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fausses, quand elles sont brillantes ? Oui, fansdoute, on applaudira ie premier jour, & ons’ennuiera le second.
Ce qu’on appelle esprit, eíî tantôt une com-paraison nouvelle, tantôt une illusion fine :ici l’abus d’un mot qu’on présente dans unsens, & qu’on laisse entendre dans un autre;là un rapport délicat entre deux idées peucommunes : c’est une métaphore singulière ; c’eflune recherche de ce qu’un objet ne présentepas d’abord , mais de ce qui est en effet danslui ; c'esl l’art, ou de réunir deux choseséloignées, ou de diviser deux choses quiparaissent se joindre , ou de les opposer l'uneô l’autre ; c’est celui de ne dire qu’à moitiéla pensée pour la laisser deviner. Enfin , jevous parlerais de toutes les différentes façons•de montrer de l’esprif, si j’en avais davantage ;mais fous ces brillans ( & je ne parle pas desfaux brillans ) ne conviennent point, ou con-viennent fort rarement à un ouvrage sérieux& qui doit intéresser. La raison en est, qu’alorsc’est l'auteur qui paraît, & que le public neveut voir que le héros. Or ce héros est tou-jours^ ou dans la passion , ou en danger. Ledanger & les passions ne cherchent point l’es-prit. Priani Sí Hécube ne font point d’épi-grammes, quand leurs enfans sont égorgésdans Troye embrasée : L-iion ne soupire pointen madrigaux , en volant au bûcher sur lequelelle va s’immoler : Dimosthènes n’a point dejolies pensées , quand il anime les Athéniensà la guerre; s’il en avait, il serait un rhéteur ,& il est un homme d'Etat.
L’art ds l’admirabie Racine est bien au-dessus