*j6 Sixième Discours ,
Le Chinois argumente, on le force à conclureQue dans tout TUnivers chaque Etre a fa mesure ;Que l’homme n’est point fait pour ces vastes désirs ;Que fa vie est bornée, ainsi que fes plaisirs ;
Que Dieu seul a raison , sans qu’il nous en informe.Le Lettré, convaincu de fa sotise énorme,
S’en retourne ici bas, ayant tout approuvé ;
Mais il y murmura quand il fut arrivé.
Convertir un Docteur, est une œuvre impossible.
Mathieu Garo chez nous eut l'esprit plus flexible ;II loua Dieu de tout : peut-être qu’autrefoisDe longs ruisseaux de lait ferpentoient dans nosBois :
La Lune étoit plus grande, & la nuit moins obscure:L’Hiver se couronnoit de fleurs & de verdure:L’Homme, ce Roi du Monde, & Roi très-fainéant *Se contemploit à Taise, admiroit son néant ,
Et formé pour agir , se plaisoit à rien faire :
Mais, pour nous, fléchissons fous un fort tout con-traire ;
Contentons-nous des biens qui nous font destinés,Passagers comme nous, & comme nous bornés,Sans rechercher en vain ce que peut notre Maître,Ce que fut notre Monde , & ce qu’il devoit être,Observons ce qu’il est, & recueillons le fruitDes trésors qu’il renferme, & des biens qu’il pro-duit.
Si du Dieu qui nous fit T éternelle puissance,
Eut à deux jours au plus borné notre existante,
Il nous auroit fait grâce; il faudroit consumerCes deux jours de la vie, à lui plaire, à T aimer ;
Le