24 ELOGE DE LOUIS XIV.
II semblait que la nature prit plaisir alors à pro-duire en France les plus grands-hommes dans tousles arts , et à rassembler à la cour ce qu’il y avaitjamais eu de plus beau et de mieux fait en hommeset en femmes. Le roi l’emportait fur tous fes cour-tisans , par la richesse de fa taille et par la beautémajestueuse de fes traits. Le son de fa voix, nobleet touchant, gagnait les cœurs qu’intimidait faprésence. II avait une démarche qui ne pouvaitconvenir qu’à lui et à son rang , et qui eût été ridi-cule en tout autre. L’embarras qu’il inspirait à ceuxqui lui parlaient flattait en secret la complaisanceavec laquelle il sentait sa supériorité. Ce vieilofficier , qui se troublait, qui bégayait en lui de-mandant une grâce , et qui, ne pouvant acheverson discours , lui dit : “ Sire , je ne tremble pasainsi devant vos ennemis , ” n’eût pas de peine àobtenir ce qu’il demandait.
Le goût de la société n’avait pas encore reçu toutefa perfection à la cour. La reine-mère , Anneà'Autriche , commençait à aimer la retraite. Lareine régnante" savait à peine le français, et labonté fefait son seul mérite. La princesse d’Angle-terre , b elle-sœur d u roi, apporta à la cour lesagrémens d’une conversation douce et animée,soutenue bientôt par la lecture des bons ouvrageset par un goût sor et délicat. Elle se perfectionnadans la connaissance de la langue, qu’elle écrivaitmal encore au temps de son mariage, bile inspiraune émulation d’esprit nouvelle, et introduifità lacour une politesse et des grâces dont à peine ie restede l’Europe avait ridée. Madame avait tout l’esprit
de