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Recueil De Pieces Fugitives En Prose Et En Vers / Par Mr. De Voltaire
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*j6 Sixième Discours ,

Le Chinois argumente, on le force à conclureQue dans tout TUnivers chaque Etre a fa mesure ;Que l’homme n’est point fait pour ces vastes désirs ;Que fa vie est bornée, ainsi que fes plaisirs ;

Que Dieu seul a raison , sans qu’il nous en informe.Le Lettré, convaincu de fa sotise énorme,

S’en retourne ici bas, ayant tout approuvé ;

Mais il y murmura quand il fut arrivé.

Convertir un Docteur, est une œuvre impossible.

Mathieu Garo chez nous eut l'esprit plus flexible ;II loua Dieu de tout : peut-être qu’autrefoisDe longs ruisseaux de lait ferpentoient dans nosBois :

La Lune étoit plus grande, & la nuit moins obscure:L’Hiver se couronnoit de fleurs & de verdure:L’Homme, ce Roi du Monde, & Roi très-fainéant *Se contemploit à Taise, admiroit son néant ,

Et formé pour agir , se plaisoit à rien faire :

Mais, pour nous, fléchissons fous un fort tout con-traire ;

Contentons-nous des biens qui nous font destinés,Passagers comme nous, & comme nous bornés,Sans rechercher en vain ce que peut notre Maître,Ce que fut notre Monde , & ce qu’il devoit être,Observons ce qu’il est, & recueillons le fruitDes trésors qu’il renferme, & des biens qu’il pro-duit.

Si du Dieu qui nous fit T éternelle puissance,

Eut à deux jours au plus borné notre existante,

Il nous auroit fait grâce; il faudroit consumerCes deux jours de la vie, à lui plaire, à T aimer ;

Le