BOILEAU.
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La seconde période, de 1669 à 1677, comprend le satirique encore,mais qui de plus en plus s’apaise, qui a des ménagements à garderd’ailleurs en s’établissant dans la gloire; déjà sur un bon pied à lacour; qui devient plus sagement critique dans tous les sens, législateurdu Parnasse en son Art poétique, et aussi plus philosophe dans sa vueagrandie de l’homme (Épître à Guilleragues), capable de délicieux loisiret des jouissances variées des champs (épître à M. de Lamoignon), etdont l’imagination reposée et nullement refroidie sait combiner etinventer des tableaux désintéressés, d’une forme profonde dans leurbadinage, et d’un ingénieux poussé à la perfection suprême, à l’artimmortel.
Les quatre premiers chants du Lutrin nous expriment bien laveine, l’esprit de Boileau dans tout son honnête loisir, dans sa sérénitéet son plus libre jeu, dans l’agrément rassis et le premier entrain de sonaprès-dînée.
Enfin comme troisième période, après une interruption de plusieursannées, sous prétexte de sa place d’historiographe et pour cause demaladie, d’extinction de voix physique et poétique, Boileau fait enpoésie une rentrée modérément heureuse, mais non pas si déplorablequ’on l’a bien voulu dire, par les deux derniers chants du Lutrin,par ses dernières épîtres, par ses dernières satires, Y Amour de Dieuet la triste Équivoque comme terme.
Là même encore, les idées et les sujets le trahissent plus peut-êtreque le talent. Jusque dans cette désagréable satire contre les femmes,j’ai vu les plus ardents admirateurs de l’école pittoresque moderne dis-tinguer le tableau de la lésine si affreusement retracé dans la personnedu lieutenant-criminel Tardieu et de sa femme. II y a là une cinquan-taine de vers à la Juvénal qui peuvent se réciter sans pâlir, mêmequand on vient de lire Eugénie Grandet, ou lorsqu’on sort de voir unedes pages éclatantes d’Eugène Delacroix.
Mais de cette dernière période de Boileau, par laquelle il se rattachede plus près à la cause des jansénistes et de Port-Royal, j’en parleraipeu ici comme étant trop ingrate et trop particulière. C’est un sujet,d’ailleurs, que je me suis mis dès longtemps en réserve pour l’avenir 1 .
1. Voir Port-Royal, tome V, livre VI, chapitre vii .