BOILEAU.
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un peu égayés de voir les deux poëtes à cheval, à la suite de l’armée,ou à la tranchée, étudiant consciencieusement leur sujet. On fit sur leurcompte mille histoires vraies ou fausses, et sans doute embellies. Voicil’une de ces anecdotes qui est toute neuve ; je la tire d’une lettre duPère Quesnel à Arnauld ; les deux poëtes ne sont point à l’armée cettefois, mais simplement à Versailles, et il leur arrive néanmoins mésa-venture :
« M me de Montespan, écrit le Père Quesnel (vers 4 680), a deux ours quivont et viennent comme bon leur semble. Us ont passé une nuit dans un magnifiqueappartement que l’on fait à M Ue de Fontanges. Les peintres, en sortant le soir,n’avaient pas songé à fermer les portes; ceux qui ont soin de cet appartement avaienteu autant de négligence que les peintres : ainsi les ours, trouvant les portes ouvertes,entrèrent, et, toute la nuit, gâtèrent tout. Le lendemain on dit que les ours avaientvengé leur maîtresse, et autres folies de poëtes. Ceux qui devaient avoir fermé l’ap-partement furent grondés, mais de telle sorte qu’ils résolurent bien de fermer lesportes de bonne heure. Cependant, comme on parlait fort du dégât des ours, quantitéde gens allèrent dans l’appartement voir tout ce désordre. MM. Despréaux et Raciney allèrent aussi vers le soir, et, entrant de chambre en chambre, enfoncés ou dansleur curiosité ou dans leur douce conversation, ils ne prirent pas garde qu’on fermaitles premières chambres; de sorte que, quand ils voulurent sortir, ils ne le purentIls crièrent par les fenêtres, mais on ne les entendit point. Les deux poëtes firentbivouac où les deux ours l’avaient fait la nuit précédente, et eurent le loisir desonger ou à leur poésie passée, ou à leur histoire future. »
C’est assez de ces anecdotes pour montrer que le sujet de Despréauxn’est pas si triste ni si uniformément grave qu’on le croirait. Louis XIV,en couvrant Despréaux de son estime, n’aurait pas souffert qu’il fûtsérieusement entamé par les railleries de cour. Le grand sens royalde l’un avait apprécié le bon sens littéraire de l’autre, et il en étaitrésulté un véritable accord de puissances. Boileau, en 1683, à l’âge dequarante-sept ans, ayant produit déjà tous ses chefs-d’œuvre, n’étaitpoint encore de l’Académie ; il portait la peine de ses premières satires.Louis XIV était un peu impatienté qu’il n’en fût pas. Une vacance s’offrit;La Fontaine, concurrent ici de Despréaux, ayant été agréé à un premiertour de scrutin et proposé au roi comme sujet ou membre (c’était alorsl’usage), il y eut ajournement à la décision du monarque, et dès lors ausecond tour de scrutin académique. Dans l’intervalle, une seconde placevint à vaquer ; l’Académie y porta Despréaux, et, son nom étant présentéau roi, Louis XIV dit aussitôt « que ce choix lui était très-agréable et