui vous surprendront ; mais quand jai commencéma lettre, je ne métois pas aperçu de ces quatrelignes par javois commencé celle que jécri-vois à M. 'le Bonrepaux, à qui je me suis résoludécrire sur de plus grand papier. M. Quentin etplusieurs autres de tos amis me demandent sou-vent de vos nouvelles. M. Despréaux vous faitaussi ses compliments. U est à Ja joie de son cœurdepuis quil a vu son Amour de Dieu imprimé avecde grands éloges, dans une réponse quon a faiteau P. Daniel, qui avoit écrit contre les Lettresprovinciales 1 * 5 . Il avoit voulu sétablir à Auteuil;mais il sètoit trop pressé, et le retour du vilaintemps fa fait revenir plus vile quil ny éloit allé.

On ma dit mille biens de plusieurs ecclésiasti-ques très vertueux qui sont en Hollande avecM. lévêque de Sébaste 1JS , dont on m'a parléaussi avec beaucoup d'estime. Si voub aviez envieden connoître quelquun, ou si même M. lam-bassadeur avoit la même envie, on leur feroitécrire de laller voir et de lui offrir leurs services.Je vous donne seulement cet avis, afin que vousen fassiez l'usage que vous jugerez à propos. Cestune grande consolation de trouver des gens debien , et de pouvoir quelquefois sentretenir aveceux des choses du salut, surtout dans un payslon est si dissipé par les divertissements et les af-faires. Du reste, japprends avec beaucoup deplaisir que vous ne voyez que les mêmes gens quevoitll. lambassadeur. Je vous avoue que, si vousfréquentiez dantres compagnies que les siennes,je serais dans de très grandes inquiétudes. Adieu,mou cher fils. Soyez persuadé de mon extrêmeamitié pour vous et de celle de votre mère.

LETTRE XXXIY.

A Paris, Je s5 avril iGg8.

Jai été fort incommodé depuis la dernière let-tre que je vous ai écrite , ayant eu plusieurs petitsmaux dont il ny en avoit pas un seul dangereux ,mais qui étoient tous assez douloureux pourmempêcher de dormir la nuit, et de mappliquerdurant le jour. Ces maux étoient premièrementun fort grand rhume dans le cerveau, un rhuma-tisme dans le dos, et une petite érysipèle nu éré-sipèle sur le ventre , que j'ai encore , et qui min-quiète beaucoup de temps en temps par les cuis-sons quelle me cause. Cela a donné occasion àvotre mère et à mes meilleurs amis de minsultersur la paresse que javois depuis si long temps àme faire des remèdes. Jen ai déjà commencéquelques uns, et je crois quil faudra me purgerau moins deux fois dans la semaine qui vient. Vosdeux petites sœurs prenoienl hier médecine pen-dant quon étoit après à me saigner , et il fallut-ique votre- mère me quittât pour aller forcer Fau-chon à avaler sa médecine. Elle a toujours été unpeu incommodée depuis le catarrhe que je vous aimandé quelle avoit eu. Je lui lus votre lettre , etelle fut même fort touchée de lintérêt que vouspreniez à sa maladie , et du soin que vous preniezde lui donner des conseils de si loin. Elle ne faitplus autre chose depuis ce temps- que de semoucher, et fait un bruit comme si ellevouloitque vous lentendissiez, et que vous vissiez com-bien elle fait cas de vos conseils. Votre sœur aînéea été fort incommodée aussi de sa migraine ; àcela près, elle est dune humeur fort douce , etjai tout sujet dêtre édifié de sa conduite et de sagrande piété ; mais elle est toujours fort farouchepour le monde. Elle pensa hier rompre eu visièreà un neveu de madame Le Cballeux, qui lui fat-soit entendre, par manière de civilité, quil latrouvoit bien faite, et je fus obligé même, quandnous fûmes seuls, de lui en faire une petite ré-primande. Elle voudrait ne bouger de sa chaut-