BOILEAU.
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Orgueil et cher appui de l’antique maison,
Fleur de tout un passé majestueux et grave,Rejeton précieux où plus d’un nom se grave,
Qui refait l’espérance et les fraîches couleurs,Qui sait les souvenirs et non pas les douleurs,
Et dont, chaque matin, l’heureuse et blonde tête,Après les jours chargés de gloire et de tempête,Porte légèrement tout ce poids des aïeux,
Et court sur le gazon, le vent dans ses cheveux.
Au château du Marais, ce 22 août 1848.
II
Depuis vingt-cinq ans, le point de vue en ce qui regarde Boileau afort changé, lorsque sous la Restauration, à cette heure brillante des tenta-tives valeureuses et des espérances, de jeunes générations arrivèrent etessayèrent de renouveler les genres et les formes, d’étendre le cercledes idées et des comparaisons littéraires, elles trouvèrent de la résistancedans leurs devanciers; des écrivains estimables, mais arrêtés, d’autresécrivains bien moins recommandables et qui eussent été de ceux queBoileau en son temps eût commencé par fustiger, mirent en avant lenom de ce législateur du Parnasse, et sans entrer dans les différencesdes siècles, citèrent à tout propos ses vers comme les articles d’un code.Nous fîmes alors ce qu’il était naturel de faire ; nous prîmes les œuvresde Boileau en elles-mêmes: quoique peu nombreuses, elles sont de forceinégale; il en est qui sentent la jeunesse et la vieillesse de l’auteur. Touten rendantjusticeàses belles et saines parties, nous ne le fîmes point avecplénitude ni en nous associant de cœur à l’esprit même de l’homme :Boileau, personnage et autorité, est bien plus considérable que sonœuvre, et il faut de loin un certain effort pour le ressaisir tout entier.En un mot, nous ne fîmes point a'ors sur son compte le travail historiquecomplet, et nous restâmes un pied dans la polémique.
Aujourd’hui, le cercle des expériences accompli et les discussionsépuisées, nous revenons à lui avec plaisir. S’il m’est permis de parler-