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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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BOILEAU.

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un peu égayés de voir les deux poëtes à cheval, à la suite de larmée,ou à la tranchée, étudiant consciencieusement leur sujet. On fit sur leurcompte mille histoires vraies ou fausses, et sans doute embellies. Voicilune de ces anecdotes qui est toute neuve ; je la tire dune lettre duPère Quesnel à Arnauld ; les deux poëtes ne sont point à larmée cettefois, mais simplement à Versailles, et il leur arrive néanmoins mésa-venture :

« M me de Montespan, écrit le Père Quesnel (vers 4 680), a deux ours quivont et viennent comme bon leur semble. Us ont passé une nuit dans un magnifiqueappartement que lon fait à M Ue de Fontanges. Les peintres, en sortant le soir,navaient pas songé à fermer les portes; ceux qui ont soin de cet appartement avaienteu autant de négligence que les peintres : ainsi les ours, trouvant les portes ouvertes,entrèrent, et, toute la nuit, gâtèrent tout. Le lendemain on dit que les ours avaientvengé leur maîtresse, et autres folies de poëtes. Ceux qui devaient avoir fermé lap-partement furent grondés, mais de telle sorte quils résolurent bien de fermer lesportes de bonne heure. Cependant, comme on parlait fort du dégât des ours, quantitéde gens allèrent dans lappartement voir tout ce désordre. MM. Despréaux et Raciney allèrent aussi vers le soir, et, entrant de chambre en chambre, enfoncés ou dansleur curiosité ou dans leur douce conversation, ils ne prirent pas garde quon fermaitles premières chambres; de sorte que, quand ils voulurent sortir, ils ne le purentIls crièrent par les fenêtres, mais on ne les entendit point. Les deux poëtes firentbivouac les deux ours lavaient fait la nuit précédente, et eurent le loisir desonger ou à leur poésie passée, ou à leur histoire future. »

Cest assez de ces anecdotes pour montrer que le sujet de Despréauxnest pas si triste ni si uniformément grave quon le croirait. Louis XIV,en couvrant Despréaux de son estime, naurait pas souffert quil fûtsérieusement entamé par les railleries de cour. Le grand sens royalde lun avait apprécié le bon sens littéraire de lautre, et il en étaitrésulté un véritable accord de puissances. Boileau, en 1683, à lâge dequarante-sept ans, ayant produit déjà tous ses chefs-dœuvre, nétaitpoint encore de lAcadémie ; il portait la peine de ses premières satires.Louis XIV était un peu impatienté quil nen fût pas. Une vacance soffrit;La Fontaine, concurrent ici de Despréaux, ayant été agréé à un premiertour de scrutin et proposé au roi comme sujet ou membre (cétait alorslusage), il y eut ajournement à la décision du monarque, et dès lors ausecond tour de scrutin académique. Dans lintervalle, une seconde placevint à vaquer ; lAcadémie y porta Despréaux, et, son nom étant présentéau roi, Louis XIV dit aussitôt « que ce choix lui était très-agréable et