BOILEAU.
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des Lombards. Racine avait eu à se louer d’abord de Chapelain pour sespremières odes, et avait reçu de lui des encouragements. Usant donc del’accès qu’il avait auprès du docte personnage, il lui conduisit le satiriquequi déjà l’avait pris à partie sur ses vers, et il le présenta sous le titreet en qualité de M. le bailli de Chevreuse, lequel se trouvant à Paris,avait voulu connaître un homme de cette importance. Chapelain nesoupçonna rien du déguisement ; mais, à un moment de la visite, lebailli qu’on avait donné comme un amateur de littérature, ayant amenéla conversation sur la comédie, Chapelain, en véritable érudit qu’il était,se déclara pour les comédies italiennes et se mit à les exalter au préju-dice de Molière. Boileau ne se tint pas ; Racine avait beau lui faire dessignes, le prétendu bailli prenait feu et allait se déceler dans sa candeur.Il fallut que son introducteur se hâtât de lever la séance. En sortant ilsrencontrèrent l’abbé Cotin sur l’escalier, mais qui ne reconnut pas lebailli. Telles furent les premières espiègleries de Despréaux et ses pre-mières irrévérences. Le tout, quand on en fait, est de les bienplacer.
Les satires de Boileau ne sont pas aujourd’hui ce qui plaît le plusdans ses ouvrages. Les sujets en sont assez petits, ou, quand l’auteurles prend dans l’ordre moral, ils tournent au lieu-commun : ainsi lasatire à l’abbé Le Vayer Sur les folies humaines, ainsi celle à DangeauSur la noblesse. Dans la satire et dans l’épître, du moment qu’il nes’agit point en particulier des ouvrages de l’esprit, Boileau est fort infé-rieur à Horace et à Pope; il l’est incomparablement à Molière et à LaFontaine; ce n’est qu’un moraliste ordinaire, honnête homme et sensé,qui se relève par le détail et par les portraits qu’il introduit. Sa meilleuresatire est la neuvième, « et c’est peut-être le chef-d’œuvre du genre »,a dit Fontanes. Ce chef-d’œuvre de satire est celle qu’il adresse à sonEsprit, sujet favori encore, toujours le même, rimes, métier d’auteur,portrait de sa propre verve ; il s’y peint tout entier avec plus de déve-loppement que jamais, avec un feu qui grave merveilleusement sa figure,et qui fait de lui dans l’avenir le type vivant du critique.
La sensibilité de Boileau, on l’a dit, avait passé de bonne heuredans sa raison, et ne faisait qu’un avec elle. Sa passion (car en ce sensil en avait) était toute critique, et s’exhalait par ses jugements. Le vraidans les ouvrages de l'esprit } voilà de tout temps sa Bérénice à lui, et