De la nature de VHomme. 75
Pourquoi suis-je en un point resserré par les temps?Mes jours devroient aller par-delà vingt mille ans.Pourquoi ne suis-je pas haut de trois cent coudées?D’où vient que je ne puis, plus prompt que mesidées,
Voyager dans la Lune , & reformer son cours ?Pourquoi faut-il dormir un grand tiers de mes jours ?Pourquoi ne puis-je, au gré de ma pudique flamme,Paire, au moins en trois mois, cent enfans à rqafemme ?
Pourquoi fus-je en un jour si las de ses attraits ?Tes pourquoi, dit le Dieu, ne finiroient jamais?Bien-tôt tes questions vont être décidées :
Va chercher ta réponse au Pais des idées ;
Pars. Un Ange aussi-tot l’emporte dans les airs,
Au sein du vuide immense , où se meut l’UniverS ,A travers cent Soleils entourés de Planettes,
De Lunes, & d’Annaux, & de longues Cornettes.11 entre dans un Globe, ou d’immortelles mainsDu Roi de la Nature ont tracé les desseins ;
Où f oeil peut contempler les images visibles,
Et des Mondes réels & des Mondes possibles.
Mon vieux Lettré chercha, d’espérance animé,
Un Monde fait pour lui, tel qu’il l’auroit formé ;
Il cherchoit vainement : f Ange lui fait connaître,Que rien de ce qu’il veut, en esset ne peut être ;Que fi l’homme eut été tel qu’on feint les Géans ,Baisant la guerre au Ciel, ou plutôt au bon sens,S’il eût à vingt mille ans étendu fa carrière,
Ce petit amas d’eau, de fable & de poussière,N’eút jamais pu sussire à nourrir dans son sein,
Ces énormes enfans d’un autre genre humain.