SUR OEDIPE. yj
à qui je dois* les premiers égards. Je crois méineque quiconque ne fait pas connaître ies fautes desgrands hommes , est incapable de sentir le prixde leurs perfections. J'ose donc critiquer l’Oedipede Corneille et je le ferai avec d’autant plus deliberté , que je ne crains point que vous mesoupçonniez de jalousie, ni que vous me reprochiezde vouloir m’égaler à lui. C’est en l’admirant queje hasarde ma censure ; et'je crois avoir une estimeplus véritable pour ce fameux poète, que ceuxqui jugent del’Oedipe par le nom de Fauteur, nonpar l’ouvrage même; et qui eussent méprisé danstout autre ce qu’ils admirent dans Fauteur deCinna.
Corneille sentit bien que la simplicité, ou plu-tôt la sécheresse de la tragédie de Sophocle , nepouvait fournir toute Fétendue qu’exigent nospièces de théâtre. On se trompe fort, lorsqu’onpense que tous ces sujets , traités autrefois avecsuccès par Sophocle et par Euripide , FOedipe , lePhiloctete, l’Electre, l’Iphigénie en Tauride,font des sujets heureux et aisés à manier ; ce sontles plus ingrats et les plus impraticables : ce fontdes sujets d’une ou de deux scènes tout au plus,,et non pas d'une tragédie. Je fais qu’on ne peutguère voir fur le théâtre des événemens plusaffreux ni plus attendrissans ; et c’est cela mêmequi rend le succès plus difficile. II faut joindreà ces événemens des passions qui les préparent : stces passions font trop fortes, elles étouffent lesujet ; si elles font trop faibles , elles languissent.II fallait que Corneille marchât entre ces deux