QUATRIEME RECUEIL. 661
brc et ne voir personne. Du reste elle est assezgaie üYec nous, et prend grand soin de ses petitessœurs et de son petit frère. Mais Yoilà assez tous-* parier de notre ménage. Je crois que tous n'aurezpas été fort nflligé d’apprendre que Rousseau 127 ,l’hiiissier de la chambre, a été mis à la Bastille ,et qu’on lui a ordonné de se défaire de sa charge.Je crois même que tous ses confrères seront assezaises d’être délivrés de lui. Pour moi,-il ne mesaluoit plus , et avoit toujours envie de me fermerla porte au nez lorsque je venois chez In roi. Avectout cela, je le plaindrais si un homme si inso-lent, et qui clierchoit si volontiers la haine detous les honnêtes gens, pouToil mériter quelquepitié. Il y a eu une autre catastrophe qui a faitbien plus de Lruit que celle-là, et nVst celle deM. 1 abbé de Coadlec 128 , un Breton qui n’étoitpour ainsi dire connu de persoum*, et que le roiavoit nommé évêque de Poitiers. Je ne doute pasque vous n’ayez fort entendu parler de cette af-faira, qui a été très fâcheuse , non seulement pourcet évêque de deux jours , mais bien plus pour leP. de La Chaise, son protecteur, qui a eu le dé-plaisir de voir défaire son ouvrage d’une manièrequi a tant fait de scandale. Mais, comme on auramandé tout ce détail à M. l’ambassadeur, je nevous en dirai pas davantage.
Dès que j’apprendrai que M. l’abbé de Poli-gnac 1,19 est à Paris , au cas qu’il y vienne, je nemanquerai pas de l’aller chercher. Je n’ai pu en-core rencontrer M. l’abbé de Châleauneuf, quej’ai pourtant grande envie de voir. Assurez bienJî. Je comte d’Auvergne 150 de mes respects et dema reconnoissance infinie pour toutes les bontésdont il vous honore et ruoi aussi. On nous faisoitespérer que nous lu reverrions bientôt. Votre mèrevous embrasse. Faites toujours mille compliments*pour moi à M. de Bonac, qui est, de toutes lescompagnies que vous voyez, celle que je vousenvie le plus.
LETTRE XXXV.
A Paris , le a mai 1698.Votre mère et moi nous approuvons entière-ment tout ce que vous avez pensé sur votre habit,et nous souhaitons même qu'011 ail déjà commencéà y travailler, afin que vous l’ayez pour l’entrée deM. l’ambassadeur. Vous n’avez qu’à le prier devous faire donner l’argent dont vous croyez avoirbesoin, tant pour l’habit que pour les autreschoses que vous jugerez nécessaires. J’ai fort ap-prouvé votre couduite sur les ecclésiastiques dontje vous avois parlé, et tout cet endroit de votrelettre m’a fait beaucoup de plaisir. Vous m’en fe-rez beaucoup aussi de répondre de voire mieux àleurs honnêtetés, et de leur rendre tons les petitsservices qui dépendront de vous. ïl peut mêmearriver des occasions où vous ne serez pas fâchéde vous adresser à eux pour les choses qui regar-dent votre salut , quand vous serez assez heureuxpour y songer sérieusement. Il 11e se peut rien deplus sage que la conduite de M. l’ambassadeur àleur égard. Il a un frère dont on me disoit des
merveilles, il y a fort peu de temps: on ne l’ap-pelle que le saint solitaire 131 : il a même des re-lations avec un très saint et très savant ecclésiasti-que , qui n’est pag loin du pays où vous êtes. Jesuis siîr que M. l’ambassadeur, avec tous les hon-neurs qui l'environnent , envie souvent de boncœur le calme et la félicité de M- son ftère.
M. Despréaux recevra avec joie vos lettres quandvous lui écrirez \ mais je vous conseille de me lesadresser, de peur que le prix qui lui en coûteraitne diminue beaucoup le prix même de tout ceque vous lui pourriez mander. N’appréhendezpoint de m’ennuyer par la longueur de vos lettres;elle» me font un extrême plaisir, et nous sontd une très grande consolation à votre mère et àmoi, et même à toutes vos sœurs, qui les écou-tent avec une merveilleuse attention, en atten-dant l’endroit où vous ferez mention d'elles.
Il vaura demain trois semaines que je ne suissorti de Paris , et je pourrais bien y en demeurerencore autant, à cause de cette espèce de petiteérésipèle que j'ai, ci des médecines qu’il faudraprendre quand je 11e l’aurai plus. Vous ne sauriezcroire combien je me plais dans cette espèce deretraite, et avec quelle ardeur je demande au bonDieu que vous soyez en état de vous passer de tuespetits secours, afin que je commence un peu 0 mereposer, et à mener une vie conforme à mon âgecl même à mon inclination. M. DeBpréaux m'atenu très bonne compagnie. Tl est présentementétabli à Aufeuil, où nous l’irons voir quelquefoisquand le temps sera plus doux , et que je pourraiprendre l’air sans m’incommoder. Je vais souventvoir M. de Cavoie, qui n’est qu’à deux pas de chezmoi, et ce sonf presque le» seules visites queje fesse.
Toutes vos sœurs sont en très bonne santé, aussi *bien celles qui sont au logis que celles de Melunet de Varivillc, qui témoignent l’une et l’autreune grande ferveur pour achever de se consacrerà Dieu. Bahet m’écrit les plus jolies lettres dumonde et les plus vives, sans beaucoup d’ordrecomme vous pourrez croire, mais entièrementconformes au caractère que vous lui connoissez.Elle nous demande avec grand soin de vos nou-velles. M. Boileau , frère de M. Despréaux , vitNanette il y a huit jours , et la trouva d’une gaietéextraordinaire. Votre sœur aînée est toujours unpeu sujette à ses migraines. Adieu, mon cher fils.
Je vous écrirai plus au long une autre fois. J'ai simai dormi la nuit dernière , que je n’ai pas latête bien libre ni assez reposée pour écrire davan-tage. Mille compliments à M. de Bonac. N’ayezsurtout aucune inquiétude sur ma santé , qui aufond est très bonne.
LETTRE XXXYI.
A Paris, le îC mai 1698.
Votre relation du voyage que vous avez fait àAmsterdam m’a fait un très grand plaisir. Je nepus m’empêüber de la lire, chez M. Levcrrier , àM. de Valincour et à M. Despréaux, qui m’ontfort assuré qu’elle les avoit divertis. Je me gardai