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de Charles II son frère, embelli par les charmes deson sexe , par le don et par le désir de plaire. Lacour de Louis XlFrespirait une galanterie que ladécence rendait plus piquante. Celle qui régnaità la cour de Charles II était plus hardie, et tropde grossièreté en déshonorait les plaisirs.
II y eut d’abord entre Madame et le roi beau-coup de ces coquetteries d’esprit et de cette intel-ligence secrète, qui se remarquèrent dans de petitesfêtes souvent répétées. Le roi lui envoyait des vers;elle y répondait. 11 arriva que le même homme futà la fois le confident du roi et de Madame dansce commerce ingénieux. C’était le marquis deDangeau. Le roi le chargeait d’écrire pour lui ;et la princesse l’engageait à répondre au roi. II le?servit ainsi jrcus deux, fans laisser soupçonner àsun qu’il fût en)ployé par l’autre; et ce fut unedes causes de fa fortune.
Cette intelligence jeta des alarmes dans la familleroyale. Le roi réduisit i éclat de ce commerce à unfond d’estime et d’amitié qui ne s’altéra jamais.Lorsque Madame fit depuis travailler Racine etCorneille à la tragédie de Bérénice, elle avait envue non-sculement la rupture du roi avec la con-nétable Colonne , mais le frein qu’elíe-même avaitmis à son propre penchant, de peur qu’il nçdevînt dangereux. Louis XIV est assez désignedans ces deux vers de la Bérénice de Racine .
Qu’en quelque obscurité que le ciel l’eût Fait naître,
, Le monde en le voyant eût reconnu son maître.
Ces amufemens firent place à la passion pluI
T. ao. Siècle. Tome III. C