BOILEAU. 2A3
sa Champmeslé. Quand son droit sens était choqué, il ne se contenaitpas, il était prêt plutôt à se faire toutes les querelles.
Et je serai le seul qui ne pourrai rien dire!
On sera ridicule, et je n’oserai rire!...
Et encore, parlant de la vérité dans la satire :
C’est elle qui, m’ouvrant le chemin qu’il faut suivre,
M’inspira, dès quinze ans, la haine d’un sot livre...;
la haine des sots livres, et aussi l’amour, le culte des bons ouvrages etdes beaux. Quand Boileau loue à plein cœur et à plein sens, comme ilest touché et comme il touche ! comme son vers d’aristarque se pas-sionne et s’affectionne !
En vain contre le Cid un minictre se ligue,
Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue.
L’Académie en corps a beau le censurer,
Le public révolté s’obstine à l’admirer.
Quelle générosité d’accent ! comme le sourcil s’est déridé ! Cet œil grispétillé d’une larme ; son vers est bien alors ce vers de la saine satire, etquelle épure aux rayons du bon sens ; car le bon sens chez lui arrive, àforce de chaleur, au rayonnement et à la lumière. Il faudrait relire icien entier l’épître à Racine après Phèdre (1677), qui est le triomphe leplus magnifique et le plus inaltéré de ce sentiment de justice, chef-d’œuvre de la poésie critique, où elle sait être tour à tour et à la foisétincelante, échauffante, harmonieuse, attendrissante et fraternelle. Ilfaut surtout relire ces beaux vers au sujet de la mort de Molière surlesquels a dû tomber une larme vengeresse, une larme de Boileau. Etquand il fait, à la fin de cette épître, un retour sur lui-même et sur sesennemis :
Et qu’importe à nos vers que Perrin les admire ?
Pourvu qu’avec éclat leurs rimes débitées
Soient du peuple, des grands, des provinces goûtées !