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BOILEAU.
Dire la clef secrète, et, sans rien diffamer,
Piquer pourtant le vice et bien haut le nommer?Voilà, cher Despréaux, voilà sur toute choseCe qu’en songeant à toi souvent je me propose,
Et j’en espère un peu mes doutes éclaircisEn m’asseyant moi-môme aux bords où tu t’assis.
Sous ces noms de Cotins que ta malice fronde,
J’aime à te voir d’ici parlant de notre mondeA quelque Lamoignon qui garde encor ta loi :Qu’auriez-vous dit de nous, Royer-Collard et toi?
Mais aujourd’hui laissons tout sujet de satire ;
À Bâville aussi bien on t’en eût vu sourire,
Et tu tâchais plutôt d’en détourner le cours,
Avide d’ennoblir tes tranquilles discours,
De chercher, tu l’as dit, sous quelque frais ombrage,Comme en un Tusculum, les entretiens du sage,
Un concert de vertu, d’éloquence et d’honneur,
Et quel vrai but conduit l’honnête homme au bonheur.
Ainsi donc, ce jour-là, venant de la fontaine,
Nous suivions au retour les coteaux et la plaine,
Nous foulions lentement ces doux prés arrosés,
Nous perdions le sentier dans les endroits boisés,
Puis sa trace fuyait sous l’herbe épaisse et vive :
Est-ce bien ce côté? n’est-ce pas l’autre rive?
A trop presser son doute, on se trompe souvent;
Le plus simple est d’aller. Ce moulin par-devantNous barre le chemin; un vieux pont nous invite,
Et sa planche en ployant nous dit de passer vite :
On s’effraye et l’on passe, on rit de ses terreurs ;
Ce ruisseau sinueux a d’aimables erreurs.
Et riant, conversant de rien, de toute chose,
Retenant la pensée au calme qui repose,
On voyait le soleil vers le couchant rougir,
Des saules non plantés les ombres s’élargir,
Et sous les longs rayons de cette heure plus sûre,S’éclairer les vergers en salles de verdure, —
Jusqu’à ce que, tournant par un dernier coteau,
Nous eûmes retrouvé la route du château.
Où d’abord, en entrant, la pelouse apparueNous offrit du plus loin une enfant accourue 1Jeune fille demain en sa tendre saison,
\. M lle de Cliamplàtreux, depuis duchesse d’Ayen.