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BOSSUET.
et de la fertilité d’automne sous Massillon, y rattachait les antiquesnoms devenus symboles qui consacrent les trois grands moments de lascène tragique en Grèce. De ces noms il en est deux du moins quipeuvent, en effet, se rappeler ici sans disparate : il y a quelque chosede la grandeur et de la majesté d’Eschyle aussi bien que de Corneille enBossuet, de même qu’il peut paraître quelque chose d’Euripide commede Racine en Massillon.
Bossuet est un talent antérieur d’origine et de formation à Louis XIV,mais pour son achèvement et sa perfection il dut beaucoup à ce jeuneroi. On a essayé plus d’une fois de refuser et de ravir à Louis XIV songenre d’influence utile et d’ascendant propice sur ce qu’on a appelé sonsiècle : depuis quelque temps, on semblait cependant revenu de cettecontestation injuste et exclusive, lorsqu’un grand écrivain de nos jours,M. Cousin, l’a tout d’un coup renouvelée, et a voulu encore une fois dé-pouiller Louis XIV de sa meilleure gloire pour la reporter tout entière surl’époque antérieure. M. Cousin a une manière commode pour exagérer etagrandir les objets de son admiration : il bat ou abaisse ce qui est alen-tour. C’est ainsi que pour exalter Corneille, en qui il voit Eschyle,Sophocle, tous les tragiques grecs réunis, il sacrifie et diminue Racine ;c’est ainsi que, pour mieux célébrer l’époque de Louis XIII et de laRégence qui succéda, il déprime le règne de Louis XIV; que pour glo-rifier les Poussin et les Le Sueur, dont il parle peut-être avec plus d’en-thousiasme et d’acclamation que de connaissance directe et dégoût sentiet véritable, il blasphème et nie l’admirable peinture flamande; il dit deRaphaël qu’il ne touche pas, qu’il ne fait que jouer autour du cœur,Circum prœcordia ludit. En un mot, M. Cousin est volontiers l’hommedes partis pris, des idées préconçues, ou plutôt encore il est l’hommede son tempérament et de sa propre nature. Il se prend résolument pourpoint de départ de ce qu’il préfère; son goût personnel entraîne toutson jugement dans une seule et même verve. 11 abonde et débordechaque fois dans son propre sens, et ne rentre ensuite dans le juste quelorsqu’on lui a opposé de tous côtés des contradictions et des digues,et qu’on l’a forcé à se réduire, à se modérer. 11 est allé, dans la questionprésente, jusqu’à soutenir que ce Louis XIV qui le gêne n’a été tout àfait lui-même et n’a, en quelque sorte, commencé à dominer et à régnerqu’après l’influence épuisée de M. de Lyonne et de Colbert, deux élèves