BOILEAU.
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quelle largeur de ton, et, sans une seule image, par la seule combinai-son des syllabes, quelle majesté ! — Et dans ces noms qui suivent, etqui ne semblent d’abord qu’une simple énumération, quel choix, quellegradation sentie, quelle plénitude poétique! Le roi d’abord à part etseul dans un vers ; Gondé de même, qui le méritait bien par son sangroyal, par son génie, sa gloire et son goût fin de l’esprit; Enghien, sonfils, a un demi-vers : puis vient l’élite des juges du premier rang, tousces noms qui, convenablement prononcés, forment un vers si plein et siriche comme certains vers antiques :
.Que Colbert et Vivonne,
Que La Rochefoucauld, Marsillac et Pomponne, etc.
Mais dans le nom de Montausier, qui vient le dernier à titre d’espoir etde vœu, la malice avec un coin de grâce reparaît. Ce sont là de cestours délicats de flatterie comme en avait Boileau ; ce satirique, quisavait si bien piquer au vif, est le même qui a pu dire :
La louange agréable est l’âme des beaux vers.
Nous atteignons, par cette Épître à Racine, au comble de la gloireet du rôle de Boileau. Il s’y montre en son haut rang, au centre dugroupe des illustres poètes du siècle, calme, équitable, certain, puissam-ment établi dans son genre qu’il a graduellement élargi, n’enviant celuide personne, distribuant sobrement la sentence, classant même ceux quisont au-dessus de lui... his danlern jura Catonem^ le maître du chœur ,comme dit Montaigne ; un de ces hommes à qui est déférée l’autorité etdont chaque mot porte.
On peut distinguer trois périodes dans la carrière poétique de Boi-leau : la première, qui s’étend jusqu’en 1667 à peu près, est celle dusatirique pur, du jeune homme audacieux, chagrin, un peu étroit devues, échappé du greffe et encore voisin de la basoche, occupé à rimeret à railler les sots rimeurs, à leur faire des niches dans ses hémistiches,et aussi à peindre avec relief et précision les ridicules extérieurs duquartier, à nommer bien haut les masques de sa connaissance :
J’appelle un chat un chat, et Rolet un fripon.