BOILEAU. 247
troisième chant, après tant d’efforts, la lourde machine était replacéesur son banc.
Le sacristain achève en deux coups de rabot,
Et le pupitre enfin tourne sur son pivot ;
ou avec ces contrastes de destruction et d’arrachement pénible, quandle poëte, à la fin du quatrième chant, nous dit :
La masse est emportée, et ses ais arrachésSont aux yeux des mortels chez le chantre cachés.
Tout cela, récité par Boileau chez M. de Lamoignon, avec cet art dedébit qui rendait au vif l’inspiration, parlait à l’œil, à l’oreille, et riaitde tout point à l’esprit.
« On devrait, disait Boileau, ordonner le vin de Champagne à ceuxqui n’ont pas d’esprit, comme on ordonne le lait d’ânesse à ceux quin’ont point de santé : le premier de ces remèdes serait plus sûr quel’autre. » Boileau dans son bon temps ne haïssait pas lui-même le vinde Champagne, la bonne chère, le train du monde ; il se ménageaitmoins à cet égard que son ami Racine, qui soignait sa santé à l’excès etcraignait toujours de tomber malade. Boileau avait plus de verve devantle monde, plus d’entrain social que Racine ; il payait de sa personne.Jusque dans un âge assez avancé, il recevait volontiers ceux qui l’écou-laient et qui faisaient cercle autour de lui : « Il est heureux comme unroi, disait Racine, dans sa solitude ou plutôt dans son hôtellerie d’Au-teuil. Je l’appelle ainsi, parce qu’il n’y a point de jour où il n’y aitquelque nouvel écot, et souvent deux ou trois qui ne se connoissent pastrop les uns les autres. Il est heureux de s’accommoder ainsi de tout lemonde; pour moi, j’aurois cent fois vendu la maison. » Boileau finitpar la vendre, mais ce ne fut que quand ses infirmités lui eurent rendula vie plus difficile et la conversation tout à fait pénible.
L’extinction de voix qui l’envoya aux eaux de Bourbon dans l’étéde 1687 fit paraître l’intérêt que les plus grands du royaume prenaientà lui. Le roi à table s’informait souvent de sa santé; les princes et prin-cesses s’y joignaient : « Vous fîtes, lui écrivait Racine, l’entretien de plus dela moitié du dîner. » Boileau était chargé avec Racine, depuis 1677,d’écrire Y Histoire des campagnes du roi. Les courtisans s’étaient d’abord