LETTRE DE M. COCCHI
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un songe, dans lequel ces sortes de visions peuventparaître naturelles et croyables.
D’ailleurs, il faut avouer que fur la constitutionde l’univers, fur les lois de la nature, fur la morale,et fur l’idée qu’il faut fe former du mal et du bien,des vertus et du vice. le poète fur tout cela a parléavec tant de force et de justesse que l’on ne peuts’empêcher de reconnaître en lui un génie supérieuret une connaissance parfaite de tout ce que les phi-losophes' modernes ont de plus raisonnable dansleur système.
II semble rapporter toute fa science à inspirerau monde entier une espèce d’amitìé universelle ,et une horreur générale pour la cruauté et pourle fanatisme.
Egalement ennemi de l'irreligion , le poète dan*les disputes que notre raison ne saurait décider, quidépendent de la révélation , adjuge avec modestieet solidité la préférence à notre doctrine romaine,dont il éclaircit méme plusieurs obscurités.
Pour juger de son style, il serait nécessaire deconnaître toute retendue et la force de la langue *habilité à laquelle il est presque impossible qu’unétranger puisse atteindre, et sans laquelle il n’estpas facile d approfondir la pureté de la diction.
Tcut ce que je puis dire là-dessus, c’est qu’àI’oreille ses vers paraissent aisés et harmonieux, etque dans tout le poème je n’ai trouvé rien depuéril, rien de languissant, ni aucune faussepenfee; défauts donc les plus exceliens poètes nefont pas tout à-fait exempts.
Dans Homère et Virgile on en volt quelques-uns,