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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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BOILEAU.

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quelle largeur de ton, et, sans une seule image, par la seule combinai-son des syllabes, quelle majesté ! Et dans ces noms qui suivent, etqui ne semblent dabord quune simple énumération, quel choix, quellegradation sentie, quelle plénitude poétique! Le roi dabord à part etseul dans un vers ; Gondé de même, qui le méritait bien par son sangroyal, par son génie, sa gloire et son goût fin de lesprit; Enghien, sonfils, a un demi-vers : puis vient lélite des juges du premier rang, tousces noms qui, convenablement prononcés, forment un vers si plein et siriche comme certains vers antiques :

.Que Colbert et Vivonne,

Que La Rochefoucauld, Marsillac et Pomponne, etc.

Mais dans le nom de Montausier, qui vient le dernier à titre despoir etde vœu, la malice avec un coin de grâce reparaît. Ce sont de cestours délicats de flatterie comme en avait Boileau ; ce satirique, quisavait si bien piquer au vif, est le même qui a pu dire :

La louange agréable est lâme des beaux vers.

Nous atteignons, par cette Épître à Racine, au comble de la gloireet du rôle de Boileau. Il sy montre en son haut rang, au centre dugroupe des illustres poètes du siècle, calme, équitable, certain, puissam-ment établi dans son genre quil a graduellement élargi, nenviant celuide personne, distribuant sobrement la sentence, classant même ceux quisont au-dessus de lui... his danlern jura Catonem^ le maître du chœur ,comme dit Montaigne ; un de ces hommes à qui est déférée lautorité etdont chaque mot porte.

On peut distinguer trois périodes dans la carrière poétique de Boi-leau : la première, qui sétend jusquen 1667 à peu près, est celle dusatirique pur, du jeune homme audacieux, chagrin, un peu étroit devues, échappé du greffe et encore voisin de la basoche, occupé à rimeret à railler les sots rimeurs, à leur faire des niches dans ses hémistiches,et aussi à peindre avec relief et précision les ridicules extérieurs duquartier, à nommer bien haut les masques de sa connaissance :

Jappelle un chat un chat, et Rolet un fripon.