E T A C ï A T I 6 N
62
qu’un seul jour, elle serait morte de faim et defatigue. Luxembourg était sans ressource; maisla fortune, qui avait sauvé la Haye, sauva sonarmée par la lâcheté du commandant du fort,qui abandonna son poste sans aucune raison. Iì y amille événemens dans la guerre, comme dans lavie civile, qui sont incompréhensibles ; celui-làest de ce nombre. Tout le fruit de cette entre-prise fut une cruauté qui acheva de rendre le nomfrançais odieux dans ce pays. Bodegrave et Svani-merdam , deux bourgs considérables , riches etbien peuplés, semblables à nos villes de la gran-deur médiocre, furent abandonnés au piilage dessoldats , pour le prix de leur fatigue. Ils mirentle feu à ces deux villes ; et à la lueur des flam-mes , ils se livrèrent à la débauche et à la cruauté.11 eít étonnant que le soldat français soit si bar-bare , étant commandé par ce prodigieux nom-bre d’officisrs , qui ont avec justice la réputationd’être auili humains que courageux. Ce pillagelaissa une impression si profonde que plus dequarante ans après j’ai -vu les livres hollandais,dans lesquels on apprenait à lire aux enfans,retracer cette aventure, et inspirer la haine con-tre les Français à des générations nouvelles.
Cependant le roi agitait les cabinets f de tousles princes par ses négociations. II gagna le ducd’Hanovre, sélecteur de Brandebourg, en com-mençant la guerre, fit un traité, mais qui futbientôt rompu. II n’y avait pas une cour en Alle-magne où Louis n eût des pensionnaires. Ses émif-
t. I«7fc