149
ira comme auparavant. — Même pour ce qui regardele moment actuel, le comte Stadion m’a dit plus d’unefois: „Je sais bien que l’empereur nous abandonnera;qu’il décampera après une bataille perdue, et nous re-commandera au bon Dieu.“ —
Je lui ai fait observer plus d’une fois ce que jetrouvais d’affreux dans l’idée de s’exposer à de nou-velles chances de guerre, et à quelles chances! —Grand Dieu! — avec un être aussi complètement mi-sérable. Il en a gémi; qu’eut il pu répondre? — Millefois, je l’avonc, j’ai été sur le point de lui adresserune question plus grave, plus embarrassante: „Commentavez vous pu entreprendre une guerre à mort avec unhomme de la trempe de cet empereur?“ — Mais cettequestion trop embarrassante, au fond trop indélicate,je n’ai jamais eu le courage de l’énoncer. C’est là ce-pendant que se trouve le grand chef d’accusation contrele comte Stadion. La légèreté avec laquelle il s’estjeté dans une aussi pénible carrière, a été la premièrecause de notre perte. Dieu me garde de divulguercette vérité, d’en convenir seulement tout haut, maiselle doit être consignée ici, car elle est une des clefsprincipales des événements qui ont renversé l’État.
Le soir le comte Stadion m’a remis (en riant) deuxproclamations rédigées pour être adressées au peupledans le cas, que la guerre recommencerait. J’en aiété frappé, d’abord par l’idée, que le comité de la cours’occupait déjà avec empressement de ces rédactionslugubres, et prouvait par là de nouveau qu’elle n’entre-voyait plus que la guerre, j’en ai été plus désagréable-ment frappé encore lorsque je les ai lu. L’une étaitde M. Baldacci, l’autre de l’empereur lui-même, secondé